I.IVIIE XI. — UNE DES ER.UiDKS DE CUURTDIS W
nie, sont ceux sur lesquels il se déchaîne avec le plus d’achiirneinent. »
Dans cette note étaient encore indiquées certaines idées déveloj)pées par Robes|>ieri-e soit Ji la tribune de la Convention, soit à celle des Jacobins. Il se demandait, par exemple, quels étaient les antres obstacles à rétablissement de la liberté? La réponse n’était pas ditîicile à trouver : c’étaient la guerre étrangère et la guerre civile. Comment les terminer l’une et l’autre? En mettant it la tête de nos armées des généraux républicains; en punissant les traîtres et les conspirateurs, surtout les députés et les administrateurs coupables; en envoyant des troupes patriotes sous des chefs patriotes partout où avait été arboré l’étendard de la rébellion et du royalisme, îi Lyon, îi Marseille, à Toulon, dans la Vendée; enfin en assurant les subsistances et en faisant des lois populaires.
Maximilien avait aussi tracé ces lignes ; « Le peuple... Quel autre obstacle y a-t-il à l’instruction du peuple ? La misère.
«Quand le peuple .sera-t-il donc éclairé? Quand il aura du pain, et que les riches et le gouvernement cesseront de soudoyer des plumes et des langues perfides pour le tromper; lorsque leur intérêt sera confondu avec celui du peuple. '
« Quand leur intérêt sera-t-il confondu avec celui du peuple? — Jamais! »
Hélas! en pré.sencc du déi^haînement des anciens privilégiés et de l’aristocratie bourgeoise contre la Révolution frant;aise, il était bien permis d’écrireceslignesde mélancolie et de dése.spoir. Qui donc, plus que Robespierre, souffrait de l’antagonisme fatal et persistant entre la bourgeoisie et le peuple, lui qui dès les premiers tmnps de la Constituante s’était si énergiquement opposé à l’absurde et inique division de la nation en citoyens actifs et passifs, momentanément supprimée par la Convention nationaltf. Mais un esprit de cette trempe ne pouvait désespérer longtemps; la fusion finirait par se faire, pensait-il; et, d’un trait de plume, il s’était empressé de raturer les lignes où dans une heure de découragement il avait formulé ses anxiétés et ses doutes. Sous les ratures, les Thermidoriens sont allés rechercher cette pensée d’un moment qu’il avait étoufiée aussilêt comme pour se faire illusion ù lui-même sur la réalité de ses craintes, et ces histrions de la République ont trouvé joli de mettre en lumière une réflexion dont ils sembleront prendre à tâche de démontrer l’effrayante vérité.
Ce seront eux , en effet , qui sur les débris de la démocratie vaincue édifieront le règne de la féodalité bourgeoise, en rétablissant la caté'gorie des citoyens passifs; ce seront eux qui inaugureront la Terreur blanche, qui décimeront en masse les patriotes de 1789 et les répu-
IIISTOIRt: IIE ROBESI’IERRE
blicaiiis de l'an II , et qui, après avoir soumis la France è un régime de boue et de sang, la conlraiiidronl à se jeter, haletante et désesrpérée, entre les bras d’un général victorieux.
Il faut être dans une ignorance complète de la situation de la République eu ce mois de juin WJ'i pour s'étonner des décrets rigoureux arrachés îi la Convention vers cette époque par la gravili'; des événements. Quand par exem|)le Robespierre demandait l’envoi de généraux et de troupes i)atriotes dans les départements insurgés, et s’écriait, en engageant ses collègues h se montrer inexorables pour les conspirateurs : « l'lût à Dieu que nos armées fussent au.ssibien conduites que celle des rebelles! » nous venions de subir dans la Vendée des échecs succe.ssifs (I). Quand il réclamait le rappel des commissaires envoyés dans ce pays, et fortement soupçonnés d’avoir favorisé les révoltes, lu Convention venait, sur un rapport de Berlier, de décréter d’arrestation un de ces coinniissaires, Duchdtel, dénoncé par Bourbntte et Choudieu,eldans les poches duquel on avait trouvé une lettre prouvant qu’il était en relations avec des chefs royalistes (2). Et comme pour justifier d’avance le décret rendu par la Convention, Duchâtel était allé rejoindre ses amis les Girondins, dont la troupe grossissait de jour en jour.
A la nouvelle des soulèvementsqui éclataient dans lesdépartements, la plupart des Girondins restés à Paris ne songèrent qn’à s’enfuir pour aller retrouver les instigateurs de l’insurrection. Successivement s’échappèrent Louvet, Bergoeing, Lanjuinais, Kervélégan, Pétion, ce dernier en laissant pour adieu une brochure très-virulente, dans laquelle il déclarait que la Convention nationale n’existait plus (3). Comment l’espoir d’un succès criminel ne serait-il pas entré dans leurs cd'urs? Tout le midi de la France s’ébraidait en leur faveur. A l’exemple de Bordeaux, de Marseille, de Toulon, Nîmes etToulouse entraient dans la coalition. L’Isère et le Jura s’inspiraient de l’exemple du Calvados et des départements de la Bretagne. On mit dit que tous, d’un comniun accord, voulaient marcher sur Paris. Marseille menaçait la capitale de ses pièces de siège et appuyait son manifeste d’un
(1) Uoniteur du juin , séance du 18.
(2) Voyez le Moniteur des 17 et 18 juin 1793.
(3) Voyez h ce sujet les Révoluliont de t^aris, numéro 307, p. 593.