LIVRE XIII
.MOUÉRATIO.N ÜE MAXIMILIEM
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persuadés, » ajduta-l-il, « la tactique de nos ennemis, et elle est sûre, c’est de nous diviser; on veut que, lutlant corps à corps, nous nous déchirions de nos propres mains. » Aux impatients qui se plaignaient de l’arrestation de Ronsin et de Vincent, il rappelait l’e.xemple de Marat se rendant au tribunal révolutionnaire et en revenant triomphant. Chabot lui-même n’avait-il pas été arrêté malgré les incontestables sei-vices rendus par lui îi la chose publique? Ces diverses arrestations n’étaient point l’ouvrage d’un homme, elles avaient été longuement délibérées au sein des comités de Salut public et de Sûreté générale, eut soin de dire Robespierre. Ici Maximilien venait généreusement au secours de Philippeaux, sur qui un certain parti rejetait la responsabilité de ces arrestations. Et certes, à moins de la plus aveugle prévention, on ne peut s’empêcher de rendre justice à la tolérance, à la modération dont il lit preuve en cette occasion.
Tout en protestant de son intention de n’avoir point voulu diviser les patriotes, et en déclarant qu’il avait dans son cœur les principes professés par Robespierre, Philippeaux insista sur des accusations nées de simples rivalités et nullement concluantes. Il laissa parfaitement voir que son irritation venait du peu de créance qu’il avait rencontré, dit-il, dans le comité de Salut public. De là sa résolution d’imprimer son rapport, mais seulement à un nombre d’exemplaires suffisant pour en offrir à tous ses collègues de la Convention. Sur ce point il reçut un démenti sanglant de Levasseur; et lui de répondre que l’animosité de Levasseur venait de ce qu’il lui avait fait perdre cinq cents livres de rente en obtenant le rapport d’un décret voté d’enthousiasme sur la résiliation des baux. « Point de personnalitiis! » cria-t-on de toutes parts. Pour terminer, Danton proposa à la Société de nommer une commission de cinq membres chargée d’entendre les accusés et les accusateurs. « Philippeaux croit-il, dans son ûme et conscience, qu’il y ait eu trahison dans la guerre de la Vendée?» demanda Couthon. « Oui, » répondit Philippeaux. Couthon alors appuya la proposition de Danton, et la commi.ssion fut à l’instant nommée au milieu des |dus vifs applaudi.ssements.
Robespierre prononce encore quelques paroles pour se plaindre des insinuations perfides dirigées contre la Convention^ dont on afl'aiblissail ainsi l’autorité morale. Ces plaintes étaient à la fois à l’adresse des indulgents et des exagérés. « Si jamais, » dit-il, « une portion du peuple, égarée par quelques hommes, voulait faire la loi à la Convention, aujourd’hui que nous ne sommes ni brissotins ni aristocrates, nous saurions niontrêr le courage de vrais réimblicains, et, bien loin de fuir comme les conspirateurs, nous attendrions la mort sur nos chaises curules. Citoyens, comptez sur la justice de
IIlSTOlUE ItK UOIlESl'IEIlItE
l’Asscniblée, qui l;i rendra toujours aux patriotes (1). » Les acclamations avec lesqueîles la Sociét»'* accueillit ces paroles de Robespierre prouvèrent que la masse des Jacobins ii'éiait ni pour le modérantisme ni pour l’exagéralion. Un membre ayant ensuite demandé que Fabre d’Églaniine, lîourdon (de l'Oise) et Camille Desmoulins fussent entendus et jugés sans désemparer, on passa à l’ordre du jour, comme si l’on eût voulu élôufl'or tout nouveau sujet de discorde. Mais exagérés et modérés, également violents, étaient animés de fureurs trop ardentes les uns contre les autres, et nous allons voir Robespierre échouer dans toutes ses tentatives de conciliation.
Rien ne saurait mieux donner une idée de la politique à la fois énergique et modérée suivie par Maximilien que le rapport sur les principes du gouvernement révolutionnaire qu'au lendemain de la prise de Toulon il vint, au nom du comité de Salut public, prononcer à la tribune de la Convention nationale (séance du nivôse an II — 25 décembre 1793).
«Les succès endorment les ômes faibles, » dit-il en débutant, « ils aiguillonnent les Ames fortes. Laissons l’Europe et l'histoire vanter les miracles de Toulon, et préparons de nouveaux triomphes ;’i la liberté. » La Convention, ayant reconnu l’impossibilité absolue de faire fonctionner la constitution au nnlieu des troubles qui enveloppaient le berceau de la République, avait, on le sait, décrété que le gouvernement serait révolutionnaire jusqu’îi la paix. C’est ce gouvernement transitoire, rendu indispensable, quoi qu’en pensent certains publicistes, par les exigences de la guerre civile et de la guerre étrangère, qu’une foule de gens, ignorants ou de mauvaise foi , confondent avec le gouvernement rêvé par les patriotes de ce temps extraordinaire. C’était pourtant, comme l’expliqua fort bien Robespierre, le seul moyen de faire triompher les principes .sur le.squels reposait la constitution républicaine.
Qu’était-ce donc que ce gouvernement révolutionnaire? Ici, laissons parler Maximilien ; « La théorie du gouvernement révolutionnaire est aussi neuve que la Révolution qui l’a amené. 11 ne faut point la chercher dans les livres des écrivains politiques qui n’ont
(1) Monileur ùü 0 nivOse (iC décembre 1793), wti ^uprà. Voilà ce que M. Michelet appelle: icnlrer duns la Terreur. • Robe5^pierref pour sûreté^ rm Ira doue dans la Terreur. » {Histoire de la /{ecolulion, i. VU, p, 37.)