LIVKE XIII. — RAPPORT SUR LES PRINCIPES DE MORALE
lient, ou le mépris du peuple pour les autorités qu’il a lui-même établies, mépris qui fait que chaque coterie, que chaque individu attire à lui la puis.>;ance publique, et ramène le peuple, par l'excès du désordre, à ranéanlissement, ou au pouvoir d'un seul. » Ainsi la préoccupation constante de ce prétendu dictateur était que la République ne vint è s'abîmer dans une dictature personnelle. Au reste, son rapport était loin de témoigner du découragement, et sa péroraison était un véritable .îarsum corda. Complètement dévoué à la Convention, que par un étrange excès de confiance il croyait at tachée tout entière la République, il la montrait comme le palladium de la liberté, comme le sanctuaire de la vérité; et, pour le .salut commun, il suffisait, pensait-il, d’appeler, au nom de la patrie, des conseils de l'amour-propre ou de la faiblesse des individus à la vertu et à la gloire de la Convention nationale.
Cet immense rapport était destiné à servir de règle de conduite è toutes les autorités révolutionnaires; on peut affirmer que, si chacun en eût strictement suivi les prescri|)tions, bien des maux et d'inutiles rigueurs eussent été évités. Mais, hélas! la sagesse, la prudence et la sagacité de Robespierre étaient loin d’être partagées, même par des patriotes de très-bonne foi. L'Assemblée eut beau décréter que le rapport de son comité de Salut public serait imprimé, envoyé h toutes les autorités constituées, aux sociétés populaires, aux armées, et traduit dans toutes les langues (1), le terrorisme aveugle et peu soucieux de la justice, dénoncé par Maximilien, n'en continua pas moins ses ravages; et Robespierre ne va pas larder à entrer résolûmenl en lutte contre les promoteurs de ce terrorisme.
(1) Voyez U Moniteur (la 19 plaTÎôse (7 féTrier 1794). L« rapporl impniné par ordre de la CnnTnii>oii «mue une brochure de 31 p. (de 1 lmp. nal.). D'uuires è<litioDS de ce rdppori lufvnt publiées dans les déparlemenls. Il en existe une Hvec une traduction atb liitfinlp rn tej.ard qui m'a été signalée par Quërard. Ce rappon u été également iriduii ( n Hiiglais et [tubiié, à l’époque, à Philadelphie. Presque tous journaux du temps U riii're i <*n entier ou par extraits « Nous allons parcourir ensemble Tintéreasam rapport dr R b 'spieire en attendant que chaque Français en fa^sestm dnirnal, » Usons-nous duiiH te Franck en tedetU du 28 pluviôse, numéro 75 Or. le rtd.<cieur de celte feuille iMÜ ii'e. le futur Thermidorieii Gu^roy. faisait évideiiniient contre forUioe bon ccpur. ear il sentait bien qu'il était du uoiubre de ces faux révolu iomiuircii d«^peiDts avec tant d«* vérité i>ar Robespierre. — On trouve ce rapport dans Vilistoire parUmentnire. t. \\\i , p. !£6R. et dans les rF.urrei éditées par l.nponneraye, t. lll.
flISTOlRE DE ROBESPIERRE
Dès le siirleudeniiiiii , nous trouvons Maximilien aux prises, aux Jacobins, avec un de ces énergiimènes dont il venait de dire : « Ils aimeraient mieux user cent bonnets rouges que de faire une bonne action. » Nos lecteurs n'ont peut-être pas tout à fait perdu le souvenir d’un individu du nom de Brichel. Un jour, il avait demandé que tous les adhérents des Bourbon fussent mis Ji mort par un seul jugement (I) ; un autre jour, on l'avait entendu s’écrier : Le fermier du lieu est-il riche? Sur l’aftirniative on peut le guillotiner (2). » Ces atroces paroles, on doit se les rappeler; Robespierre indigné n’avait pas manqué dans le temps de relever vertement le citoyen Brichet.
Dans la séance du 19 pluviôse, cet énergumène monta à la tribune jiour rappeler à la société que tout récemment il lui avait proposé de présenter une pétition à la Convention, afin d’engager l’Assemblée à livrer au tribunal révolntionnaire, dans la décade luochaine, tous les restes de la faction brissotine, c’est-à-ilire les soixante-treize Girondins déj:'i plusieurs fois sauvés par Maximilien, et à chasser tous les crapauds du Marais. Il se plaignit que sa double proposition n'eût pas été discutée, car elle était d'une très-grande importance à ses yeux ; il la considérait comme étant de nature à donner îi nos victoires la célérité de l’éclair ; en conséquence, il invita la société h charger des commissaires d’aller, dès le lendemain, porter à la barre de la Convention l’horrible pétition dont il était l’auteur.
Personne ne disait mot, quand Robespierre monta précipitamment les degrés de la tribune. Il venait combattre résolûmenf, dit-il, une proposition extraordinairement populaire peut-être, révolutionnaire au dixième degré , mais extrêmement dangereuse par son exagération môme. Il ne cacha pas le dégoût que lui inspiraient ces patriotes nouveaux qui, sous prétexte de défendre la liberté, la compromettaient sans cesse par des mesures outrées. Regrettant beaucoup de n’avoir pas vu, dans les moments critiques, Brichet donner ses soins aux patriotes opprimés, et s’étonnant de lui voir prendre un rôle tel qu’auprès de lui les meilleurs et les plus anciens défenseurs de la liberté pourraient paraître des Feuillants, il ajouta ;
' « Son opinion est très-belle; il vous parle de punir les traîtres et de les envoyer en masse li la guillotine, a Sans doute, poursuivait
(1) Journal de la Montagne du 5 octobre 1793, noinéro 125.
(i) Ibid, du 23 Teadéuiiuire, oauiéro 139. Vide luprà.
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