UVRE XIII. — LE XLMÉRO 7 DU VIEUX CORDELIER
monarchie. El il avait eu soin de prévoir le cas où, nos .soldats étant commandés par des chefs patriotes, la France pourrait, avec la certitude lie la victoire, soutenir le choi' de tous les eniieiiiis de l'extérieiir. Les temps étaient bien changés depuis le jour où les Rochaiiibeau, les La Fayette, les lüroii et les Dillon étaient ù la tète des armées de la Révolution. La guerre d’ailleurs étant un fait accompli, il était tout naturel que le comité de Salut public la pou.ssAt le plus activenient possible, et que Robespierre dénonçAt au monde les attentats de celte Angleterre dont l’or alimentait les re.ssources de nos ennemis et dont la conduite ténébreuse et les basses intrigues à l’égard do la France républicaine soulèvent encore aujourd’hui tous les cœurs vrainienl français. Et, du reste, la Conventionné recueillait-elle pas déjù les fruits de son indomptable énergie? Nos armes n’étaient-clles pas victorieuses sur tous les points, A l’Est, au Nord, au Midi, dans la Vendée? Eh bien! admirez l’inconséquence du pauvre Camille : c’est A l’heure où surgissent A l’improviste tant de jeunes et glorieux généraux .sortis des rangs populaires qu’il plaisante agréablement les- commis et les pères d’actrices devenus officiers, et qu’il leur oppose Turenne et Villars, alléguant que la guerre est un art où l’on ne se perfectionne qii’A la lotiguc (1) ; c’est A l'heure où déjà les noms des Hoche, des Marceau, des Kléber, des Bonaparte , des Jourdan et de tant d’autres commencent d’attirer l’attention, que le bon Camille rf'grette de ne point voir A la tète des troupes républicaines des généraux comme Dillon (2). Et dites maintenant que celte appréciation, déjA citée, de l’auteur du Vieux Cordelier par Robespierre n’est pas d’une vérité frappante : « Ici il rehausse le courage du patriotisme, lA il alimente l’espoir de l’aristocratie. Desmoulins lient tantôt un langage qu’on applaudirait A la tribune des Jacobins; tantôt une phrase commence par une hérésie politique. A l’aide de sa massue redoutable, il porte lecouji le plus terrible A nos ennemis ; A l’aide du sarcasme le plus piquant, il déchire les meilleurs patriotes. Desmoulins est un composé bizarre de vérités et de mensonges, de politique et d'absurdités, de vues saines et de projets chimériques et particuliers (3). » Quand Robespierre s’exprimait ain.si, il était seul, ne l’oublions pas, A défendre Camille contre des ennemis acharnés; et si en le couvrant de sa protection , si en cherchant A le justifier, il laissa tomber quelques paroles critiques, était-ce bien A l’auteur du Vieux Con/e-
(1) Le vieux Cordelier, numero 6, édition Matton, p. 177, 178.
(2) IM., p. 175.
(3) Séance dea Jacobins du 17 nWAsc (8 jaoTÎer 1794), Jfonitcur du 23 nisése (ufti euprà).
IIISTOinË DE ROBESi'IERIlE
lier de fCen plaindre, lui qui avec laiiUle profusion avait seiué le ridicule sur les meilleurs patriotes, sur les plus ardents défenseurs de la République (i)? Nous ne tarderons pas à donner une nouvelle preuve des inconséquences et de la versatilité de tlainille.
Un certain nombre d’historiens de la Révolution française se sont demandé ce que voulait Robespierre. Ils en ont fait un sphinx, un révoiutionnaire taillant et frap]>ant îi tort et à travers, sans but bien défini, sans savoir au juste où il allait. Ces historiens, s’ils n’ont pas écrit de parti pris et en cédant à des préventions injustifiables, ont îi coup sûr négligé d’étudier sérieusement les hommes et les choses dont ils ont eu la prétention de raconter l'histoire. Ce que voulait Robespierre, nous l’avons dit vingt fois ; ceux qui nous ont lu attentivement ont pu se rendre compte de la netteté de ses vues et de la fermeté de ses principes. Sous la monarchie comme sous la République, il ne varia point, et le combattant des grandes années de lutte mourra fidèle en avons-nous dit déjà, au théoricien pacifique de 1789.
Jamais peut-être il n’aflirma aussi hautement sa politique, jamais il ne montra mieux le but final où tendait et où devait s’arrêter la Révolution que dans le magnifique rapport dont il vint, au nom du comité de Salut public, donner lecture à la Convention nationale dans la séancedu 17 pluviôse an Il(.’ifévrierl79i). C’était le pendant, le corollaire pour ainsi dire, du discours qu’il avait prononcé trois mois auparavant' sur les principes de la politique extérieure de la République; il s’agissait aujourd’hui de développer les principes
(1 ) Avcrlissons encore une fois nos lecleure que toutes les critiques du numéro 7, oii si injustement Camille prend à partie Robespierre, ircxislenl pas dans l’édition princeps du Vieux Cordelier. On pourrait croire le contraire en lisant, par exemple, M. Michelet qui écrit : « Personne jusqu’en 1836 n'a pu deviner pourquoi Dcsmoulins est mort. » a. Michelet, après avoir cité les critiques de Desmoulins contre Robespierre, comme si elles Bguraieiii dans le texte primitif, dit bien ensuite que Desenne recula d’horreur, demanda la suppression de tout passage contre Robespierre; que Camille se débattit, disputa, — tout cela sans preuves, naiurellemcnt. « Mais, a-t-il soin d’ajouter, ses en* ucmis en surprirent-ils quelques pages? C'est probable. » — C'est probable y iui son pesant d’or. - (Voy. //«foire de la liécolulion, t. VII, p. 141, 145.) Ce qui est certain, cl non probable, c'est que Je numéro 7 du Vieuo; Cordelier ne fut pour rien dans l'arrestation de Camille, puisque celui-ci fut arrêté avant la publication do ce numéro, ce qu'omet de dire M. Michelet; ce qui est certain encore, c'est que Desenne, qui ne fut même pas inquiété, se garda bien de faire confidence des passages dont il avait demandé la suppression h l’auteur.