‹ Histoire de Robespierre d'après des papiers de famille les sources originales et des documents entièrement inéditsChapitre 147 sur 354 · LIVRE XIII. — CAMILLE DESHODLinS 80R LA SELLETTE · texte numérisé non relu

LIVRE XIII. — CAMILLE DESHODLinS 80R LA SELLETTE

de plus habile, selon nous, et de plus généreux au fond que la manière dont il parla en faveur de Camille (1).

Lui-méme, s’écria-t-il tout d’abord, avait été singulièrement ému des libelles dePhilippeaux, mais il avouait qu’en entendant un patriote comme Choudieu affirmer qu’il n’y avait pas un mot de vrai dans les dénonciations de ce député, il ne savait plus où il en était. Gomment ne pas s’étonner de voir Camille Desmoulins donner si légèrement sa confiance à un tel homme et le soutenir dans son journal ? Lîi était la faute, la grande imprudence ; en effet, depuis les libelles impurs sortis du cabinet de Roland, jamais feuille n’avait autant que le Vieux Cordelier fait les délices des ennemis de la République. Et en disant cela Robespierre se montrait parfaitement désintéressé, il faut bien lui rendre cette justice, car si dans son journal Camille mordait jusqu’au sang quelques personnages célèbres et puissants, s’il causait à certaines individualités orgueilleuses des blessures mortelles, il avait toujours parlé avec la plus sincère admiration de son cher Maximilien. Donc, si Ri^espierre venait à son tour critiquer aujourd'hui l’œuvre satirique de son ami, c’était uniquement parce qu’il la jugeait dangereuse pour la chose publique et capable de rendre une lueur d’espérance ù tous les aristocrates du pays. Mais, ajoutait-il, « Desmoulins n’est pas digne de la sévérité que quelques personnes ont provoquée contre lui; il est contraire à la liberté de paraître avoir besoin de le punir comme les grands coupables (2). »

Après avoir rappelé que quelque temps auparavant il avait pris la défense de Camille, tout en se permettant sur son caractère des réflexions autorisées par l’amitié, il semblait regretter d’étre obligé maintenant de tenir un langage bien différent, parce que, gonflé de certains éloges perfides et du prodigieux débit de ses numéros, Desmoulins avait persisté dans son erreur en continuant de favoriser la malignité publique. Il s’était épris d’une telle passion pour Philippeaux, continuait Robespierre, « qu’il ne faisait point un pas sans demander à tous ceux qu’il rencontrait : « Avez-vous lu Philippeaux?» La Fontaine, qui avait quelque chose de la naïveté de Desmoulins, disait dans son enthousiasme à tous ceux qu’il rencontrait : « Avez-vous lu Baruch ?» Et les personnes qui ne le connaissaient pas disaient : « Qu’est-cc que Baruch? » De même lorsque Desmoulins prenait au collet tous ceux qu’il rencontrait et qu’il leur

(i I Pour avoir une idée complète de cette aéance, U ne suffit pus de coosulier U Monileur, il faut aussi avoir recours au ^ottruaf dê la Monlagnêt oü les paroles de Robespierre paraissent avoir été rendues avec plus de fidélité.

(ï) Journal de la Montagnê des 21 et 2S nivôse (10 et It janvier i79é).

demandait avec un air empressé s’ils avaient lu Philippeaux, ces personnes étonnées demandaient ; «Qu’est-ce quo Philippeaux ?... » Desmoulins, tout plein de l’antiquité, a confondu les Philippiques avec les Philippotiques ; il n’a pas réfléchi qu’il y avait une grande différence entre les auteurs et les sujets. Démosthène et Cicéron avaient choisi pour objet de leurs satires les tyrans et leurs scélératesses; Philippeaux a cru devoir faire tomber ses diatribes sur les patriotes. Cicéron et Démosthène ont-ils jamais fait l’éloge des complices de Catilina et de Philippe? Tunck aurait-il été célébré par Cicéron (t)? » D’unanimes applaudissements et de nombreux éclats de rire accueillirent ces paroles ironiques. Puis, comme pour tempérer ce qu’il pouvait y avoir d’acerbe dans ses remonlrancesî Robespierre parla ensuite de Camille comme d’un étourdi à qui la liberté devait pardonner. « Ses écrits sont condamnables sans doute, » dit-il, « mais pourtant il faut bien distinguer sa personne de ses ouvrages. Camille est un bon enfant gftlé qui avait d’heureuses dispositions et qui a été égaré par de mauvaises compagnies. » Robespierre songeait ici à Fabre d’Églantine, à l’intluenco pernicieuse duquel il attribuait le singulier changement qui s’était produit dans les opinions de Desmoulins, dont les écrits faisaient actuellement la douleur des patriotes et la joie des aristocrates. Tout en sévissant contre le journal, dit Maximilien en terminant, nous devons conserver l’auteur au milieu de nous. Il demanda seulement que pour l’exemple les numéros de Camille fussent brûlés par la société (2).

Il ne faut point oublier que Desmoulins venait d’écrire dans son numéro 5 : « Provisoirement, les patriotes vont être contents de moi... ; je suis prêt à brûler mon numéro 3 , et déjà j’ai défendu à

(1) Journal d€ la Mouhgnet iitiniéros des 81 et 82 nirdsc, u6i tuprà. Nous avons ici préféré la versiou du Jovrnal de la Montagne k celle du Afontl^ur. Robespierre, conime ou Toitf n’était pas si enDCiiii du rire que veut bien le dire M. Michelet (t. Y 11, liv. xv, cfa. 3); on se souvient de ses vives éplires k Pëtioni seulement il n'aimait pas qu'on mil les rieurs du côté de raristocratie. Est-ce k nous, démocrates, de l'en blâmert

(2) Journal de la Jfonfayne, u&t«uprà, et Ifontfeur du 21 nivdse (10 janvier 1794) combinés. — M. Michelet, qui a passé soigneusement sous silence toute la première partie de cette importante séance, si honorable pour Robespierre, et qui, dans sou chapitre intitulé la Conspiration de la Comédie, se livre, avec cet esprit de facuisie si contraire au véritable esprit historique, aux appréciations les plus saugrenues sur Robespierre, compare cette scène k celle de Galilée avec l'Inquisition. Tl n'y a point de comparaison plus fausse. Robespierre ouvrait ici une porte de salut à Camille, bien loin de chercher k le perdre. M. Michelet, qui s'embarrasse asser. peu de la vérité historique, n'a pas craint d'écrire que Robespierre voulait la radiation de Camille et qu’il l'obtint , quand ce fut, au contraire, grâce è la fermeté de Maximilien que Camille fut maintenu sur les listes de la société. (Voj. Vffisfoire de la Rérolulûm par Michelet, t. VII, p. 50 et 51.)

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