UVRE XIII. — ARRESTATION DE FABRE D'ÉCLANTINE
ces poges la fin malheurouse des hébertistes et celle des dantonistes, si fatales l'une et l’antre à plus d'un titre.
Trois jours après la séance des Jacobins où il avait été si vivement pris à partie par Robespierre, Fabre d'Ëglantine fut arrêté dans son appartement de la rue de la Ville-l'Évéque et conduit à la prison du Luxembourg. Ce fut un coup de foudre pour ses amis, pour Camille Desmoulins, Danton, Pbilippeaux et Bourdon [de i'Oise). Involontairement sans doute, ils songèrent tout d'abord à la formidable sortie de Maximilien contre lui ; pourtant elle n'était pour rien dans son arrestation. L' immortel auteur de Philinte, comme Camille appelle Fabre d'Ëglantine (1), avait été arrêté par ordre du comité de Sûreté générale, sous la prévention d'avoir hilsifié un décret de la Convention nationale (2). Robespierre était donc complètement étranger à cette mesure. L’affaire qui y avait donné lieu se rattachait directement à celle de Chabot, de Bazire, de Julien (de Toulouse) et de Delaunay, dont nous avons parlé au commencement de ce livre. Elle est trop en dehors de notre sujet et nous demanderait trop de place pour qu'il nous soit possible de nous y arrêter longtemps. Disons seulement qu'en proposant à la Convention, dans la séance du 24 nivôse (13 janvier 1794), de sanctionner l’arrêté pris par le comité de Sûreté générale, Amar présenta Fabre d’Ëglantine comme ayant été guidé par des intentions criminelles; ce qui parut si évident à quelques membres, que Gharlier réclama, au lieu d’un simple décret d’arrestation, un décret d’accusation (3).
(I) Le fieux Cordeliers numéro 6» p. 133 de l’éditioa Malton.
(3; M. Miclieiet avance (t. VII» p. 53) qu'en sepieinbre le comité de Sûreté générale avait été renouvelé d’après une liste composée par Robespierre. Voilà une assertion bien grave et qui demandait à être appuyée d’une preuve certaine et authentique. Le MoiUUur ne dit rien de semblable. N. Hiebelet se contente d'affinner» ajoutant» comme pour donner plus de poids à son arOrmatloD, que le renouvellement de ce comité eut lieu le 26» lendemain du triomphe de Robespierre à la Convention. Or ce ne fat pas le 26, comme le dit par erreur M. Michelet» mais bien le 14 septembre» c'est-à-dire doute jonrs auparavant, que fut renouvelé le comité de Sûreté générale. Ajoutons qu’à l'exception de Da\îd et de Le Bas» presque tous les membres de ce comité étaient hostiles à Robespierre» et que la plupart d'entre eux devinrent ses ennemis les plus acharnés.
(3) Sur cette question de faux, Fabre d’Fglantiue a trouvé d'éloquents défenseurs dans MM. Louis Blanc et Michelet» aux livres desquels nous ne pouvoua que renvoyer nos lecteurs.
Danton ayant pris la parole, non point pour défendre son ami si fortement compromis, mais pour demander qu’il fût au moins permis aux accusés de fournir leurs explications à la barre môme de l'Assemblée, s'attira de la part de Billaud -Varenne une réponse d’une excessive dureté; «Malheur,» dit ce dernier d’un ton sinistre, « à celui qui a siégé à côté de Fabre d’Églantine et qui est encore sa dupe. » 11 traita Fabre de scélérat consommé, et lui reprocha de n’avoir usé de la liberté, depuis l’arrestation de ses complices, que pour tramer une nouvelle conspiration. Mais, ajoutait Billaud, un prompt rapport allait être présenté à la Convention nationale afin de la mettre à même de se débarrasser au plus vite des coquins qui ne paraissaient senir la République que pour mieux la trahir. Et ces paroles de Billaud furent couvertes d’applaudissements (1).
Le rapport auquel il venait d’être fait allusion était — cela me parait de toute évidence — celui de Robespierre sur la faction Fabre d’Églantine, et qui demeura à l’état de projet. Ce rapport, dont nous avons déjà cité plusieurs passages, a une grande importance en ce qu’il précise bien nettement la pensée de Robespierre. On en connail généralement le début; il est bon néanmoins de le remettre sous les yeux de nos lecteurs : « Deux coalitions rivales luttent depuis quelque temps avec scandale. L’une tend au modérantisme, et l’autre aux excès patriotiquement contre-révolutionnaires. L’une déclare la guerre à tous les patriotes énergiques, prêche l’indulgence pour les conspirateurs; l’autre calomnie sourdement les défenseurs de la liberté, veut accabler en détail tout patriote qui s’est une fois égaré, en même temps qu’elle ferme les yeux sur les trames criminelles de nos plus dangereux ennemis. Toutes deux étalent le patriotisme le plus brûlant quand il s’agit d’attaquer leurs adversaires, toutes deux font preuve d’une profonde indifférence lorsqu’il est question de défendre les intérêts de la patrie et de la vérité; toutes deux cherchent à sacrifier la République à leur intérêt particulier.... L’une cherche à abuser de son crédit ou de sa présence dans la Convention nationale ; l’autre, de sou iuiluence dans les sociétés populaires. L’une veut surprendre à la Convention des décrets dangereux ou des mesures oppressives contre ses adversaires; l’autre fait entendre des cris douloureux dans les assemblées publiques. L’une cherche à alarmer la Convention, l’autre à inquiéter le peuple; et le résultat de cette lutte indécente, si l’on n’y prend garde, serait de mettre la Convention nationale en opposition avec le peuple, et de fournir aux ennemis de la République l’occa-
(1) Ifoniteur du S6 nitôse (15 janrier 1794), séance du 24.