‹ Histoire de Robespierre d'après des papiers de famille les sources originales et des documents entièrement inéditsChapitre 16 sur 354 · LIVRE XI. — l'HE DES FRADDES DE COURTOIS · texte numérisé non relu

LIVRE XI. — l'HE DES FRADDES DE COURTOIS

poisonnée, et qui sera dans l’avenir le K^moignage le plus éclatant de la bas.sesse et de la mauvaise foi des Thermidoriens.

Signalons, di'-s îi présent, une des fraudes de ce rapport, dans lequel, à rôté de mensonges exorbitants, d'interprétations sciemment • erronées, de rapprochements tout à fait odieux, se rencontrent des ^ftiux matériels dignes, avons-nous dit déjà, de la police correctio»nelle et de la cour d’assises, et que nous ne manquerons pas de placer sous les yeux de nos lecteurs. T)ans le nombre considérable de pièces et de lettres trouvées chez Robespierre, les Thermidoriens ont choisi, comme on sait, tout ce qui leur a paru de nature h jeter une teinte défavorable sur la mémoire de leur victime. Une foule de notes, destinées h servir de jalons à des improvisations ou Ji des rapports, notes dont les unes ont été utilisées et les autres complètement laissées de côté par lui, ont été pn-cieusement recueillies, commentées traîtreusement, et ont servi de texte aux accusations les plus ineptes. Pas un lambeau do papier n’a été épargné. Les lignes mémo raturées ont été reproduites, comme s’il était permis de se prévaloir de telle pensée d’un écrivain quand il l’a répudiée luimême en l'effaçant de sa main. Mais cela ne leur a pas suffi : non contents de torturer le sens, ils ont poussé l’infamie ju.squ’à altérer le texte de ces notes ou de ces lettres.

Robespierre, on l’a vu, avait engagé la Convention îi prendre des mesures sévères contre ces libellistes gagés qui la dénonçaient à la France et k l’Europe comme un foyer d’anarchie, et à éclairer le peuple par une adresse où seraient relatées tontes les preuves de la conspiration girondine. Il avait, suivant la coutume des orateurs, jeté sur le papier quelques-unes des idées qu’il se proposait de développer. Voici cette note ;

(I Quel est le but? L'exécution de la constitution en faveur du peuple. Quels seront nos ennemis? Les hommes vicieux et les riches. Quels moyens emploieront-ils? La calomnie et l'hypocri.sie. Quelles cau.ses peuvent favoriser l’emploi de ces moyens? L’ignorance des sans-culottes.

« Il faut donc éclairer le peuple. Mais quels sont les obstacles k l’instruction du peuple? Les écrivains mercenaires qui l’égarent par des impostures journalières et impudentes.

« Comment ferez-vous taire les ticrivains mercenaires, ou comment les attacherez-vous k la cause du peuple? Us sont k ceux qui les payent; or, les seuls hommes capables de les payer sont les riches, ennemis naturels de la justice et de l’égalité, et le gouvernement qui tend sans cesse k étendre son pouvoir aux dépens du peuple (1).

(1) Celle phrase a été omise toat enlière dans la pièce qui ti|;ure a lu suiie du rap-*

HISTOIRE HE ROBESPIERRE

« Que conclure de là? 1“ Qu'il faut proscrire ces écrivains comme les plus dangereux ennemis de la patrie.

« i" Qu’il faut répandre de bons écrits avec profusion... »

On retrouve bien là en substance le discours prononcé par Robespierre dans la séance du l(î juin. Il y a même au Moniteur des lam- • beaux de phrases reproduits à peu près textuellement, par exemple à propos de « ces journalistes infidèles qui sont les plus dangereux ennemis de la liberté. » üh bien! qu’ont imaginé les Thermidoriens? Robespierre n’élanl plus là pour répondre et jiersonne n’osant prendre sa défense, il s’agissait de le présenter comme rennemi-né des écrivains, lui le glorieux lutteur qui, de tous les hommes de la Révolution sans exception, avait combattu avec le plus d’ardeur et de dévouement en faveur de la liberté de la parole et de la pensée. Une phrase supprimée ou alU^rée, une simple lettre changée, et leur but était atteint. Ainsi, au lieu d’écrire comme dans le texte : «11 faut pro.scrire cES écrivains » (les écrivains mercenaires qui égarent le peuple par des impostures), ils ont écrit en lettres capitales; « 11 faut proscrire les écrivains comme les jdus dangereux ennemis de la patrie. » üii voit comme ils se sont attachés à généraliser, alors que dans la pensée de Robespierre il n’était i|uestion que des libellistes stipendiés, aux gages de laGiroiidè ou du royalisme (1). Ainsi encore, au lieu de la phrase du texte rétablie par nous ; « Comment ferezvous taire les écrivains mercenaires », le rapportimr a écrit : « Comment ferez-vous taire les éiTivains (2). » Après avoir de cette façon tronqué et falsifié les phrases de Robespierre, il lui est facile de s’écrier : (( Les écrivains surtout, comme institués délateurs de la tyran-

port de Courtois, n® XLIII, p. 180, sou» ce litre Espèce de catéchùme de flobeepierre , écrit de sa main / EUe »c trouve , il est vrai , dans le corps du rapport (p. 27 ) , mais tronquée cl altérée. Ainsi les réacteurs de Thermidor se sont bien gardé» de parler « du gouvernement qui tend sans cesse à étendre son pouvoir aux dépens du peuple, n 1) ne faut pas oublier qu'on voulait prouver que Robespierre avait at^piré li la dictature.

(1) Ou se retrancherait en vain derrière une erreur possible d'impression. Le faux est tellement prémédité qu'il se reproduit trois fois : deux fois daus le corps même du rapport (p. 27), lignes A et 10, et une fois, p. 180, avec omission roniplèie d’une phrase. Vovez l'original de ,^tie note aux Archives, f 7. 4436, liasse U. Ce u'csl là du reste qu’un faible éciianlillon des faux que nous avon.s découverts.

(2) Page 27 du rapport. Le rapporteur prétend que tous les auteurs « accusés ou soupvonn/s d'avoir pensé à Robespierre... deviurent les objets de ses vengeances. » Il est fftebeux , en vérité, qu'il n’ail pu cit<’r un seul exemple, un seul. Un certain baron Massias, dans un livre oublié comme son auteur (ifourement des idées dans Us t/tsaire derniers siècles), a trouvé moyen d aller plus loin que Courtois. Il a prétendu que Robespierre avait proposé à la Convention , le 15 janvier 1794 , de proscrire tous les savants, tous les gens de lettres, tous les érudits. — Et ces geus-U se prenaient

* pour de très-hounétes gens.

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