‹ Histoire de Robespierre d'après des papiers de famille les sources originales et des documents entièrement inéditsChapitre 149 sur 354 · LIVRE XIII. — LECTURE DES NUMÉROS DE CAMILLE :I · texte numérisé non relu

LIVRE XIII. — LECTURE DES NUMÉROS DE CAMILLE :I

de l'exaspérRlion générale il osera parler en faveur de Desmoulins, et seul il aura le courage de lui tendre encore une fois la main.

Le lendemain 19 nivôse (8 janvier 1791), au début de la séance, le firocureur syndic du département, Lulier, dénonça un écrit dirigé contre Robespierre, les Montagnards et les meilleurs Jacobins, puis Momoro lut le troisième numéro du Vieux Cordelier. Cette lecture fut écoutée au milieu d’un silence glacial qui parut à Camille « une défaveur très-peu sensible, » d’où il conclut qu'une absolution gémV rale eût été la conséquence de la lecture de son cinquième numéro (1)’. Mais Hébert n’était certainement pas de cet avis, car il insista très-fort pour que ce numéro 5 fût lu également, conformément à l’arrêté de la société. « Il est particulièrement dirigé contre moi, n dit-il; « ce n’est pas que je m’en croie atteint, cet homme est tellement couvert de boue qu’il ne peut plus atteindre un véritable patriote; mais le poison est toujours du poison... (2).

On allait passer à la lecture de ce numéro, quand Robespierre, craignant, je le suppose, qu’elle n'amenût un surcroît d’orage sur la tête de Camille Desmoulins, prit vivement la parole pour s’y opposer. A quoi bon? dit-il. N’était-on pas suffisamment édifié sur un ouvrage où le langage des royalistes s’unissait celui des Jacobins, où, à côté des maximes les plus fausses et les plug dangereuses, se rencontraient les adages les plus vrais et les plus patriotiques? Tantôt louant Camille pour les coups terribles portés par lui aux ennemis de la Révolution, tantôt le rudoyant à cause des sarcasmes dont il avait poursuivi les meilleurs patriotes, Robespierre laissait parfaitement entrevoir son désir ardent de parer le coup réservé ù l'auteur des Révolutions de France et de Brabant. Il le présenta comme un composé bizarre de vérités et de mensonges, de politique et d'absurdités, de vues saines et de projets chimériques. Mais qu’importait à la chose publique que Camille fût ou non chassé de la société des Jacobins? L’important était de connaître la vérité et d’assurer le triomphe de la liberté. Uniquement dévoué à la cause du pays, n’épousant la querelle de personne, Robespierre donna également tort à Hébert, lui reprocha de s'occuper beaucoup trop de lui-même et de ne pas assez penser à l’intérêt national.

(1) L« ritvaCorithtT, Dumiroe, p, 152 de rédiUon Mellon.

(2) doitmai de la MoalOÿiie du il DiTdee (10 janTier 1794), numéro 58.

Bifintül, laissant lîi le Père Duehêne et le Vieux Cordelier, il s'attacha à détourner l’attention de la société et h la porter sur les menées du parti de l’étranger, aux intrigues duquel il attribua tous les maux, toutes les exagérations qui compromettaient le salut commun. Des écrivains h vue courte, des historiens nullement renseignés, et probablement tenant peu à l’ôtre, ont beaucoup plaisanté à propos de ce parti de l’étranger; nous prouverons plus tard, par des documents irréfragables, que les affirmations de Robespierre n'étaient point des visions chimériques. Non, il ne se trompait pas en dénonçant Pitt et Cobourg comme les principaux moteurs de nos discordes; en montrant du doigt certains ambitieux qui, parce qu’ils avaient occupé des places sous l’ancien régime, se croyaient assez forts pour peser sur la destinée des empires; en s’élevant enfin avec une énergie suprême contre cette phalange de contre-révolutionnaires masqués qui, à certains moments, venaient exiger de la Convention au delà de ce que le salut public prescrivait, et , à certains autres, la sommaient insolemment de détendre sans précaution le ressort révolutionnaire. Assurément, des gens de la meilleure foi du monde se trouvèrent engagés soit dans la faction des indulgents, soit dans celle des hébertistes ; mais il faut avoir bien mal étudié l’histoire de ces temps formidables pour nier un seul instant que les ennemis de la Révolution aient employé contre elle, avec trop de succès, hélas! tantôt l’hypocrisie de la modération, tantôt l’hypocrisie de l’exagération.

Robespierre démasqua sans pitié les intrigants qui ne voyaient dans la Révolution qu’un moyen de fortune, et qui , pour satisfaire leur ambition ou leur soif de richesses, n’hésitaient pas à susciter au pays tous les embarras imaginables. Tel s’en allait se plaindre à des membres de la Convention qu’on eût enfermé des patriotes, à l’arrestation desquels il avait lui-raôme contribué ; tel autre reprochait à l’Assemblée d’aller trop loin, de tourner l’énergie nationale contre les prêtres et contre les dévotes, au lieu de la déployer contre les tyrans, et c’était celui-là même qui avait intrigué pour diriger contre les malheureuses dévotes .la foudre destinée aux tyrans. On n'osait pas encore s’en prendre au comité de Salut public, objet de la convoitise des meneurs, mais on assiégeait les bureaux de la guerre, signalés partout comme un foyer de contre-révolution. Les mômes hommes qui proposaient à la Convention des mesures tendant à désarmer la Révolution accusaient l’Assemblée de n’être point à sa véritable hauteur; et tandis qu’on l’accablait de motions entachées de modérantisme, auxquelles ne pouvaient répondre les patriotes dispersés par leurs occupations, on faisait en même temps

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