‹ Histoire de Robespierre d'après des papiers de famille les sources originales et des documents entièrement inéditsChapitre 155 sur 354 · I.IVIIE XIII. — HAETAIM UÉFI AUX TYRAXS · texte numérisé non relu

I.IVIIE XIII. — HAETAIM UÉFI AUX TYRAXS

rompu, nous l’envoyons à l’échafaud... » A cette voix qui seiiihlail celle delà France indignée, les plus vifs transports éclatèrent dans toute la salle.

Cette affaire même, aux yeux de Maximilien, était un iniuveau titre de gloire pour la Convention nationale, puisque, par un contraste remarquable, la probité de ses membres ressortait de la corlOiption de quelques individus. Elle attestait en même temps la dignité d’une assemblée à l’existence de laquelle était attachée la destinée des peuples et qui soutenait avec un tel courage les efforts réunis de tous les tyrans pour l’accabler. Chacune dés paroles de l’orateur retentis.sait dans le camr des membres de la Convention comme la voix de la conscience publique, et d’instant en instant il était interrompu par les applaudissements. « Dans quel pays, » ajouta-t-il, « a-t-on vu encore celui qui était investi de la puissance souveraine tourner contre lui-même le glaive de la loi ? Dans quel pays a-t-on vu encore un sénat puissant chercher dans son sein ceux qui auraient trahi la cause commune et les envoyer sous le glaive de la loi? Qui donc encore a donné ce spectacle au monde? Vous, citoyens... » Et les applaudi.s.sements de redoubler. « Voilà, citoyens, la réponse que je fais en votre nom à tous les tyrans de la terre; voilà celle que vous ferez aux manifestes de nos ennemis, à ces hommes couverts de crimes qui oseraient chercher la destruction de la Convention nationale dans l’avilissement de quelques hommes pervers. » Et, au milieu d’acclamations nouvelles, l’Assemblée décida, sur la demande de l’orateur, que le rapportd’Amar ne serait point livré à l’impression avant d'avoir été revu (1). Ce

(1) Dausson aveugle prévention rouire Hobeapierre, M. Michelet se livre ici & des appréciations d’une subtilité digne du casuiste le plus retors. 11 commence par dire que tout ce qu’Amar fil pour Fabre, qu*nn U (orçaii d'accuter^ .ce fut de le montrer comme un filou, non comme un criminel d'£tai, — ce qui n’est nullement exact; — de sorte que la chose n'allunt qu’aux tribunaux ordinaires, Fabre pouvait par le bagne éviter la guillotine. M. Michelet est-il bien sûr que la falsification d’un décret de la Convention — l'accusation étant admise— eût conduit simplement l’accnsé aux tribunaux ordinaires! Mais voici qui est plus grave : a Robespierre, » dit-il , « ne le permit pas, U remit la chose an point d'un crime d’État. » Il n’y a pas un mot de vrai dans tout cela, et Robespierre ne songea nullement b établir cette distinction. Il protesta en termes magnifiques contre cette parole de Pitt : u II y a des voleurs parmi les Montagnards; » et il est impossible h tout cœur honnête de ne point s’associer b sa protestation. Et quant a ces mots ; « Où a-t-on tu celui qui est investi de la puissance souveraine tourner contre lui-uiéme le glaive de la loi ? Où a-t-on vu un sénat puissant chercher les traîtres dans son sein ! » n’est-ce pas le plus bel hommage rendu au principe de la justice et de l'égalité? M. Michelet, qui s’est bien gardé de rappeler le hautain défi de Robespierre aux tyrans de la terre, port do là pour écrire : « Encouragement délicat pour décider l'Assemblée à trouver bou qu’on la saignât , qu’on lui coup&t bra

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qu’il y avait de geaudenr dans l’élaquenie improvisation de Robespierre n’échappera îi coup sûr h personne. Les gens tarés de l’Assemblée, les corrompus de la droite ou de la gauche, ceux enfouis dans les has-fonds du Marais, purent éprouver une secrète terreur à ces accents d’une probité inllexible, maudire le stoïcien rigide ; mais le pays tout entier salua de ses acclamations celte vive protestation de la vertu contre le vice, et les applaudissements réitérés de la Convention se répercutèrent d’échos en échos d’un bout de la France è l’autre.

A l’heure où la Convention donnait au monde un grand spectacle en portant la maiii sur quelques-uns de ses propres membres accusés de faux et de corruption, on était à la veille d’un anniversaire qui peut nous npjtaraltre sombre et sanglant à nous, mais qui pour les patriotes du temps avait cette triple signification : liberté, délivrance, afl'ermissement de la République.

Le 2 pluviôse de l’an II (21 janvier 179 i), parut à la barre de la Convention nationale une députation de la société des Jacobins. 11 y avait juste un an qu’à pareil jour la tète de Louis XVI était tombée sur 1 échafaud. L’orateur de la députation invita la Convention à décréter que tous les ans cet anniversaire serait solennellement célébré comme « le premier pas vers le bonheur pour l’humanité tout entière. » Converti aussitôt en motion par un membre de l’Assemblée, ce vœu fut à l’instant sanctionné, et à runanimité l’on décida que chaque année, à pareille époque, une fête civique aurait lieu dans toute l’étendue de la République. Coutlion prit ensuite la parole. A sa voix la Convention en masse poussa le cri célèbre : Mort aux tyrans, paix aux chaumières! et répéta le serment, déjà plusieurs fois prononcé par elle, de vivre libre ou de mourir. Comme la commune de Paris et la société des Jacobins devaient se rendre en corps sur la place de la Révolution alin de célébrer au pied de l’arbre de la liberté cette journée regardée comme glorieuse

et jambes. Parlail-il sérieusemeDt? Quoi qu'it en soit, de telles paroles sont juslcDicnl ce qui l'a fait le plus mortellement haïr, o Des voleurs et des corrompus» c’est évident. (Voy. VUütoire de laRétoluHotit t. VU, p. 164.) Assurément nous croyons M. Michelet ]<leiD de bonne foi; mais n‘y a*t-il pas de sa part une sorte dedémeuce à jeter ainsi une ombre sur les choses les plus claires , b travestir avec le plus étrange sans façon le r6!e des personnages qu'il n'affectionne pas, et enfin b faire b Robespierre un crime (ie ce qui, au contraire, doit être aa recommandation auprès de tous les cœurs droits et <le toutes les âmes loyales ?

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alors, Coiiihuii engagea ses collègues à envoyer une députation de douze membres choisis sur les bancs de la Montagne; mais celte proposition parut insuffisanle. Tous! tous! s’écria-t-on; et à la demande de Billaud-Varenne, la Convention en masse se joignit î» la commune et aux Jacobins.

On sait comment, arrivée sur la place de la Révolution, l'.\ssembléc se trouva face à face avec la guillotine, et recula d'épouvante en voyant quatre condamnés à mort monter îi 'l'échafaud. Bourdon (de l’Oise) prit texte de là pour présenter comme une atrocité préméditée cette coïncidence toute fortuite. Oui pouvait prévoir en effet la démarche inopinée de la Convention ? La sensiblerie de Bourdon (de l’Oise) était donc purement de l’hypocrisie. Si l'Assemblée pouvait être accusée de cannibalisme, ce n’était point parce que le hasard l’avait rendue spectatrice de l’exécution de quatre condamnés, mais bien parce qu’elle avait cru nécessaires les lois terribles en vertu desquelles ces condamnés avaient été frappés de mort. N’élait-ce pas Bourdon qui, en pleine Convention, s’était écrié : « Kst-on fâché que la Terreur soit à l’ordre du jour (ly? » Quel homme humain que ce Bourdon, terroriste à outrance dans le .sens ultra-révolutionnaire avanlThermidor, et terroriste à outrance dans le sens contre-révolutionnaire après Thermidor ; personnage équivoque, sans principes et sans foi, accusant à tort et à travers le ministre de la guerre; lui faisant un crime tantôt des obstacles insurmontables apportés par d'autres à l’arrivée des secours destinés aux prisonniers de Mayence, tantôt de s’être justifié sur ce point (2); et, suivant l’expression méprisante de Robespierre, s’en prenant encore à ce même ministre tantôt de ce que lui. Bourdon, s’était querellé dans une taverne avec un de ses commis, tantôt de ce qu’il avait mal dîné (3). Son indignation en cette circonstance était donc |iuérile; ce qui chez d'autres aurait pu être une révolte de la conscience ne fut chez lui que le dé.sir d’imputer une action noire aux agents d’un pouvoir auquel il avait voué une haine implacable.

Dans la soirée du 2 pluviôse Couthon proposa à la société des Jacobins de charger quatre commissaires du soin de rédiger l’acte d’accusation de tous les rois et de le soumettre ensuite au tribunal de l’opinion publique de tous les pays, afin, dit-il, qu’aucun roi ne pût trouver désormais de ciel pour l’éclairer ni de terre pour le

(i) Voy. le Moniteur du brumaire (14 novcnjbre 1793), séanre du 40 brumaire.

(4) Voy. le Moniteur du 11 pluriôse- (44 juuTier 1794 , séance du 9 pluviôse, et le projet de rapport sur la faction Fabre d‘^glomine, Papiers inédits ^ i. il, p. 40.

(3) Projet de rapport sur la faction Fabre d'Églamiue. Papiers inédtts, t. il, p. 40.

HISTOIRE IIE RORESPIRRRR

porter. La soci^'t/i accueillit cette proposition par des applaudissements .sans nombre, et l’ayanl adoptée, elle choisit pour commissaires rédacteurs Robesjiierre, Couthon, Billaud-Varenne, (lollot d’Hei-bois et Lachevardière (t).

L’acte d’accusation de tous les rois! Robespierre n’avait cessé de le dres.ser depuis le commencement de la Révolution, et jusqu’à sa mort il^ ne manquera jamais l’occasion de faire entendre contre eux de terribles vérités. Pour nous qui, placés à une grande distance des événements, n’avons pas souffert des abus de l’ancien régime, nous ne comprenons peut-être pas assez l’exaspération de nas pères contre les tyrans couronnés. Mais le déplorable état où la France s'était trouvée un moment réduite, nos frontières entamées sur tous les points, nos villes livrées à l’ennemi, la guerre civile, la disette, nos finances ruinées, la Terreur même, l’affreuse Terreur, à laquelle on s’était vu obligé d’avoir recours comme h un moyen de défense dése.spéré, tout cela n’était-il pas l’ieuvrc des rois et de l’aristocratie? N’était-ce pas hier que sur un signe du maître les peuples se ruaient les uns contre les antres et s’entr’égorgeaient pour le plus grand plaisir de quelque favori ou dequelque favorite? N’était-t;e pas hier que, pour ne point partager complètement les idées religieuses du roi très-chrétien, des milliers de Français périssaient par le feu, par le fer, poursuivis dans les (lévennes comme des bêtes fauves? N’était-ce pas hier que, dans son intendance du Languedoc, Lamoignon de Ba.sville faisait périr en quelques années plus de dix mille protestants? C’était là une terreur séculaire, bien autrement odieuse que cette terr^mr révolutionnaire, rapide comme la foudre, et qui, opposant oppression à oppression, n’eut d’autre but que de débarrasser la France de .ses ennemis et de fonder dans le pays le règne de la liberté et de l’égalité. En confiant à Robespierre et à quelques autres le soin de rédiger l'acte d’accusation de tous les rois, la société des Jacobins ne fit que leur demander le développement logique de cette parole de l'abbé Grégoire : « L'histoire des rois est le martyrologe des nations (2). »

Robespierre ii’assistait pas à cette séance des Jacobins, car quelques; jours après, plusieurs citoyens témoignèrent hautement de l’in-

(1) Moniteur du 6 pluviôse (24 jaovier 179-4).

(2) L'abbé Grégoire k )s CoiiTeniion, séance du 21 septembre i"92 Voy. U Moniteur du 22.

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quiétude sur sa santé parce que depuis un certain temps on ne l'avait pas vu au club; mais un membre de la société rassura les patriotes alarmés en leur disant qu’il continuait à jouir d’une bonne santé (1). Peut-être Maximilien occupait-il alors ses soirées à travailler à son grand rapport sur les principes de morale politique qui devaient guider la Convention nationale dans l’administration intérieure de la République, dont ses collègues du comité lui avaient confié la rédaction, rapport dans lequel nous le verrons affirmer plus que jamais sa répulsion pour les exagérations des ultra-révolutionnaires, tout en blémant avec sévérité l’attitude étrange de ceux qu’on avait baptisés du nom d' indulgents , et qui néanmoins ne poursuivaient actuellement qu’un but : celui d’envoyer leurs adversaires... à l’échafaud.

Entre les deux factions c’était donc une guerre à mort, une lutte fratricide. Les amis d’Hébert et de Ronsin, voulant jouer un bon tour à Camille, imaginèrent d’arrêter son beau-père, le citoyen Duplessis, devenu lui-même un révolutionnaire fougueux, et trèscourroucé contre son gendre depuis que celui-ci malmenait si fort les ultras. Mais comme il n’était point permis à une autorité étrangère à la Convention de porter la main sur un représentant du peuple, on résolut de frapper l’auteur du Vieux Cordelier dans la pereonne de son beau-père. Ce fut le comité révolutionnaire de la section de Mutins Scævola (la section de Vincent) qui se chargea d'être finslrument de cette petite vengeance hébertiste. On connaît la narration piquante qu’a tracée Camille de l’arrestation du père de sa femme, dans le numéro C de son Vicu.T Cordelier (2). Il avait commencé par porter plainte devant la Convention nationale et s’était trouvé vivement soutenu par son ami Bourdon (de l’Oise). C’était Camille lui-même qu’on avait voulu attaquer, avait fait observer Bourdon, et, s’étonnant que le comité de Sûreté générale n’eût pas encore mis fin îi cette oppression, il avait demandé que ce comité fût tenu de présenter sous trois jours un rapport sur cette affaire.

Vadier défendit le comité de Sûreté générale. Chose assez étrange, ce fût Danton qui s’éleva contre la motion de Bourdon, comme contraire îi l’égalité. « Une révolution , » dit-il avec un grand bon sens, « ne peut se faire géométriquement. » Les comités révolutionnaires avaient été établis sur sa proposition ; il le rappela avec une sorte d’orgueil, et conjura ses collègues de les maintenir dans

1) Voyez le /oumat de Perlei da 9 pluviôse (28 janvier 1794), numéro 492» et le MoniUur du niêoie jour.

{S) Voyez le Vieux Cordelier, numéro G, p. 138 de l'édition Matton.

IIISTOIIIK DE ROUESDIEIIRE

loute leur foree pour ne point donner dans le modérantisme et prêter des armes aux ennemis de la Révolution. Sans doute il fallait rendre justice à toutes les victimes de mesures et an estations arbitraires, mais îi la condition de ne point nuire à l’action du tribunal révolutionnaire. On voit comme Danton s’étudiait encore à éviter l’écueil contre lequel Camille Desmuulins et Philippeaux s’élaienl heurtés par trop de légèreté. Ses paroles furent accueillies par les plus vifs applaudissements, et, sur sa demande, la Convention renvoya l’aflarre à l’examen du comité de Sûreté générale (1). C’est donc û tort qu’un certain nombre d’écrivains ont appliqué dès celle époque la dénominalion de dantoiiiUes aux adversaires acharnés du goiivernemenl et du comité de Salut public, comme Fabre d’Églanline, Rourdon (de l'Oi.se) et Philippeaux, ou aux furieux ennemis d’Hébert et de l'hébertisme, comme Camille Desnioulins.

Kneouragés en quelque sorte par une voix partie des rangs de leurs adversaires, les hébertistes songèrent à pres.ser la délivrance de Ronsin et de Vincent, arrêtés comme on sait sur les dénonciations et les instances de Fabre d'ivglanline et de Bourdon (de l’Oise). Un des leurs, un autre Bourdon, destiné lui aus.si à jouer un rôle sanglant dans la catastrophe du 9 Thermidor, Léonard Bourdon, vint dans la séance du 9 pluviôse (28 janvier 179i), engager les Jacobins à intercéder auprès de la Convention en faveur du général de rarmée révolutionnaire et de l’adjoint du ministre de 1.1 guerre.

Quelle était au juste l’opinion de Robespierre sur ces deux personnages? Un jour, on s'en souvient peut-être, après la révolution du to août, Ronsin lui avait écrit pour le prier d’appuyer sa candidature auprès de l’assemblée électorale dont les opérations allaient commencer. Maximilien ne parait pas s’être beaucoup intéressé alors au futur général en chef de l'armée révolutionnaire. Peut-être déjà avait-il remarqué en lui des tendances à ces exagérations presque aussi funestes à ses yeux que les manœuvres de la contre-révolution , et qui souvent venaient de la même source. Du reste, sur Ronsin et sur Vinrent il n’était pas bien fixé encore. Qui croire au milieu de tant de dénonciations se croisant en sens inverse, dénonciations faites troi) souvent à la h?gère, et auxquelles ne devait pas mettre fin le décret sévère par lequel la Convention punit de mort tout individu convaincu de faux témoignage sur une accusation capitale (2)? Sur Vincent il avait des

(1] .Wonitrur du 6 pluviAse {‘U janvier fïad), séauce du 5 pluTiôse.

(2) Séance du 4 pluiiAse [tî janvier 1794), Jfonifeur du 6 pluvidse.

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