‹ Histoire de Robespierre d'après des papiers de famille les sources originales et des documents entièrement inéditsChapitre 15 sur 354 · LE.S CIROMDIMS DANS LE CALVADOS · texte numérisé non relu

LE.S CIROMDIMS DANS LE CALVADOS

N’esl-ce pas bien là le style des Louvet et des Barbaroux? N'est-ce pas à cet appel que répondra Charlotte Corday en s’armant du poignard dont bientôt elle frappera Marat? Des députés, envoyés à Paris par le conseil général pour connaître les véritables motifs de la journée du 31 mai, ne craignirent pas de s’abaisser jusqu’à commettre à leur retour d’odieux mensonges ; ils répandirent le bruit que le projet des membres de la Montagne était d’élire un dictateur, mais que déjà la division s’était mise entre eux, les uns voulant Robespierre, les autres Danton, ceux-ci Carat, ceux-là Chaumette ou Hébert (1). Celte nouvelle exalta naturellement le républicanisme girondin du conseil général de Caen, et dans une séance qu’animèrent la présence de Corsas, le thuriféraire des journées de Septembre, et celle du royaliste Henri Lariviérc, on se livra à des transports d'une violence dont le registre des délibérations de ce conseil garde lidèlement l'empreinte. « C’est au sommet du Calvados que se forma ce torrent qui, en se réuni.ssant avec les autres départements, entraînera dans son cours précipité le limon et la fange de l’anarchie (2). »

Comme la Cironde comptait beaucoup de membres riches, dont la bourse s’oift'i’ait facilement pour les besoins du parti, elle continua d’entretenir à sa solde une armée de pamphlétaires et de libellistes, et, vaincue, persévéra dans ce système de calomnies dont elle avait tant abusé lorsqu’elle était au pouvoir. Hélas! les plumes mercenaires ne manquaient pas, sans compter celles des principaux meneurs de la faction. On fit circuler dans les départements formés de la ci-devant Normandie et de la ci-devant Bretagne une lettre portant la signature de Garai, lettre par laquelle le ministre de l’intérieur invitait les corps administratif^s à admettre dans la République une dictature composée de Marat, de Danton, de Robespierre et de lui Garat. Dans la séance du 16 juin, le ministre vint, indigné, dénoncer à la Convention cette manœuvre odieuse elles calomnies absurdes avidement accueillies par certains journaux. Il tenait à la main une feuille intitulée Tableau politique et lith’raire de Paris, et donna lecture d'un article qu’elle contenait, article daté de Caen, dans lequel on annonçait qu’un des commissaires du ministre de l’intérieur, chargé de prêcher la dictature dans les départements, avait été arrêté par la municipalité de Lisieux. On n’avait pu lui arracher l’aveu de sa mission, ajoutait-on, qu’en singeant [omaratisme le plus hideux (3).

(1) Registre des délibérations du conseil général de la comomne de Caen. Séance du dinianclie 0 juin 1793.

(S tbid. S ance du 13 juin 1703.

(3) L’article dont se plaint Garai se trouve en substance dans la délibération du conseil général de Caen en date du 9 juin . ubi supra.

HISTOIRE DE RÜIIESOIERRE

Ainsi, disait le ministre, voilJi les moyens atroces dont se servent, pour fomenter des luttes fratricides entre les départements et la ville de Paris, des hommes qui, tout en parlant de leur amour pour la Réiiuhlique, sont allés semer partout les fureurs de leur vengeance (1).

Robespierre, prévenu par Garat des calomnies dont il était également l’objet, prit la parole après le ministre. Il n’avait pas à s’é*tonner des manœuvres dont la coterie girondine u.sait à son égard; depuis un an elle n’avait pas changé de tactique et ne savait que ri'-péter ces éternelles déclamations de Rarbaroux et de Louvet dont à diverses reprises la Convention avait fait bonne justice. «Cette Révolution », dit Robe.spierre, « était destinée à démontrer à l’univers lu puissance de la calomnie. » Quelle sinistre puissance en effet que celle qui put mettre la main sur les deux tiers du pays, et qui pèse encore aujourd'hui d’un si grand poids sur la mémoire des plus purs défenseurs de la Révolution ! Et cette conspiration de libellisles ne s’en prenait plus seulement aux particuliers, c’était ;’t la Ré|iubli((uc elle-même qu'elle s’attaquait. Y avait-il pour la liberté une conjuration plus redoutable? « Ce ne sont plus », continuait Robosjiierre, « les patriotes ardents, forcés tro[) longtemps de .soutenir des combats à outrance, qui sont en butte aux calomnies, ce sont les patriotes d'un caractèi'c ferme et juste. » Il ne serait permis à aucun homme d’être impunément vertueux tant que cette faction existerait. Donc il était nécessaire de prendre contre elle des mesures rigoureuses. Et ici Robespierre invitait la Convention à sévir contre les journalistes mercenaires et infidèles, les plus dangereux ennemis de la liberté.

En toute occasion, on s’en .souvient, il .avait défendu avec ardeur la liberté de la pre.ssc; il l’avait défendue, il y avait quelques mois à peine, contre Buzot, quand celui-ci es.sayait d’arracher à l’A.ssembléc une loi contro de prétendus écrits séditieux; il l’avait inscrite, enfin, dans .sa Déclaration des droits de l’homme, comme le palladium, comme la plus sûre garantie d’un gouvernement déniocr.atique. Mais s’ensuivait-il qu'au milieu de la guerre civile et étrangère la Convention dût tolérer cette foule d’écrits de journalistes aux gages des factions royaliste ou girondine, et qui provoquaient ouvertement à la rébellion contre l’Assemblée? Il y avait là une question de vie ou de mort pour la République ; autori.serce système de diffamations et de calomnies contre la rejiré.sentation nationale , c’était

(1) Voy« dans le MonileuT du 18 juin 1793 ce lr#*8‘Curieux discours de Garai. Tous ces détails , d*une si réelle importance, et qui jettent une lueur si vive sur la conduite des Girondins , sont complètement omis dans les histoires générales.

LIVRK XI. — LES J0URXAL1STES MERCE.XAIRES H

ne condamilpr h périr infaillibleiiiRiit. La Convention ne le voulut pas; fille renvoya donc au comité de Salut public la proposition de Robespierre, et décréta, également sur la motion de Maximilien, que deux circulaires seraient adressées au peuple français, destinées, l'une il l’éclairer sur les dangers de la patrie, l'autre à lui dévoiler tous les faits démontrant la conspiration formidable contre laquelle la République avait .'i se défendre (1). Mais, tout en prenant cette mesure nécessaire de conservation , l'Assemblée entendait si peu porter atteinte au principe de la liberté de la presse, qu’elle repoussait sans discussion une proposition que lui fit Fabre d’Eglantine immédiatement après, savoir d’autoriser le comité de Salut public il arrêter l’envoi des journaux dont il aurait reconnu l’incivisme (2).

Parmi les rédacteurs des feuilles girondines qui avaient survécu au 31 mai, quelques-uns ne furent pas sans concevoir des craintes asse? sérieuses sur l’existence de leurs publications, car on ne manqua pas de répandre le bruit que les journaux étaient menacés d’une proscription générale. Le libraire Panckoucke, dont la feuille ne s’é'lait pas montrée une des moins dévouées au parti de la Gironde , tant que celui-ci avait été au pouvoir, eut peur de voir sa gazette supprimée, quoique depuis la chute des Girondins elle ne leur eût pas épargné l’outrage. Le journaliste Granville, rédacteur en chef de l'article Convention nationale au Monitmr, écrivit îi Robespierre une lettre d’une extrême platitude pour le prier de lui communiquer paternellement les reproches que les patriotes pourraient avoir à lui adresser. Si le Moniteur, avant le 31 mai, avait commis des erreurs, la faute en était Ji la pression dont il était alors l’objet, disait Granville, n ... Nous étions forcés, .sous peine d’être dénoncés.

fl) Vote? le Mohitevr du 18 juin. — Lff discours de Robespierre, qui dut atoir une rertaine étendue, ê'y trouve résumé en vinat-rinq lignes Le Journal des déhalx et des décrets de la Concenlion ( iiuTnéro â7â ) avait promis de le donner en entier, mais il ne tint pas sa promesse. Le Bulletin de la Convention assigne la date du 18 juin h la séance dans laquelle Garai cl Robespierre dénonc^irenl les calomnies girondines; c'est une erreur Carat s*est bien garilé de rappeler celte séance dans scs MémofrcJ, oii il s'agissait avant tout d'intéresser on lia faveur les Girondins, devenus de nouveau les maîtres du pouvoir.

(2) Voyez lo compte rendu de la séane.e du 16 dans le Bépublicain^ numéro 215 de l'année 1793.

HISTOIRK nt: HORESPlEKRt

SOUS peine de perdre la eonfiance de nos abonnés, depuWirr les <H*~ Iribes Ifii plus absurdes des imbéàles ou des inlrigans du côté droit. »

Les articles de nature à exciter le plus de préventions étaient dus, selon lui, îi Rabaut-Saint-Étienne, qu'on s'était empressé d'exclure.

« Au reste », ajoutait-il, « il suffit de, jeter un coup d'(eil sur nos feuilles, depuis un mois, pour voir qu'il n'est aucun journal qui ait plus contribué îi culbuter dans l’opinion les intrigans dont le peuple va faire justice (1). » Nous ne savons si Robespierre répondit autrement que par le dédain à cette lettre assez peu digne, mais le prudent Moniteur ne fut pas un seul instant inquiété. Toujours empressé à mettre les plumes de scs rédaetmirs au service des puissants du jour, il fut, ju.squ'au 9 Thermidor, l’organe de la Montagne, comme il avait été jadis celui de la Gironde, pour devenir ensuite l'écho complaisant de toutes les fureurs thermidoriennes.

C'est également au discours prononcé par Robespierre dans te séance du 16 juin que se rapporte bien évidemment une note, trou- . vée dans ses papiers etdont le représentant Courtois a tiré parti avec cette perfidie qui éclate Ji chacune des pages de son rapport, lequel est le chef-d'œuvre le plus complet qu’on puisse imaginer dans l’art de la calomnie. Nous dirons plus tard quels titres honorables Robespierre avait personnellement à la haine de Courtois. Ce conventionnel avait confié le soin de rédiger son rapport h un littérateur lié d’ancienne date avec les hommes de la Gironde et qui , après avoir .servi les rancunes des Girondins, eut le tort de mettre sa plume h la dévotion des féi'oces vainqueui-s de Thermidor. Auteur de la comédie L'Ami des lois, dans laquelle, sous des noms fabriqués, il avait mis l en scène, aux grands- applaudissements de ses amis de la Gironde, Marat, Danton et Robespierre, sans que celui-ci se fût beaucoup préoccuper de cette facétie qui avait singulièrement ému les patriotes (2), Lava, dont la bonne foi fut évidemment trompée, s’acquitta de sa tûche h la complète satisfaction de ses nouveaux amis. Nous analyserons plus loin en détail cette œuvre, où tous les historiens de la réaction ont puisé îi l’envi comme dans une source cm-

(1) La lettre de CranTilIe ligure k la suite du rapport de Courtois, XVII. Nous avoDs , d’après la minute de celte lettre existant aux Archives , rétabli le nom de Tau leur, dont Courtois, pour des raisons faciles b desiner^n’arait donné que l’initiale. Aprè^ Thermidor, il faillit en coûter cher à GratiTille d’avoir écrit cette lettre. Tous ses collaborateurs le désavouèrent , entre autres le futur baron Trouvé , le plai et ardent adulateur et serviteur de tous les régimes, depuis la République jusqu’è la Restauration.

(S) Ce qui n'a pas empêché le rapporteur d'écrire : n Un des projets de Robespierre fut d'abolir les spectacles : il ne pardonnait pas qu'on eût osé le traduire sur la scène n (P. et 'iB.) Comment, h l'appui de cette assertion, n'a-l-il pas apporté an de ces faux qui lui C4>ûiaienl si peu?

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