‹ Histoire de Robespierre d'après des papiers de famille les sources originales et des documents entièrement inéditsChapitre 161 sur 354 · LIVRE xm. — RAPPORT SIR LES PRINCIPES lit MORALE · texte numérisé non relu

LIVRE xm. — RAPPORT SIR LES PRINCIPES lit MORALE

pratiques extérieures, il aimerait mieux user cent bonnets rouges que de faire une bonne action, n A cette peinture si frappante purent se rcconnaitie les Bourdon (de l’Oise), les Maribon-Montaut, les Hébert, les Fouché, les Gufl'roy, les Baudot, ceux qui ne cessaient de réclamer les tètes des soixante-treize, qui voulaient envoyer à l'échafaud les signataires des pétitionsdes huit mille et des vingt raille, et ceux qui, d’un bout de la France à l'autre, mettaient les consciences sur un lit de Procuste, plaçaient les ministres du culte entre l’échafaud et l’apostasie (1), et remplaçaient les vieilles pratiques de la religion catholique parades mascarades mille fois plus ridicules.

C’était des révolutionnaires de cette trempe que Robespierre disait : « Faut-il agir, ils pérorent. Faut-il délibérer, ils veulent commencer par agir. Les temps sont-ils paisibles, ils s’opposeront à tout changement utile. Sont-ils orageux, ils parleront de tout réformer pour bouleverser tout. Voulez-vous contenir les séditieux, ils vous rappellent la clémence de César. Voulez-vous arracher les patriotes à la persécution, ils vous proposent pour modèle la fermeté de Brutus. Ils découvrent qu'un tel a été noble lorsqu’il sert la République; ils ne s'en souviennent plus dès qu’il la trahit. La paix est-elle utile, ils vous étalent les palmes de la victoire. La guerre est-elle nécessaire, ils vantent les douceurs de la paix. Fautil défendre le territoire, ils veulent aller châtier les tyrans au delà des monts et des mers. Faut-il reprendre nos forteresses, ils veulent prendre d’assaut les églises et escalader le ciel. Ils oublient les Autrichiens pour faire la guerre aux dévotes... Vous ne pourriez jamais vous imaginer certains excès commis par des contre-révolutionnaires hypocrites pour flétrir la cause de la Révolution. Croiriezvous que, dans les pays où la superstition a exercé le plus d'empire, non contents de surcharger les opérations relatives au culte de toutes les formes qui pouvaient les rendre odieuses, on a répandu la terreur parmi le peuple en semant le bruit qu’on allait tuer tous les enfants au-dessous de dix ans et tous les vieillards au-dessus de soixante-dix ans? que ce bruit a été répandu dans la ci-devant Bretagne et dans les départements du Rhin et de la Moselle? C’est un des crimes imputés au ci-devant accusateur public du tribunal criminel de Strasbourg (2). Les folies tyranniques de cet homme ren-

(1) li semble que ce loieni là les réTolutionoaires particulièrement eben àM. Quinet, comme riiélieriisie Buudot» par exemple.

(2) Voyez au sujet d’Eologe Schneider notre i/tWotre de Il» édil.Méline

et Cans. Lu justice nous oblige de dire que dans unelHtre àRobrspitrre Kuloge Schneider proteste hautement coniie les exagérations qui lui sont imputées. Voyez cette lettre

HISTülllE DE noBESPIERRE

dent vraisembliible tout ce que l'on raconte de Calignia et d’Héliogabale ; mais on ne peut y ajouter foi, même à la vue des preuves. Il poussait le délire jusqu'il mettre les femmes en réquisition pour son usage; on assure même qu'il a employé cette méthode pour se marier. D'où est sorti tout ii coup cet essaim d'étrangers, de prêtres, de nobles, d'intrigants de toute e.spèce, qui au même instant s'est répandu sur la surface de la République pour exécuter au nom de la philosophie un pian de contre-révolution qui n'a pu être arrêté que par la force de la raison publique? Exécrable conception, digne du génie des cours étrangères liguées contre la liberté et de la corruption de tous les ennemis intérieurs de la République (I). Dans ses mains perfides, tous les remèdes à nos maux deviennent des poisons; tout ce que vous pouvez faire, tout ce que vous pouvez dire, ils le tourneront contre vous, même les vérités que nous venons de développer. »

A ce langage si ferme et si clair, inspiré par la raison et le bon sens, parle patriotisme le mieux entendu, comment toute la France n’aurait-elle pas applaudi? Gomment toutes les âmes honnêtes n’auraient-clles pas approuvé le remède proposé par Maximilien aux maux dont il avait tracé lu sombre peinture, et qui ii'ctait autre chose que le développement de ce ressort général de la République : la vertu? Comment enfin n’aurait-on pas cru au désintéressement si sincère du rapporteur du comité de Salut public, et à sa haine profonde de la tyrannie, en lisant ce passage de son discours ; « La démocratie périt par deux excès : l’aristocratie de ceux qui gouver-

dao^ (les Noies sur la vie de Schueider, publiées à Strasbourg, en 1862. par M. F. Cheiu, I». 142. L'auilienliciié de cette lettre nriuspire quelque doute, parce qu'il me semble que les Thrrniidorirns l'auraieDt publiée s'ils en avaient trouvé roiiginal dans les papiers de Robespierre, qui conservait avec le plus grand soin toutes les leliivs qu'on lui adressait. U serait possible qu’elle eût été iniercepiée par Fouqu’er Tioville, mais alors on devrait la retrouver dans le dossier du farouche accusateur public.

J'ai supposé im moment que celle lettre était l'œuvre des amis de Schneider» lesquels la firent imprimer et circulera Strasbourg. Ce qui me confirmerait dans cette suppo* sition, ce soûl les calomnies ineptes que les partisans de Schneider ont répandues après Thermidor sur la mémoire de Sainl-Just , afin d'affaiblir la réprobation dont était marquée celle de leur ami , calomnies qui ôtent nécessairement tout caracière de véracité a leurs déclarations. Croiraii-ou, par exemple, qu’ils n'ont pas craint d'aitirnier qu’Euloge St'bneider s’était aiiiré l'animadversion de Saini-Jusi en s upposant ù un plan infernal d'une noyade de .six mille Strasbourgeois! Voyez û ce sujet les Noies ci-dessus mentionnées, p 165, 166.

(1) C'est précisément au moment oü Robespierre flétrit en termes si éloquents les sauvages partisans de riiébertisme que M. Michelet a la naïveté de le présenter comme irnioren/aiif les hébertisies (t. VII, p. 70). M. Michelet, il est vrai, a fa peine mentionné ce rapport, qui pourtant tient une si grande place dans la Révolution, pnisqu'il est, si je puis ainsi parler, le catéchisme dn gouvernement révolutionnaire.

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