‹ Histoire de Robespierre d'après des papiers de famille les sources originales et des documents entièrement inéditsChapitre 157 sur 354 · I.IVKE XIII. — MAXIMILIEX ET JE.\X-B01H S.Xl.M-AXUllÉ · texte numérisé non relu

I.IVKE XIII. — MAXIMILIEX ET JE.\X-B01H S.Xl.M-AXUllÉ

(Je son autorité. Dans le cas où les communes voteraient une adresse de remercîments, il n'y aurait plus qu’à mépriser le peuple anglais, auquel la France, au contraire, était toute dispo.sée à rendre son estime et son amitié s’il avait le courage de s'affranchir. En attendant, il conseillait aux républicains français de perfectionner leur marine, de serrer de toutes parts leurs forces, et d’achever paisiblement une révolution si heureusement commencée.

Ce discours avait été interrompu par de fréquents applaudissements. De nouvelles acclamations retentirent quand Robespierre quitta la tribune. Lorsque l’enthousiasme se fut un peu calmé, Jean-Bon Saint-André, ayant cru voir dans le discours de son collègue une allusion à quelques mots prononcés par lui , reprit la parole pour déclarer que jamais il n’avait eu l’idée d’affaiblir la haine légitime des Français contrô le peuple anglais, et qu’à Brest, d’où il arrivait, il avait tenu un langage identique à celui de Robespierre. Mais il s’était mépris sur le sens des paroles de ce dernier, car Maximilien répondit aussitôt en ces termes : « J’aurais manqué mon but .si j’avais offensé dans l’énoncé de mon opinion celui qui a travaillé avec nous à opérer le bien de la République... S’il pouvait y avoir dans mes expressions quelque chose qui pût aliéner les esprits, je serais le premier à l’éloigner de mon discours. » A quoi Saint-André répliqua : « Unis de sentiments et de principes, nous avons combattu, Robespierre et moi, pour la liberté, et nous combattrons encore; nous avons voué une haine éternelle aux tyrans, et notre tète tombera ou ils seront exterminés (1). » La tête du glorieux commissaire près les flottes de la République ne tomba point, heureusement. Jean-Bon Saint-André, il est vrai, ne se trouvait pas à Paris le 9 thermidor. Qui sait? peut-être eût-il péri aussi; peutêtre eût-il empêché cette néfaste journée. Quoi qu’il en soit, il ne renia jamais celui qui, sur sa proposition, avait été nommé membre du comité de Salut public. Lorsqu’au plus fort de la réaction thermidorienne, il déclara qu’il n’avait point participé à la plupart des opérations du comité, il dit la vérité, puisqu’il avait été presque toujours en mission ; mais, du moins, il n’essaya pas de rejeter lâchement sur les vaincus toute la responsabilité des faits accomplis.

La vive sortie de Robespierre contre le peuple et le gouvernement anglais lui attira de la part de Camille Dcsmoulins d’assez étranges critiques, — critiques qui d’ailleurs ne virent pas le jour à cette

(1 f Moniteur du 16 pluviôse (4 février 1794) ei Journal de la Montagne du 14 pluviôse (numéro 81).

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('■poque et qui demcurcreiit provisoirement enfouies dans le manuseril de l’auteur. (Test donc bien lualadroitcmenl qu'on leur a quelquefois attribué l’abandon de (ianiille par son vieux camarade (1). Dans les six premiers numéros de son journal. Desmoulins n’avait eu pour Robespierre que des éloges et des paroles d’admiration, le citant à tout propos comme une autorité infaillible, voulant et demandant, comme lui, qu’on frappét les chefs de complots, mais qu’on établît une distinction fondamentale entre le crime et l’erreur. Rien mieux, dans son numéro ü, ne le félicitait-il pas d’avoir parle durant une heure et demie pour l’empêcher d’être rayé, lui Camille, de la liste des Jacobins (2)? Enfin, en terminant ce dernier numéro ne regardait-il pas l’heureuse diversion sur les crimes du gouvernement anglais, imaginée pour mettre lin aux déplorables querelles particulières dont la sodiété dos Jacobins était devenue le théâtre, comme un des plus grands services rendus à la patrie par celui qui avait ouvert cette discu.ssion (S)? Or, — singulière bizarrerie du caractère de Camille, — le voilà qui s’éprend tout à coup d’une belle passion pour la lière nation anglaise, qui reproche à Robespierre d’avoir pris aux Jacobins, sans .s’en apercevoir, le rôle de Rrissot, de nationaliser la guerre, de s’être chargé de, l’apostolat de Cloots, d’avoir enfin oublié les grandes vérités qu’il proclamait jadis quand il présentait la guerre comme réternellc ressource du despotisme, et tout cela pour rendre à Maximilieu le ridicule que celui-ci, prétendait-il, avait, depuis quelques temps, versé sur lui à pleines mains (.ij.

Il y avait ici, de la part de Camille, de l’ingratitude d’une part, et, de l’autre, une étrange absence de mémoire. Lorsqu’avec tant de rai.son, vers la lin de l’année 17'Jl, Robespierre combattit dans sa longue et glorieuse campagne contre les Girondins l’idée d’une guerre offensive, et surtout le j)i‘ojet de mimidpalistr l’Europe, sur quoi s’appuya-l-il principalement ? Sur ce que l’armée était alors aux ordres de généraux hostiles à la Révolution, tout dévoués à la

(1) Ce tte fut qu*en 1836 que ces criliques fureut icvélées dans une édition du Kietu; Cordelier publiée pur M. Matton, possesseur des uianuscrils de Camille. Le nouvel éditeur eut grand tort, selon nous, de ne point donner le journal de Camille conformémeut à rédition princeps, qui seule peut nous édifier sur l'effet produit à Tépoque par rapparition des numéros du Vieux Cordelier. Il aurait dû se contenter d'imprimer, en note, le texte du manuscrit, car, quoi qu’il en pense, les changements et modifications apportés dans le texte livré au public par Desenue ont été, c'est plus que probable, opérés par l’auteur lui-ménic.

(2) Voy. Le Vieux Cordelierf numéro 6, édition Matton , p. 150.

(3j /6td., p. i.M.

(4) Ibid., p. 204.

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