‹ Histoire de Robespierre d'après des papiers de famille les sources originales et des documents entièrement inéditsChapitre 146 sur 354 · I.IVBE XIII. — RÉPO^SE A BEMTABOLE · texte numérisé non relu

I.IVBE XIII. — RÉPO^SE A BEMTABOLE

s’arrêier ii rinterruption, Robespierre crut pouvoir affirmer que ui Goupilleau ni Lachevardière n’avaient eu l'intention d’offenser les principes auxquels tous les patriotes sentaient la nécessité de se rallier. Le tort du premier avait été de revenir sur une question dont la société était rebattue. Quant au second, il y avait, dit-il, trop de chaleur sans doute dans son propos, mais plus d’inexactitude et d’impropriété dans l’expression que d’envie d’avilir la Convention. — « Il l’a avilie, » reprit Bentabole d’une voix plus rude. — Cette fois Robespierre crut devoir une réponse ii l’interrupteur, et sous ses paroles il fut facile de deviner son amer regret d’être si mal compris dans son désir d’étouffer des récriminations inutiles et dangereuses. « La Convention, » dit-il, « n’est pas aussi aisée é dégrader qu’on semble le craindre. Son honneur est un peu lié ii celui de chacun de ses membres. Le mien sans doute doit y être compromis : eb bien , je déclare que je ne vois point que la Convention soit avilie, et celui qui se plaît ii la voir continuellement dégradée, qui manifeste à chaque instant cette crainte, celui-là n’a respect ni de lui-même, ni de la Convention, ni du peuple (1). La Convention ne tient que d’elle l’honneur dont elle est couverte ; elle n’a au-dessus d’elle que le peuple français. Quant à ceux qui désireraient peut-être que la Convention fût dégradée, qu’ils voient ici le présage de leur ruine; qu’ils entendent l’oracle de leur mort certaine, ils seront tous exterminés. » Ces paroles n’étaient pas assurément d’un homme qui eût envie de porter jamais la main sur la représentation nationale, et nous verrons Robespierre fidèle jusqu’à sa dernière heure au respect dont il ne cessa d’entourer l’immortelle Assemblée.

La société tout entière, comme si l’émotion indignée de l’orateur eût passé dans le coeur de chacun de ses membres , se leva d'un mouvement spontané, et par quatre fois elle proclama la ruine des traîtres et le triomphe du peuple français (2).

Robespierre reprit ensuite la parole, et après avoir montré combien les factions, même appuyées par l’étranger, étaient impuissantes en comparaison de la République servie par le génie de la liberté et l’énergie de la Convention, il revint à ses conseils de modération : * Représentants du peuple, soyez calmes ; ne vous levez pas avec vivacité lorsqu’un propos mal entendu s’échappe de la bouche d’un patriote; conservez votre tranquillité, compagne immortelle de la force ët de Ig vertu. La Convention ne juge jamais qu’avec eon-

tl) fféntabole n'oubtia point cette rade rranebisede Robciplerre, et nous le tbirons fl|em penlii lee (îlot ardente Tliermidoriene.

(S; Voy. l» Vonileur du SI nirAse (10 juniiei 1194).

naissance de cause ; que ses membres en fassent de même. » Faisant alors appel à tous les citoyens qui jusqu'à présent avaient intrépidement défendu la cause de la liberté, il les conjura de se rallier avec lui aux principes et de ne suivre en toutes choses que les règles de la justice. Puis, toujours préoccupé de l'idée de bannir du sein de la société les débats où s'agitaient en pure perte des rivalités envieuses, il proposa de nouveau à ses collègues du club de discuter les crimes du gouvernement anglais et les vices de la constitution britannique, et d'écarter toute autre question. Cette fois sa motion fut adoptée au milieu des plus vives acclamations (1); plus d'un patriote lui sut gré de ses efforts pour étouffer au sein de la société des Jacobins des querelles individuelles si funestes à la chose publique.

Les applaudissements retentissaient encore quand on annonça l'arrivée de Camille. A peine l'auteur du Vieux Cordelier était-il à la tribune qu'un membre le somma de rendre compte de ses liaisons avec Philippeaux, et de dire sur quoi il fondait son estime et son admiration pour ce grand homme. L'embarras de Camille, ses réponses évasives n'indiquèrent que trop le trouble de son Ame. Il confessa qu'il avait cru de bonne foi au libelle de Philippeaux, et pour quelle raison? — l'aveu est naïf, — parce que tous les faits qui s'y trouvaient relatés étaient bien liés entre eux et se développaient sans art et sans effort. A coup sùr, il eût été plus sage de sa part d'aller aux renseignements avant d'accepter sans contrôle les plaintes chimériques d'un député mécontent. Depuis, ajouta-t-il, d'excellents patriotes lui avaient donné l'assurance que l'ouvrage de Philippeaux était un roman où il mentait à sa conscience et au public. « Je vous avoue, » s'écria Camille, « que je ne sais plus où j'en suis, qui croire, quel parti prendre. En vérité, j'y perds la tête. » Un membre invita alors Desmoulins à s'expliquer sur les numéros du Vieux Cordelier.

Camille, troublé, incertain, semblait hésiter. 11 avait devant lui une assemblée malveillante. Les patriotes sincères, exaspérés par la joie qu'avaient témoignée les aristocrates à la lecture de ses numéros, ceux qu'il avait atteints de ses sarcasmes, se tenaient là irrités, furieux, peu disposés à l'indulgence. Et si l'on considère l'état des esprits, on conviendra que la défense de l'illustre pamphlétaire n'était pas sans difficulté. Ses amis gardaient le silence, regardant sans doute la chose comme impossible. Tout à coup on vit Robespierre se diriger vers la tribune; pour la ([uatrième fois il allait prendre la parole dans cette séance. Rien

(1) Voj. U MMiltuT du 31 uirèse (10 jauTier 1794V

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