‹ Histoire de Robespierre d'après des papiers de famille les sources originales et des documents entièrement inéditsChapitre 167 sur 354 · LIVRE Xlll. — EXCLAMATION D’UN PETIT ENFANT · texte numérisé non relu

LIVRE Xlll. — EXCLAMATION D’UN PETIT ENFANT

République (1). Puis c’est une foule de cultivateurs relâchés, attendu « que ce seroit nuire à l’intérêt public en ne les rendant pas aux travaux de la campagne (2). » Ceux-ci avaient été arrêtés pour opinion religieuse et parce qu’ils n’aimaient point les prêtres constitutionnels; cette opinion, dit Robespierre jeune, doit être isolée de la Révolution ; ceux-là étaient détenus comme suspects sans indication de cause, et c’était, suivant Augustin, par trop de latitude donnée à la mesure de sûreté générale prise par la Convention, et le plus souvent par suite de haines et de vengeances particulières (3). Aux citoyens Cournet et Leclerc, incarcérés pour propos inciviques et dont le travail nourrissait leurs parents dans l’indigence, il donne pour prison... le territoire de la commune (4). Partout où il passe il rend à la liberté, c’est-à-dire à la vie, des centaines de citoyens ef de citoyennes détenus simplement pour opinions religieuses, tant l’hébertisme avait causé de ravages. Dans un de ses arrêtés sur cet objet, Augustin ne manque pas de noter que depuis la proclamation de la liberté des cultes, beaucoup de personnes attachées à la religion faisaient volontiers tous les sacrifices nécessaires au bien de la République (S).

Tel des arrêtés de Robespierre jeune est touchant jusqu’au sublime. Un jour il arrive dans une petite commune nommée Ménoux, du district de Gray. En reconnaissant un commissaire de la Convention à sa ceinture et à son panache tricolores, un petit enfant s’élance vers lui et s’écrie : « Ah ! voilà que l’on vient nous rendre justice! » Touché de cette exclamation, Augustin s’informe : quatorze personnes de la commune ont été emmenées en prison à Vesoul. Aussitôt il réunit les habitants sur la place publique, se fai instruire des motifs de l’arrestation de leurs concitoyens, et, apprenant qu’elle n’avait .d’autre cause que de simples opinions religieuses, il rend un arrêté par lequel, « considérant que tel des détenus accusés de fanatisme a son fils qui combat les fanatiques dans la Vendée...; qu’ils sont presque tous pères de famille et cultivateurs, faisant droit à l’exclamation d’un jeune enfant qui, apercevant le représentant du peuple, s’est écrié : Ah! voilà que l’on vient nous rendre justiee! » il ordonne la mise en liberté des détenus (6). Qui donc aurait le droit de maudire la Révolution fran-

M) Yesoul, arrâlé da 24 pluvidse (12 féTrier 1794).

(2) /6id., des 18 et 24 pluviôse (6 et 12 février 1794).

(3) Gray. Arrêtés en date des 26 et 27 plaviôse (14 eliSrévricT 1794).

(4) Gray. Arrêté en date du 27 pluviôse.

. (5) Ibid,

(6) Vesoul. Arrêté en date du 16 pluviôse (4 février 1794). Tous ces arrêtés de

çaisc si tous les proconsuls de la Convention avaient apporté dans leurs missions autant de sagesse, d'énergie et de modération que le frère de Robespierre?

Une telle conduite était bien de nature à indigner un représentant de la trempe de Bernard (de Saintes), et une lutte ne pouvait manquer d’éclater entre lui et Augustin; elle éclata. Tout frère de Robespierre qu’il était, Augustin n'était pas sûr de triompher; il avait afl'aire à forte partie, car son frère comptait déjà plus d’un envieux dans le comité de Salut public, et Bernard se trouvait avoir pour lui la grande majorité des membres du comité de Sûreté générale. Suspect à des patriotes comme Duroy, dénoncé par Bernard, Augustin prit le parti d'adresser au comité de Salut public un précis de ses opérations. On lui avait surtout fait un crime d’avoir mis en liberté, à Vesoul, vingt-deux personnes arrêtées en vertu des ordres des députés Bernard et Bassal, pour n’avoir point paru approuver les journées des 31 mai et 2 juin; seulement l’arrestation, basée suides opinions erronées, mais démenties presque aussitôt, avait été le résultat d’une sollicitude mal entendue, au dire de Robespierre jeune, car elle avait jeté le pays dans une violente perturbation. A peine ces vingt-deux citoyens avaient-ils été élargis, que toutes difficultés avaient été aplanies et que tout le monde s’était montré disposé à exécuter avec enthousiasme les lois de la Convention. « J’ai cru devoir, » ajoutait Augustin, « soutenir cette disposition par tous les actes de justice que la morale et la politique m’autorisoient à faire, savoir : de rendre la liberté à une multitude de cultivateurs et d’artisans dont les enfans sont aux frontières et qui étoient détenus pour leui-s opinions religieuses... A Gray comme à Vesoul, j’ai rendu à l’agriculture tous les bras paralysés par des messes et des prêtres (t)... » De Gray, Robespierre jeune se rendit à Besançon, où l’avaient précédé les calomnies de Bernard.

Transportons-nous avec lui dans la vieille église des Capucins, où se tenaient les séances de la société populaire de l’antique cité franc-comtoise. Le principal moyen de Bernard (de Saintes) pour décrier son collègue était le discrédit dans lequel était tombé l'ancien procureur Humbert à cause de ses opinions peu favorables

Robetpieire jeune, extraits des minutes diposies au secrétariat des districts de Vetoul, Graj, etc., se trouvent aux ÀTehitet, A F., Il, 138. Avons-uons besoin de dire que ces documents, comme tant d’autres que nous avons invoqués, apparaissent pour la première fois dans l'histoire, qu’ils contribuent à éclairer d'une lueur si vive t (1) Récit des opérations faites par Robespierre jeune dans le département de la Haute-Saéne. Celte pièce capitale, qui faisait partie de la collection Portier (de l'Oise), a été — bien entendu — supprimée par Courtois et ses bonnétea acoiTtes.

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