‹ Histoire de Robespierre d'après des papiers de famille les sources originales et des documents entièrement inéditsChapitre 150 sur 354 · LIVRE \1II. — VIOLENTE SORTIE CONTRE FABRE D'ÉGLANTINE 3S · texte numérisé non relu

LIVRE \1II. — VIOLENTE SORTIE CONTRE FABRE D'ÉGLANTINE 3S

colporter dans les groupes des pétitions perfides et des calomnies. C'était là en effet une peinture très-exacte de la situation. Maximilien compara les manœuvres actuelles à celles mises jadis en pratique par les Girondins qui eux aussi étaient parvenus à persuader à une foule de gens faibles et crédules que leurs ennemis étaient dans 1a commune de Paris, dans le corps électoral et dans les sections. « Voilà, » dit-il, i le système qui est encore suivi aujourd'hui. »

Au moment oà il disait ces mots, un homme se leva et descendit de sa place comme si, se sentant personnellement désigné, il eût voulu se retirer. Cet homme, c'était Fabre d'Ëglantine. Ancien secrétaire de Danton au ministère de la justice, Fabre avait longtemps montré une ardeur révolutionnaire excessive. On ne pouvait oublier sa déposition violente dans le procès des Girondins : il avait été jusqu'à les accuser d'avoir été complices du vol commis au Garde- Meuble. Aussi s'étonnait-on du singulier revirement survenu tout à coup dans sa conduite, revirement coïncidant, il faut bien le dire, avec une amélioration au moins étrange dans sa position de fortune (1). Il était de ceux dont Robe.spierre avait parlé tout à l'heure, et qui, n' ayant pas le courage d'attaquer en face le comité de Salut public, essayaient de l'atteindre en dirigeant leurs coups contre le ministre de la guerre, que son patriotisme indiscutable avait rendu cher à Maximilien. Personnellement Robespierre n'avait point à se plaindre de Fabre d'Ëglantine ; il le crut un intrigant dangereux, voilà tout. Comment ne pas être un peu surpris d'ailleurs de l'animosité déployée par Fabre contre Vincent et contre Ronsin, décrétés l'un et l'autre d'arrestation sur sa demande, alors qu'il se disposait à publier un éloge enthousiaste de Marat? A tort ou à raison, on lui reprochait d'être l'auteur des discours patriotiquement contre-révolutionnaires de Bourdon (de l'Oise) (2). Il était aux yeux de Maximilien l'homme de la République connaissant le mieux le ressort qu'il fallait toucher pour imprimer tel mouvement aux différentes machines politiques dont l'intrigue pouvait disposer, consommé dans l'art de faire concourir à l'exécution de son plan la force et la faiblesse, l'activité et la paresse, l'apathie et l'inquiétude, le courage et la peur, le vice et la vertu (3). Ce qu'il lui reprochait par-dessus tout, c'était d'avoir endoctriné Desmoulins et de l'avoir lancé dans la voie déplorable où se trouvait pré-

(1) \ojti A ce sujet un certain nombre de pièces très-importantes, dans les Papiert inidilt, t. III, p. 346 et sniv., pièces supprimées par Courtois.

(2) Projet de rapport sur la faction Fabre d'Ëgiantine. Papiers inéditi, t. U, p. 45.

(3) IbU.

sentement l’auteur de la France libre. En l’apercevant Une put réprimer un mouvement d’impatience et de colère. « Si Fabre a son thème toutprét,» dit-il, «le mienn’est pas encore fini, je le prlud’attendb-c.* Il conjura alors ses concitoyens de se rallier autour de la Convention et d’imposer silence aux intrigants de toute espèce. Déjà, selon lui, la victoire appartenait aux vrais Montagnards ; il n’y avait plus que quelques serpents à écraser. « Ils le seront ! » s’écria-t-on de toutes les parties de la salle au milieu des applaudissements.

Puis Robespierre invita de nouveau la société à ne pas discuter les numéros du Vieux Cordelier, dont l’auteur, à ses yeux, était loin d’ôtre un chef de parti. Poussant droit ensuite à Fabre d’Églantinc, il termina en demandant que cet homme « qu’on ne voyait jamais qu'une lorgnette à la main, et qui savait si Lien exposer des intrigues au théâtre, » voulût bien s’expliquer ici sur les questions agitées en ce moment (1).

Fabre monta aussitôt à la tribune, mais il était fort troublé et ne put donner aucune réponse positive. Il affirma seulement sur l’honneur qu’il n’avait pas influencé d'une virgule les numéros du Vieux Cordelier, en convenant toutefois d’avoir fait intercaler son nom entre les noms de Danton et de Paré, désignés par Camille comme anciens présidents du district des Cordeliers (2). Quant à Philip peaux et à Bourdon (de l’Oise) avec lesquels il se trouvait en si parfait accord pour battre en brèche le comité de Salut public, il ne les connaissait, déclara-t-il, que pour les avoir vus en public, et jamais il ne les avait fréquentés particulièrement. Comme il en était là de ses explications, une voix s’écria : A la guillotine ! A cette exclamation sauvage, Robespierre se leva indigné, et il proposa à la société de chasser de son sein celui qui l'avait poussée. Cette motion fut à l’instant même adoptée et exécutée. Fabre continua de parler pendant quelque temps, mais la plupart des membres, peu satisfaits de ses réponses évasives, se retirèrent peu à peu sans rien

(1) Voyez povr cette séenee le Ko»i/eurdu i3 sivOse [li janvier 17d4) ei le Journal ie la Montagne du 'Ü nivôse, numéro 59.

(2) Journal de la Montagne, ubi tuprà. Voici en quels tonnes, de son côté, Camille protesta contre l'imputation : « Ceux qui, par un reste de bienveillance ponr moi et ee vieil intérêt qu'ils conservent au procureur général de la lauierne, expliquent ce qu'ils appellent mon apostasie en prétendant que j*ai été influeucé et en mettant le» iniquiléa de mes numéros 3 et é sur le dos de Fabre d'Églantine et Philippeaux, qui ont bien assez de leur reaponsabilité persunnelle, je les remercie de ce que cette excuse a d'obligeant; mais ceux-là montrent bien qu’ils ne connaissent point l'indépendance indomptée de ma plume, qui n'appariient qu'à la République, et peut-être un peu à mon imagination et à ses écarts, si l'on veut, mais non à l'asceiulant et à l'inflitence de qui que ce soit. • {ie Fsetu: Cordelier, numéro 6, p. 146, de l'édit. Malton.)

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