‹ Histoire de Robespierre d'après des papiers de famille les sources originales et des documents entièrement inéditsChapitre 166 sur 354 · LIVRE Xin. — BARRAS ET FRÉRON INVITÉS A REVENIR · texte numérisé non relu

LIVRE Xin. — BARRAS ET FRÉRON INVITÉS A REVENIR

lionale, citoyen collègue, que le comité de Salut public s’est déterminé à présenter Ji nos collègues Barras et Fréron les modificatio^ps que 'nécessite leur arrêté sur Marseille. Sans doute Marseille devoit offrir un grand exemple..., mais cet exemple devoit être d’autant plus imposant qu’il devoit en même temps présenter le caractère d’une impartiale justice. Si cette justice éternelle dcmandoit vengeance pour la souveraineté nationale méconnue..., elle réclamoit aussi pour d’éclatans services rendus à la cause de la liberté... La Convention nationale a bien senti qu’autant que la justice peut-être, la politique exigeoit de réformer une partie de l’arrêté du 17 iiivêse* Le comité applaudit avec plaisir à la conduite que tu as tenue dans les circonstances où tu t’es trouvé placé; elle lui a paru porter avec elle le caractère de sagesse qui ne doit jamais abandonner un repré- .sentant du peuple. » Le comité de Salut public supposait que Barras et Fréron étaient déjà en route pour revenir; en terminant, il priait Maignet de vouloir bien, dans le cas où il en serait autrement, leur communiquer simplement cette lettre (1). Compromis par leurs exactions et leur odieuse conduite durant le cours de leur mission dans le Midi, Barras et Fréron durent naturellement, une fois de retour à Paris, se ranger avec les Carrier, les Fouché, les Tallien et autres, au nombre des plus violents ennemis de Robespierre. Plus tard, quand on verra les assassins de Thermidor, Fréron par exemple, après avoir injurié et calomnié leur victime sous toutes les formes, s’en prendre à Maignet, le dénoncer comme un complice de Maximilien, on n’aura point à s’étonner.

Et maintenant, à 1« conduite de ces missionnaires de destruction et de mort, Érostrates de la Révolution, opposons celle des amis et des confidents de Robespierre, celle surtout de son jeune frère Augustin, dont l’âme semblait une émanation de la sienne, et nous finirons par faire pénétrer dans tous les esprits impartiaux cette incontestable vérité, à savoir que Maximilien Robespierre fut, de tous les hommes de la Révolution, celui qui sut allier au plus haut degré, sans jamais rien concéder au parti réactionnaire , la modération et la sagesse à ce qu’il fallait d’énergie et de rigueur pour le triomphe de l’idée républicaine.

Nous avons raconté autre part les mémorables missions de Saint- Just et de Le Bas dans les départements du Rhin, de la Moselle et

(U ArJu'üM, F. 7, 37.

HISTOIRE DR ROBESPIERRE

du Nord; nous renvoyons de nouveau le lecteur au livre où nous les avons retracées (1). Mais il importe de nous arrêter sur celles d’Augustin, missions dont nous avons déjà esquissé quelques traits.

Revenu ù Paris après la prise de Toulon, c’est-ù-dire au commencement de nivôse, Robespierre jeune en repartit au bout de quelques semaines et fut de nouveau envoyé dans le département des Alpes- Maritimes. Seulement il fut convenu qu’il se rendrait en passant dans les départements de la Haute-Saône, du Doubs et du Jura, afin de donner au comité de Salut public des renseignements certains sur la situation morale de ces pays , dont les habitants assaillaient la Convention de plaintes incessantes. Il y avait en effet dans le déjiarteinent de la Haute-Saône un représentant nommé Bernard (de Saintes) qui usait de procédés semblables à ceux de Carrier et de Fouché, aux noyades et aux mitraillades près, et qui faisait enfermer par centaines de malheureux paysans coupables d’avoir assisté à la messe ou entendu les vêpres. L’apparition de Robespierre jeune dans ce département fut saluée comme celle d’un messie, d’un sauveur : preuve bien éclatante que ce grand nom de Robespierre, loin d’être regardé comme synonyme de Terreur par les contemporains, — ainsi que l’a écrit récemment, avec une légèreté coupable et sur le témoignage intéressé du conventionnel Baudot, l’auteur d’un véritable pamphlet contre les vaincus de Thermidor (2), — signifiait sinon clémence, du moins justice, ce qui vaut mieux.

Aux premières dépêches de son envoyé de confiance , le comité de Salut public se hâta de l’investir des mêmes pouvoirs que les autres représentants déjà en mission dans les départements qu’il ne devait visiter qu’en courant pour ainsi dire (3). Augustin alla d’abord à Vcsoul, où il descendit chez un ancien procureur nommé Humbert, frère de cet Humbert dont Maximilien avait été le condisciple, et chez lequel il avait logé pendant près de deux ans, lors

(1) ' ojn noire llùUrin de Saint-Jvsf.

(t) H. Edgar Quinel, ta Hieolulim (Lacroix et VerboekoTcn, 1866).

(3J « Le comité de Salut public, d'après les informations communiquées par te citoyen llobespierre jeune, représentant du peuple, sur la situation des déparlemens de Haute- .Saéne, Doubs et Jura, dans lesquels il s'est transporté pour faire parvenir au comité lies renseignemens que les circonsunces rendoient nécessaires, arrête que le citoyen Robespierre jeune, pendant son séjour dans lesdits déparlemens de Haule-Saêne. Doubs et Jura, sera rerétu des mêmes pouvoirs que les autres représentans du peuple qui en ont reçu pour ces départemens, et que, de concert avec eux, il est autorisé k prendre tontes les mesures de salut publie qu'il jugera nécessaires, devant ensuite se rendre à sa première destination dans le département des Alpes-Maritimes.

• l'aris, le 6 pluviêse, l'an second de la République une et indivisible, a Collol d'Herbois, Barère, J.-B. Saint-André, Robespierre, Billaud-Varenne. a — En marge est écrit : « Remis au citoyen Robespierre l'atné. a (ArrUnes, A F. Il, 59.)

tIVKE XIII. — NOUVELLE MISSION u’aUCUSTIN 40S

du transfèrement de l’Assemblée nationale il Paris. Humbert, de Vesoul, n'ctail pas, paraît-il, très-attaché aux principes de la Révolution; mais son frère s’y était dévoué dès le premier jour; aussi, par la protection de son ancien hôte sans doute, avait-il été pourvu d’une importante fonction au ministère des affaires étrangères.

Le soir même du jour de son arrivée Augustin Robespierre monta à la tribune de la société populaire; il y prêcha les maximes républicaines les plus pures, et déclara que les départements étaient trompés en général sur la nature du gouvernement révolutionnaire, lequel n’avait pour objet que le bien de tous. Il parla même d’indulgence, de conciliation; et, afin que ses paroles n’eussent pas l’air de vains mots, de promesses stériles, il élargissait le lendemain près de huit cents personnes détenues dans les prisons de la ville. Ce fut dans Vesoul une fête, une joie indicible. Tous les fronts ,se déridèrent, on parcourut les rues aux cris mille fois répétés de vive Robespierre; des jeunes filles vêtues de blancs, des mères et des épouses consolées se rendirent, comme en procession, à la maison modeste où était logé le proconsul, et la décorèrent de rubans et de fleurs (1). Un représentant honnête et patriote, mais un peu farouche, le député Duroy, qui se trouvait alors à Vesoul, ne put voir sans inquiétude la facilité avec laquelle Augustin ouvrait les prisons. Il écrivit même à ce sujet à Robespierre aîné ; « J’ai remarqué avec douleur que ton frère ii’étoit plus le même... Je lui ai dit en particulier ma façon de penser. Je lui ai tenu le langage de l’amitié, de la franchise et du civisme. J’ai vu qu’il ne me comprenoit pas. Je l’ai laissé îi Vesoul, et me suis rendu dans le département de la Haute-Marne, parce que mes principes ne s’accordent pas avec ceux qu’il manifeste actuellement (2)... » Maximilien, comme on pense, se garda bien de donner un démenti à son frère, lequel ne faisait que mettre en pratique les théories de .son aîné sur la tolérance religieuse.

Nous avons sous les yeux une foule d’arrêtés de mise en liberté portant la signature d'Augustin; ils dénotent tous l’esprit de justice et de bon sens de ce jeune homme. En voici quelques échan-

(1) SouvmtVi dt la KétoMion, par Charles Nodier, édlL Charpentier; article inlitnli : I» Dipulit en mittion, I. I*', p. 297. On Terra font h l'heure combien de poii's a ici le témoignagne de Charles Nodier.

(2) Lette inédite de Duroj a Robespierre aîné, datée de Chaumont, le 25 pluYi6.^e an II. Non insérée par Courtois, elle faisait partie de la collection Portiez (de l'Oise, Resté fidèle h la mémoire de Robespierre, Dnro; fut aussi un des martyrs de la déiuocratie. Il périt, comme on sait, h la suite des journées de prairial.

iÜ6

lillons : « Sur la plaiiito de Marie Poncelin, considérant que rexposantc, infirme, paraît n’èire arrêtée que pour opinion religieuse, que cette opinion est isolée de la Révolution tant qu’elle ne trouble pas l’ordre public..., arrête qu’elle sera mise en liberté. » Mise eu liberté de la citoyenne Delisle, mère de cinq enfants et sur le point d’accoucher, considérant, dit l’arrêté, que l’état où elle se trouve a Mes droits ù l’humanité. Elle avait été arrêtée pour fréquenta- ^ lion de gens suspects et propos inciviques. Ici ce sont de pauvres paysans détenus pour avoir chargé des voitures de blé sans acquità-caution : en liberté; là c’est un cultivateur incarcéré parce que son nom ne figure point sur le tableau civique de la commune : en liberté, « considérant que les motifs de cette arrestation sont injustes Cl intolérans, que ce seroit nuire à l’intérêt public que de ne pas rendre à l’agriculture un cultivateur... » En liberté Charlotte Dard, de Faverney, « parce qu’elle a pu être égarée on écoutant les personnes au service desquelles elle se trouvait. » En liberté Martine Camus, femme du maire de Faverney, arrêtée pour propos inciviques, et la citoyenne Rivenat, détenue comme suspecte, sans motifs sérieux. Voici maintenant une fournée de plus de cent personnes appartenant à toutes les classes de la société. Les unes — moitié à peu prés, — étaient définitivement mises en liberté, les autres, sur lesquelles planaient d’assez graves soupçons, se trouvaient simplement confinées dans leurs demeures, «considérant, dit l'arrêté, que parmi les citoyens et citoyennes ci-après nommés... les uns n’ont été privés de la liberté que pour soupçon de faute légère ou jiour opinions religicu.ses qui n’ont jamais troublé l’ordre public...; que les autres sont ou des vieillards ou dans un état de maladie tel qu’en les mettant en réclusion dans leur domicile la sûreté publique est garantie et le but de la loi rempli...; considérant que le gouvernement révolutionnaire n’est point oppressif, qu’il n’a pour objet que de contenir la malveillance, et nullement (l'atteindre ceux qui n’ont eu aucune influence dangereuse (1)... » Nous pourrions multiplier ces citations à l’infini. Voici les citoyennes Coucy, mère et fille, détenues comme femme et fille de noble : en liberté, attendu qu’elles n’ont jamais fait paraître de sentiments anticiviques (2). En liberté la femme Thévenot, femme du citoyen Planty, aide de camp du général Mequillet à l'année du Rhin, attendu qu’il paraît injuste de retenir en arrestation une citoyenne dont le mari et le fils se sont consacrés à la défense de la

(1) Vcsoul , arrélé en diie du 18 i>!uviôsc (G février 1794 . (2/ /ftid., du 24 pluviése (12 février 1704).

Digiti/" - by Goo<?l<

Page 1