‹ Histoire de Robespierre d'après des papiers de famille les sources originales et des documents entièrement inéditsChapitre 136 sur 354 · LIVRE Mil. — ^'IIILIPPEAUX ATTAQUÉ AUX JACOBIXS · texte numérisé non relu

LIVRE Mil. — ^'IIILIPPEAUX ATTAQUÉ AUX JACOBIXS

uubliiiit dp dire une cliose, c'est que, dans l’intervalle de la séance, où Robespierre s'était exprimé sur son compte en termes si flatteurs à celle où rimjtriraeur Nicolas s’était permis cette regrettable apostrophe, les numéros 3 et l du Vieii.r Coi-itelier avaient paru, et que la colère des patriotes s'était précisément allumée à la lecture de ces deux numéros.

Le même jour, Hébert se déchaînait avec la dernière violence contre Camille, Philippeaux, Rourdoti (de l’Oise), — Rourdon le rouge, disait-il, — et contre Fabre d’Églatitine. Déjîi depuis quelque temps il avait commencé dans son journal une guerre à outrance contre Cumille et ses amis : « lin bourriquet à longues oreilles qui n’eut jamais ni bouche ni éperon fait feu des quatre jiieds dcimis quelques jours... Après avoir plaidé la cause du mu.scadin Dilloii et soutenu que sans la protection des talons rouges la République ne pouvoit se .sauver, il devient aujourd’hui

le champion de tous les j... f qui sifflent la linote... (1). » En

s’en prenant îi des hommes qui injustement et :’i tout propos attaquaient radministralion de la guerre et ne cessaient de décrier le comité de Salut public, Hébert espérait bien s’attirer les bonnes grâces des membres les plus influents de la Convention. Il conjura Robespierre et Danton, « les deux colonnes de la Révolution, » de ne passe laisser circonvenir par des pygmées tjui vouloient s’élever à l’ombre de leur patriotisme (2). » Mais Robespierre, guidé par sa conscience entre les exagérations du Père Ducheme et celles du FtViiJ' CordeUer, n’était pas ))lus disposé à .sacrifier ses convictions aux cajoleries d’Hébert qu’aux éloges sincèrement enthomsiastes de Cumille Desmouliiis.

Plus .sérieuse fut l’attaque dirigée le surlendemain pur Levasseur (de la Sarihe) contre son compatriote Philippeaux. Collot d’Herbois, tout récemment arrivé de Lyon, venait de faire entendre des plaintes amères contre ceux qui voulaient modérer le mouvement révolutionimire, et il avait jeté dans les âmes de sombres émotions eu dépeignant le suicide d’un citoyen lyonnais, d’un ami de Chalier, de Gaillard, qui s’était tué de désespoir, croyant la Républiipie trahie, quand Levasseur prit la parole. « Je demande, «' s’écria-t-il, ù arracher le masque dont se couvre Philippeaux. » Du bavardage, des déclamations, \-oilà en quoi, selon lui, consistait le patriotisme de ce député. 11 lui reprocha d’avoir menti dans scs lettres, de l’avoir engagé à voter pour l’ajipel au peuple, d’avoir traité Roirsin

(1) Voy. le Père Duchetnc, uuinéro 3i8.

{'î) Voyez, daus le MoniUur du i nivôse ^^4 décembre 170T, U séance des Jacobins du 1*'^ DÎvôse* •

IIISTOIlti: UE nuUESPIEHBE

cl Rossignol de scélérats, d’avoir enfin déclaré que les Jacobins n’étaient composés que de fripons. Pliilippeaux nia ce propos insolent et persista dans ses accusations contre les généraux de la Vendée, coupables tous, à scs yeux, de négligence, d’ignorance ou de trahison. Mais Levasseur jouissait d’une réputation de patriotisme et d’intégrité qui ajoutait il ses paroles un poids énorme; l’a.ssemblée, vivement émue, parai.ssait peu disposée à entendre la justification de Pliili])peaux (1).

Danton se leva alors. 11 ne savait rien de cette affaire; désirant se former une conviction, il pria la Société d’écouter attentivement, et ajouta : « Je n’ai aucune opinion formée sur Philippeaux ni sur d’autres; je lui ai dit à lui-même : « Il faut que tu ]mmves ton accusation ou que tu portes ta tête sur un échafaud (2). » Or il se trouva que la plupart des faits si légèrement avancés par Philippeaux furent victorieusement démentis. Robespierre prit aussi la parole, et si quelqu’un es.saya d’adoucir la discussion, ce fut certainement lui. Il commenta par engager Philippeaux à faire le .sacrilice de sou opinion dans le cas où il aurait cédé à des suggestions d'amourpropre ou obéi ù des passions particulières; mais s’il avait été mû par une plus noble pas.sion, par l'amour de la patrie et de la liberté, Maximilieu comprenait qu’il attaquût le gouvernement lui-même et dets hommes calomniés, abhorrés par les puis.sances étrangères, sauf ù ceux-ci îi répondre. « La société, » dit-il, « doit entendre un homme qui, j’aime à le croire, n’a eu que de bonnes intentions.» Si perfides que fussent les assertions de Philippeaux, lequel accusait le comité de Salut public d’avoir, par enlctcnieiit, sacrifié trente mille hommes dans la Vendée, Robespierre ne pensait point que son collègue eût été animé de pensées contre-révolutionnaires. Il fallait l’entendre, et juger entre lui et le comité; par conséquent la di.scussiou devait être calme et tramiuille. Les agitations dont on était tourmenté , il les attribua aux’ menées des puissances étrangères qui avaient placé la République entre ces deux écueils si souvent signalés par lui : le modérantisme et l’exagération. « Soyez-en

(1) Séance du 3 nivôse (23 déceinbre) aux Jacobins, Monileur du 6. — M. Michelet, chez qui U semble passé en vérité à l'éial de manie de présenter quelques uns des princi|iaux révolutionnaires comme autant do jianlins que Robespierre aurait fait agir à l’aide d'une Keelle,ne craint pas d'écrire que Robespierre fui trop heureux « de trouver un autre gibier, de tourner la meute coutre Philipeaux. a 11 avait amené avec lui un dogae docile e( furieux, Levasseur, etc. » (t. VII, p. 37). Est-il permis de travestir aiusi l'histoireî Si quelqu'un, en celle eirconstance, se montra modéré à l'égard de Philippeaux, ce fut assurément Robespierre.

(2) Jfonilcurdu 6 nivôse, ubi tuprà. a Danton essaya d’adoucir,» se coutenle d'écrire uégligemmeul M. Micbeloi (p. 37).

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