‹ Histoire de Robespierre d'après des papiers de famille les sources originales et des documents entièrement inéditsChapitre 145 sur 354 · LIVRE 1111. — GRAVIDE BATAILLE AUX JACOBINS · texte numérisé non relu

LIVRE 1111. — GRAVIDE BATAILLE AUX JACOBINS

les patriotes les uns par les autres. Mais, s’écria-t-il dans un de ces élans d’enthousiasme patriotique où l’on ne peut s’empêcher de croire au triomphe des vérités éternelles, « quelles que soient les

trames qu’ils ourdissent, la liberté est fondée à jamais. Oui!

oui! » répondirent d’une voix unanime les membres de la société et les citoyens des tribunes; et tous, se levant spontanément, agitèrent leurs chapeaux en l’air. — Ce mouvement magnanime qui s’est échappé de vos cœurs généreux, reprit Robespierre, est le gage assuré de votre bonheur, de votre liberté. » Faisant ensuite allusion aux hommes nouveaux, à ces patriotes d’hier qui tentai'eyt l’escalade de la Montagne pour en expulser les vétérans de la Révolution, il se plaignit des persécutions subies par de vrais patriotes, persécutions auxquelles lui et ses collègues du comité de Salut public étaient impuissants à les soustraire ; « car, » disait-il avec raison, « il est parmi nous des fripons qui mettent tant qu’ils peuvent des obstacles au bien que nous voudrions faire, et qui y réussissent quelquefois. » Néanmoins il avait confiance dans le triomphe de la Révolution : éphémères étaient les succès des intrigants, pensait-il • la République finirait par surmonter tous les obstacles, et chaque patriote viendrait se ranger sous ses drapeaux. Hélas ! trompeuses espérances I Les intrigants ont toujours été les plus forts dans le monde , la chute de Robespierre attestera une fois de plus cette vérité peu consolante.

Après avoir engagé la société à n’accorder ses suffrages qu’à des citoyens qui en fussent dignes, Maximilien termina son discours en invitant les • représentants ses collègues à se montrer en toute circonstance dignes de la cause du grand peuple qui se glorifiait dans leurs personnes. L’énergie et la modération de ses paroles . avaient produit un immense effet sur l’assistance, et quand il descendit de la tribune, ce fut au milieu d’acclamations frénétiques.

Cependant l’ordre du jour appelait la suite de la discussion sur l’affaire Philippeaux. Par trois fois, et avec une sorte de solennité, ce député fut invité à monter à la tribune. 11 ne répondit point à ce • triple appel. Un membre demanda alors que si cet homme, qui n’avait paru dans la société que pour en troubler les séances, venait à se présenter de nouveau, on lui refusât la parole. Puis on appela successivement et à trois reprises différentes Rourdon (de l’Oise), Fabre d'Églantine et Camille Desmoulins.

Personne n’ayant répondu à ce nouvel appel, Robespierre reprit la parole pour déclarer que la société n’avait point à chasser Philippeaux de son sein, puisqu’il n’était pas membre des Jacobins et que jamais d’ailleurs il n’avait professé les sentiments des amis de l’éga-

IIISTOinE DE RODESPIERRE

litc et de la liberté. T/était désormais à l’opinion publique de juger ceux qui, après avoir provoqué la lutte, désertaient actuellement le combat. Enfin, dans l’intention bien évidente de détourner la société de ces regrettables dis.sensions où les intérêts individuels passaient avant les grands intérêts de la patrie, il lui proposa de mettre h l’ordre du jour la proposition suivante ; « Les crimes du gouvernement anglais et les vices de la constitution britannique. »

Si l’on veut, dit-il, établir un parallèle entre deux nations dont l’une a déjh reconquis ses droits et sa liberté, dont l’autre gémit eficore sous le joug des tyrans, il n’y a qu’à examiner d’un côté le génie révolutionnaire qui a sauvé la chose publique, qu’à voir nos triomphes en Alsace, la prise de Toulon, tous les miracles enfantés par la liberté, sans compter ceux qu’elle enfantera encore, et qu’à considérer, de l’autre, la stupeur dans laquelle a été plongé le gouvernement britannique à l’annonce de nos succès. Certes, un pareil thème était bien fait pour solliciter l’attention des esprits et pour les distraire des pugilats dont on leur offrait depuis quelques jours le spectacle écœurant; mais l’attention était ailleurs, et pour le moment la proposition de Robespierre ne trouva point d’écho (1).

Alors parut à la tribune Goupilleau (de Fontenay), qui, bien que n’étant pas en cause, voulut justifier sa conduite en Vendée, sans pour cela jeter le soupçon sur le patriotisme de Rossignol, dont lui aussi avait été le persécuteur. Un membre l’accusa d’être le complice ’ de Bourdon (de l’Oise). Un autre, Lachevardière , lui reprocha des fautes graves, et trouva la Convention coupable d’avoir envoyé à Fontenay même, pour y combattre les rebelles, Goupilleau (de Fontenay). A ces mots une véritable tempête éclate. Lachevardière s’élance à la tribune pour expliquer sa pensée. Sa voix est étouffée sous les cris; on prétend qu’il a insulté la Convention, et plusieurs membres réclament la parole pour venger l’honneur de l’Assemblée. Bientôt le tumulte est à son comble, et le président — c’était Jay Sainte-Foy — est obligé de se couvrir.

Qui donc, dans cette circonstance, donna une preuve de modération et essaya de ramener le calme ? Ce fut Robespierre. 11 chercha • à excuser à la fois Goupilleau, un de ses ennemis déclarés, et Lachcvardière. Comment ne pas admirer sa fermeté et sa franchise? « On profite, » dit-il, « de la moindre circonstance pour perpétuer le trouble et empêcher la société de jouir du calme dont elle a tant besoin.

S’il échappe à quelqu’un une expression impropre... » — Et Bentabole de s’écrier avec fureur : « Une insulte à la Convention ! » — Sans

(1) Voj. le Moniteur du il nifAee (ip janeier 1191).

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