‹ Histoire de Robespierre d'après des papiers de famille les sources originales et des documents entièrement inéditsChapitre 139 sur 354 · LIVRE xm. — CIRCULAIRE AUX DÉPARTEMEXTS · texte numérisé non relu

LIVRE xm. — CIRCULAIRE AUX DÉPARTEMEXTS

Ypiiaient ensuite des considérations où se révélait toute la pensée de Robespierre. « Le peuple, » était-il dit dans cette circulaire, « veut enlin que la nouvelle création sociale sorte en un clin d’œil du chaos... » Et comme si le rédacteur eût pressenti que les autorités départementales, avec l’esprit d’envahissement des admi- , nistrations, auraient toujours une tendance à sortir du cercle de leurs attributions, il ajoutait : « Votre sphère est déterminée, parcourez-la religieusement ; hors de lîi un abîme est ouvert où tombent ceux qui reculent ou qui se préci)»itent (1). » C’était les mettre en garde contre l’exagération des uns et le modérantisUie trompeur des autres.

Mais pour que les sages prescriptions de Robespierre fussent ponctuellement suivies, pour que les lois révolutionnaires fussent exécutées comme il l’entendait, c’est-à-dire conformément aux règles de Injustice et de l'équité, de façon qu’on ne frappât que les véritables coupables, en épargnant les gens feibles ou égarés par de perfides suggestions, il lui aurait fallu un pouvoir efticace dont il ne disposa jamais. Comme nous l’avons déjà dit, son influence morale était immense dans le pays et au sein de la Convention, mais d’autorité sur ses collègues du comité de Salut public, il n’en avait point, et son opinion personnelle ne fut nullement prépondérante au milieu d’eux. Encore moins sa parole avait-elle d’écho dans le cœur des Tallien, des Fouché, des Baudot, des Carrier, de tous ces terroristes à outrance, de ces énerguraènes de l’hébertisme, de ces révolutionnaires dans le sens du crime, suivant l’énergique expression de Saint-Just,. et contre lesquels, obéissant au cri de sa conscience, Maximilien va bientôt s’élever avec un courage que trahira la fortune, mais auquel l’impartiale postérité rendra un éternel hommage.

Si après Thermidor quelques-uns de ses anciens collègues ont essayé de rejeter sur lui la responsabilité de toutes les mesures de rigueur ordonnées par le comité de Salut public, ç’a été par la plus insigne des lâchetés. Nous n’aurons besoin, à cet égard, que de signaler leurs contradictions pour les convaincre d’imposture. Quand Robespierre, à diverses reprises, disputa à l’échafaud les soixantetreize Girondins qu’il parvint à arracher à la mort parce qu’un certain nombre 3’entre eux, comme les Mercier, les Daunou, les La Revellière et quelques autres, avaient lai.ssé au sein de l’Assemblée de puissantes amitiés, ni Carnot ni Barère, qui se sont très-

(t) Vojei celte circulaire du comité de Salut publie dans VHistoire parlementaire, t. XXXI, p. 16. Elle est signée de Bobespierre, Bitlaud-Varenne, Carnot, C.-A. Prieur, Bartre, Robert Lindet et Couthon.

UISTOÏKË DE noBESPIERRE

fort vantés d’avoir désapprouvé le 3t myi, ne joignirent leurs voix à la sienne, rappelons-le ; et les actes les plus sévères du comité portent leurs signatures, à l'exclusion de celle de Robespierre. Le principal grief invoqué contre celui-ci dans la journée du 10 thermidor ne fut-il pas d'avoir voulu arrêter le cours terriri.e de la Révolution? La vérité est que son immense popularité portait ombrage à la plupart de ses collègues du comité de Salut public, et surtout du comité de Sûreté générale, où, ii l'exception de trois ou quatre membres, il ne comptait guère que des envieux, c’est-à-dire des ennemis. Plus nous approcherons du dénoûnient, plus nous le verrons en butte aux résistances du comité auquel il appartenait. Le jour où il fut convaincu de son impuissance à arrêter le débordement d’iniquités dont il était témoin , il abandonna volontaii-eraeiit, et par une souveraine imprudence, sa part d’autorité légale.

Pré.senter Robespierre comme investi d’une sorte de dictature qu’il aurait exercée avec l’assistance de Conthon et de Saint-Just, sans la participation de ses autres collègues, est donc l’idée la plus saugrenue qui ait pu entrer dans la cervelle d’un historien sérieux. Qu’une foule de gens ignorants et peu soucieux de s’instruire acceptent sans examen cette trinité dictatoriale pas.sée à l’état de légende, que de prétendus historiens sans grande conscience s’épuisent en efforts pour soutenir envers et contre tous un si manifeste mensonge et ne reculent pas devant la violation des plus simples vérités, cela se conçoit jusqu’à un certain point; mais que des écrivains graves et de bonne foi aient méconnu à ce point la réalité des choses, qu’ils aient contribué pour leur part à accréditer une invention thermidorienne démentie par tous les faits (t), c’est à n’y rien comprendre. « On se fait des idées absolument fau.sses de l’intérieur du comité de Salut public, » dit l’un d’eux, o On se ligure que les grandes mesures y étaient délibérées; rien n’est moins exact (2). » — Rien n’est plus exact au contraire; et c’est M. Michelet qui .s’est forgé de l’intérieur du comité des idées absolument fausses. Toutes les mesures y étaient discutées, et très-bien. Il n’y a, pour .s’en convaincre, qu’à jeter les yeux sur les registres de scs arrêtés et délibérations ; on n’y trouve point, il est vrai, de procès-verbaux des débats, mais cela s’explique par l'immensité de la besogne dont était surchargé ce petit groupe d’hommes délibérant sans président dt .sans secré-

(1) Comme MM. Michelet et Quioet par exemple. Impossible de s'être plus fourvoyé que M. Michelet dans tout le premier chapitre de son septième volume. Quantau livre do M. Quinet, tant vanté par des gens fort peu au courant des choses de la Kêvolution, ü n'existe pas, historiquement parlant.

(â) Michelet, Histoire de la Uévoiulion^ t. VII, p. 10.

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