‹ Histoire de Robespierre d'après des papiers de famille les sources originales et des documents entièrement inéditsChapitre 169 sur 354 · LIVRE \lll. — TRIOMPHE D'aUGUSTIN ROBESPIERRE · texte numérisé non relu

LIVRE \lll. — TRIOMPHE D'aUGUSTIN ROBESPIERRE

sa présence dans ce département fut de trop courte durée; mais elle était nécessaire ailleurs. Quand il fut au moment de partir, la cour de l’auberge où se trouvait sa voiture se remplit de monde. C’étaient des femmes, des parents éplorés qui venaient l’accabler de réclamations en faveur des détenus. Dénoncé lui-mCme pour ses bienfaits, Augustin Robespierre ne voulut point quitter ces pauvres affligés sans leur laisser une parole d’espérance. Il leur promit de porter leurs plairtles ù la Convention, et de dévoiler devant elle les injustes et horribles rigueurs de certains proconsuls, a Je reviendrai ici avec le rameau d’or, ou je mourrai pour vous, » leur dit-il, s’il faut en croire un témoin auriculaire (1). Il mourra en effet avec son frère pour avoir voulu réprimer les atrocités commises par quelques scélérats que, par la plus sanglante des ironies, on appellera les sauveurs de la France. La voiture d’Augustin partit, suivie des cris de douleur de tous les opprimés, qui sentaient bien qu’ils perdaient en lui un appui et un sauveur (2).

En arrivant ù Lyon, Robespierre jeune écrivit ù son frère une lettre dont certains passages nous ont déjà servi pour peindre sa lutte contre Rernard, « cet être petit et immoral, » et dans laquelle nous lisons ces lignes si vraies et de tout point admirables : « Rien n’est plus facile que de conserver une réputation révolutionnaire aux dépens de l’innocence. Les hommes médiocres trouvent dans ce moyen le voile qui couvre toutes leurs noirceurs ; mais l’homme probe sauve l’innocence aux dépens de sa réputation. Je n’ai amassé de réputation que pour faire le bien, et je veux la dépenser en défendant l’innocence. Ne crains point que je me laisse affaiblir par des considérations particulières ou par des sentimens étrangers au bien public. Le salut de mon pays, voilà mon guide ; la morale publique, voilà mon moyen. C’est cette morale que j’ai nourrie, échauffée et fait

(1) Ciiarlea Nodier arflrnie avoir entendu ces paroles. Il avait alors une douzaine d'années. Souvenirs de ta Révolution, t. I, p. 304.

(2] Connne on le redoutait, le départ d'Augustin Robespierre fut suivi d'une réac-

tion ultra-révolutionnaire. Nous lisons dans une lettre de l’agent national du district de Vesoul, Boizot, li Madame de La Saudraye, femme de l'académicien La Saudraye, laquelle, é tort ou à raison, passait pour la maltresse d'Augustin : « Peut-être qit’a l'instant oh vous lirez ma lettre, je serai dans les fers... Le vertueux Robespierre est informé de nos alarmes. Je lui ai écrit, il y a quelques jours. Sa grande âme ne tauroil voir rinjusiiee et l'oppression tasu indignation. Il est notre père, notre ami, notre guide. Vous pouvez beaucoup pour nous. La considération que vous ont méritée vos vertus peut nous être bien utile. Veuillez faire quelques démarches pour nous délivrer de la tyrannie qui nous oppresse. Vesoul , 1" germinal an II. » Cette lettre fut trouvée dans les papiers de Robespierre, h qui elle avait été communiquée, et Courtois s’est bien gardé de l'insérer h la suite de son rapport. (Voy. Catalogues Charavay, novembre 1862, u® 403.) ' ^

naître dans toutes les ilmes. On crie sincfrement : Vive laMontagne! dans les pays que j’ai parcourus. Sois sûr que j’ai fait adorer la Montagne, et qu’il est des contrées qui ne font encore que la craindre, qui ne la connaissent pas, et auxquelles il ne manque qu’un représentant digne de sa mission, qui élève le peuple au lieu de le démoraliser. Il existe un système d’amener le peuple îi niveler tout; si on n’y prend garde, tout se désorganisera (1). » Cette lettre ne fait-elle pas suffisamment comprendre ces mots adressés à Maximilien : « 'Ton digne frère s’est immortalisé par sa générosité et sa clémence ; tu sens tout le prix de ces vertus... (2) ? » Ne justifie-t-elle pas bien le prénom de Bon que portait Augustin Robespierre, et ii’y reconnaît-on pas les sentiments maintes fois exprimés déjà par Maximilien à la tribune des Jacobins ou de la Convention? Les deux frères avaient une pensée commune, et ils mourront de la même mort comme ils avaient vécu de la même vie.

Quand Maximilien reçut la lettre de son frère, il était malade, et assez gravement. Déjà, vers la fin du' mois précédent, il avait été contraint de garder la chambre, épuisé par l’immensité de ses travaux. Du 10 au 26 pluviôse (4-14 février 1794), il n'avait point paru au comité de Salut public. Une ou deux fois seulement il s’était rendu au club des Jacobins, une fois notamment pour dWendre contre les violentes attaques du citoyen Brichet les députés dû centre, comme on l’a vu plus haut.

11 était venu une fois aussi à la Convention, tout juste à propos pour empêcher Amand Couédic, ancien conseiller au parlement de Rennes, d’être livré au tribunal révolutionnaire. Descendant du célèbre

(1) Voyez cette lettre dans les Papiers inédiU, etc., t. Il, p. 76. Elle figure sous le numéro LXXXIX, à la suite du rapport de Courtois. On ne s’explique pas comment les Tbermiduiiens, si attentifs à supprimer tout ce qui pouvait être à Thonneur de Robespierre, ont pu laisser passer cette lettre. A la fin do cette lettre, en post-scriptum, Augustin annonce à son frère l’envoi du précis de ses opérations au comité de Salut public.

(2) Lettre de J. P. Besson b Robespierre, en date du 23 prairial. Voyez Papiers inédits t t. II, p. 116. Elle figure sons le numéro à la suite du rapport de Courtois. Un homme peu suspect de tendresse pour la Révolution, le uiarccbal Mar* mont, a écrit de Robespierre jeune : u Dans le temps des massacres on lui dut beaucoup; il était simple, et même raisonnable d'opinion, au moins par comparaison avec les folies de l’époqnc, et bl&mait hautement tous les actes atroces dont les récits nous étaient faits, a {Mémoires du duc de Raguse^ 1. 1*^, p. 54.).

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