‹ Histoire de Robespierre d'après des papiers de famille les sources originales et des documents entièrement inéditsChapitre 135 sur 354 · LIVRE XIll. — CAMILLE ET l'iMPRIMECR NICOLAS · texte numérisé non relu

LIVRE XIll. — CAMILLE ET l'iMPRIMECR NICOLAS

en elle la société générale dont il est membre.» Quelque chose excusait peut-être l’attitude des pétitionnaires, c'était l'habitude prise par certains membres de l'Asscniblée de parler couverts, ce qui était contraire au règlement. Maximilien s’éleva énergiquement contre dette habitude irrévérencieuse. « Que nos collègues donnent l’exemple du respect que l’on doit au peuple, tout le monde le suivra. » Le représentant Granet ayant réclamé la question préalable en invoquant l’exemple des quakers, lesquels avaient pu se présenter le chapeau sur la tête devant l’Assemblée législative : « C’est lîi, répon dit Robespierre, une exception qui confirme la règle, les quakers ayant eu de tout temps l’habitude de se parler couverts. » Rappelée par lui au maintien desa dignité personnelle, la Convention interdit aux pétitionnaires de paraître devant elle le chapeau sur la tête, et elle décida que dorénavant chacun de ses membres serait tenu de se découvrir en prenant la parole (1).

La pétition, lue aprèseel incident, passa à peu prés inaperçue et ne produisit aucun effet. On voit si, dans cette occasion, Maximilien fut avec les exagérés. Il ne s’était prononcé ouvertement jusqu’ici ni pour ni contre Ronsin , dont les actes ne lui étaient pas bien connus encore, et il avait à cet égard imité la sage circonspection de Danton, ce dont un journal du temps lui fit indirectement compliment (2). L'arrestation de Ronsin, comme celle de Vincent, déclara-t-il lui-même aux Jacobins, n’était pas l’ouvrage d’un homme, mais le résultat d’un examen attentif dans les deux comités; ilditcela à la décharge de Philippeaux, violemment inculpé par les hébertisles. Transportons-nous donc aux Jacobins, et examinons im- , partialement si, dans les scènes orageuses amenées par les derniers numéros du rfrux Corddier et les lettres de Philippeaux, Robespierre prit davantage parti pour les terroristes, dont il usa sa vie à combattre les excès.

Comme on devait s’y attendre, les premiers numéros du Vieux Cordelier et les pamphlets de Philippeaux, si admirés de Camille, soulevèrent de violents orages. « Camille frise la guillotine, » s’écria aux Jacobins, dans la séance du l" nivôse (21 décembre 1793), l’imprimeur Nicolas. Juré au tribunal révolutionnaire, patriote en-

(i) Toy. lê Moniteur du â nivôse (Si décembre 1793), et le /<mnia{ det débait cl des décrets de la Convention ^ numéro 458.

(S) Révolutions de Paris, numéro S19, p. 359.

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thousiaslP, admirateur sincère et dévoué de Robespierre, dont il devait partager le sort, Nicolas mettait plus d'emportement dans scs paroles que dans ses actes. A l'ouquier-Tinville et a Dumas qui lui reprochaient d’avoir acquitté un ci-devant noble, un conseiller au ci-devant paidcmenl de Paris, — c'était a propos de l‘ réteau , lors de sa première comparution devant le tribunal révolutionnaire, il répondit : « Fréleau n’a pas été convaincu, je n’ai pu l’atteindre (I).» Camille lui-méme rendait pleine justice d’ailleurs au farouche patriote. Tout en le criblant de ses traits les jdus mordants dans le cinquième numéro de son journal, il le félicitait d avoir veillé sur les jours de Robespierre à une époijue où celui-ci courait les plus grands dangers. « Comme tous les patriotes aiment R(d)espierre; comme dans le fond Nicolas est un patriote... nous l’avons nommé juré du tribunal révolutionnaire... \ous, Nicolas, qui avez aux Jacobins l’intluence d’un compagnon, d’un ami de Robesi>ierre, vous qui savez (jue mes intentions ne sont pas contre-révolutionnaires, comment avez-vous cru les propos que l’on tient dans certains bureaux? Comment les avez-vous crus plutôt que les discours de Ri> bespierre, c|ui m’a suivi presque depuis l’enfance, et qui, quelques jours auparavant, m’avoit rendu ce témoignage, (]ue j’o|q)ose à la calomnie : qu’il ne connoissoil pas de meilleur républicain que moi; que je l’étois par instinct, parsentiment jilutôt (jue par choix, et qu’il m’étoit même inqiossible d'èlre autre chose. Citez-moi (iueh|u’un dont on ait fait un plus bel éloge. Cependant les tape-dur ont cru Nicolas plutôt que Robespierre (2). » S(Uilement Camille Desmoulins

(J) Dépositiou de Duchàieuu, ex-secrélulrc du parquet de Fouquier et hubsier lu tribuuui ré>uluiionnaire ré >rgani»é, dans le procès de Fouquici-Tinville. [S'oj.V Histoire parletnaUaire^ t. XXXIV, p. il5.) Ce lénioignagc en faveur d’un ami de Uotespierre est d uuUtnl plus désintéressé que Nicolas avait péri dans la catastrophe du 9 Tüerniidor, — il existe à la suite du rapport de Courtois, sous le numéro MX, une lettre de Nicolas a Hobcspieire, en date du fritnaire, et conmien^unt pur ces mots : u Robespierre, mou service au tribunal m’cinpéciie de vous conduire moi*inêuje les membres du comité du département; ils ont rendu d'iuiportaas services a la chose publique ; ils sont encore très-utiles.»» — Ce comité vei.uit d'étre cassé, et ses membres désiraient présenter leurs rédaïuations h Robespierre. — t< lia s'en rapporteront entièrement à vuus, n ajoutait Nicolas, v Ce n'est point parce quej'v suis encore que je m’y intéresse, mais seulemeitt |>our U chose publique, n Or, de cette lettre le rédacteur du rapport de Courtois, d'après une indication de ce dernier, u inféré que Robespierre avait l'habitude de se faire escorter; qu'une partie de l’escorte, se séparant de lui ullait ouvrir les portes avec empressement et « ullcndait ce traître, qui se présentait toujours avec uue grande importance >» (p. b!2 du rupport . El dca écrivains ont été dupes de pareilles inepties 1 En marge de rorigiiiul de la letirc de Nicolas on lit eu effet ces mots, de la main de Courtois : Sécessaire; preuve qaHl avait dits gardes habituels. (Yoy. Archives^ F. 7, 443Ü.)

(2) Le Vieux Cordeliers numéro tj. 11 est à remarquer que Nicolas ne siégea pas dans le procès de Daulon.

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