‹ Histoire de Robespierre d'après des papiers de famille les sources originales et des documents entièrement inéditsChapitre 170 sur 354 · LIVRE XIII. — MALADIE DE MAXIMILIEN · texte numérisé non relu

LIVRE XIII. — MALADIE DE MAXIMILIEN

Couédic qui dans la guerre d’Amérique avait finit sauter une frégate plutôt que de la livrer aux Anglais, ce magistrat de l’ancien régime, que son esprit vraiment libéral avait dés l’origine de la Révolution rendu cher h Maximilien, s’étail trouvé dénoncé à l’administration de police pour être allé îi Londres en 1792, et il avait été renvoyé par un arrêté de cette administration devant le redoutable tribunal. Déjà, de longs mois auparavant, Robespierre avait parlé en sa faveur, on s’en souvient peut-être ; cette fois encore il lui servit d’avocat, et ce fut surtout grâce à lui qu’Amand Couédic ne devint pas une victime de la loi contre les émigrés (l).

Du 27 au 30 pluviôse (15-18 février 1794) il reprit ses fonctions au comité de Salut public (2), mais le 1" ventôse (19 février) force lui fut de cesser tout travail, et il dut prendre le lit (3). Quand un souverain tombe malade, une tristesse de commande s’épand dans le pays, des prières publiques sont ordonnées, les courtisans en foule vont inscrire leurs noms au palais du prince; combien différente est l’émotion produite par la maladie d’un grand citoyen ! Là, tout est vrai, tout est spontané. Une émotion unanime se produisit dans la ville quand on sut la santé de Robespierre assez profondément altérée. Nombre de sections chargèrent des commissaires d’aller prendre de ses nouvelles. Ce fut une véritable procession à la maison Duplay (4). Croit-on que si Robespierre avait été l étre acrimonieux, le dictateur sanglant qu’a tenté de nous peindre la légende, sa maladie lui eût attiré de la part de ses concitoyens tant de marque» de bienveillance et d’intérêt? Prenez n’importe quel Thermidorien, voire môme quel Girondin, il pourra bien mourir sans que l’opinion s’en émeuve. Danton lui-méme avait été très-dangereusement malade, on s’en était peu ou point soucié. Pourquoi donc au contraire tant d’inquiétude sur la santé de Robespierre, si ce n’est qu’aux yeux des masses il représentait bien la sagesse et l’i-

(1) Séance du 22 pluviAse (10 février 1794), ITufiifeur du 23 pluviôse.

(2) Vojrez les registres des arrêtés et délibérations du comité de Salut public. Archives , uôt ruprù.

(3) Robespierre faUaU le malade, dit M. Michelet (t. Vil, p. 131). 11 est vrai que, quelques pages plus loin (p. 147), notre Thistorien veut bien avouer que Robespierre tomba malade le 15 février et resta chez lui jusqu’au 13 mars , ~ce qui n’est pas tout à fait exact. « Dur moment, n ajoute-t-il, « oü il eut sans doute sa suprême tentation, n • Qu’est-ce que cela veut dire? En revanche, c’est maintenant Couthon qui, selon M. Michelet, « se dit malade aussi. »

(4) On trouve, à la suite du raiiport de Courtois, sous le numéro V, les arrêtés de diverses sociétés populaires de section par lesquels on certain nombre de commissaires sont chargés d’aller prendre des nouvelles de Robespierre. Le rapporteur cite ces arrêtés comme une preuve de la tyrannie de Robespierre. C’est superbe! Ils ont été reproduits dans les Papiere inédits, etc., t. Il, p. 120 à 123.

(léal républicain? « Tes principes sont ceuxde la nature, ton langage celui de l'humanité; tu rends les hommes à leur dignité... Ton génie et ta sage politique sauvent la liberté; tu apprends aux Français, par les vertus de ton cœur et l’empire de ta raison , à vaincre ou mourir pour la liberté... Ménage ta santé pour notre bonheur... (1)» Tel était alors le sentiment public îi l'égard de Robespierre. Rien de plus honorable pour sa mémoire que les alarmes causées par le dérangement de sa santé; et si Couthon, qui tomba malade vers le même temps, souleva aussi les inquiétudes de ses concitoyens, ce fut surtout parce qu’aux yeux de tous il professait les principes et les sentiments de son ami (2).

La maladie de Robespierre dura en tout un grand mois. Du 1" au 23 ventôse (19 février, 13 mars 1794) on ne le vil ni au comité de Salut public, ni à la Convention, ni au club des Jacobins. Eh bien, la Terreur ralentit-elle uii moment son action? Au contraire : elle sembla redoubler d’activité en l’absence de Robespierre, et c'est une chose bien remarquable que son maximum de violence coïncida avec la maladie de Maximilien et son abandon volontaire de sa part de pouvoir, durant quatre décades avant sa mort. Ce qu’il y a de cei^ tain, c’est que sa retraite forcée parut une bonne fortune aux ultrarévolutionnaires, c’est que le mouvement hébertiste commença à Paris aussitôt qu’on le sut malade, c’est qu’enfin ce mouvement fut dirigé contre sa sage et habile politique, et, comme on le va voir, contre lui-même.

Nous avons déjà eu l’occasion de nous élever énergiquement contre l’intolérance des tolérants, contre la rage des modérés. L’intolérance des tolérants, ce fut la politique ultra-révolutionnaire et hébertiste ; la rage des modérés, ce fut la politique contre-révolutionnaire, girondine et royaliste. En vain, pour ramener à la Révolution la masse encore nombreuse des personnes attachées à la religion

(1) Lettre de J. P. Besson k Robespierre, u&wuprà. g (i) Voici en quels termes la société populaire de la section de TUnité avait libellé sou arreté : « L’assemblée générale de ladite société, sur ta motion d*un membre qui aouonco que les citoyens Robespierre et Couthon sont malades, a arrêté qu’elle nomme commissaires pour s’informer de la santé de ces deux représentans les citoyens Genty, Louisa, Minet et Lucas, et qu'ils se transporteront au domicile de ces deux représezH tans à cet effet, et rendront compte;, à la société de l'état de leur santé, qui doit être obère à tous les bons républicains. Pour extrait conforme, signé Darroux, prdr»defi/(; Chambre, tecrilaire. » {Papier$ inédits, etc., U II, p. 121.)

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