LIVRE XI. — I.A MVKSEILLAISF. NORMANDE
corps de six raille hommes destiné à renforcer l’armée girondine du Nord , dont le commandement était confié au général royaliste Wimpfen. On connaît la réponse de cet officier ii l’invitation que lui adressa la Convention de se rendre à Paris pour donner des renseignements : « Le général ne pourrait le faire qu’accompagné de soixante mille hommes. » A cette forfanterie militaire la Convention répondit, elle, par un décret d'accusation.
Il faut lire les délibérations du conseil général du Calvados pour avoir une idée du degré de confiance auquel étaient arrivés les meneurs de rinsurrcction. A les en croire, la terreur des scélérats de la capitale était au comble, et les citoyens de la ville de Paris, même les canonniers, étaient tout disposés à aller sans armes, en véritables repentants, au devant des légions départementales. 11 ne s’agissait plus pour eux de savoir si l’insurrection serait couronnée de succès, ce n’était pas un doute, mais de la faire réussir avec le moins de dangers, de convulsions et de lenteur possible (1). A la grande Marsrillaise, qui entraînait les phalanges républicaines contre les rois coalisés, ils avaient substitué un chant normand dédié aux hommes du Nord. Voici un échantillon des strophes qu’au théâtre de Caen on chantait sur l’air immortel : Allons, mfants de la patrie!
Parta, ville loDgtemps superbe ,
Gémit sous un jou^; odieux ,
Bientôt on chercherait »ous l'herbe
Ses palais, ses murs orgueilleux. *
Mai.s vous marchez , Paris respire,
Les brigands pftlisseiit d'effroi,
Sur eux le glaive de lu loi Brille, et le despotisme expire.
Aux armes, citoyens ! Terrassez les brigands.
La lot! c'est le seul cri , c'est le vœu des Normands.
Quoi ! le farouche Robespierre Serait l'arbitre de l'£lat!
Quoi ! Danton , quoi ! le vil Marat,
Régneraient sur la France entière!
Aux armes citoyens, etc.
Voilà bien les discours des Isnard, des Barbaroux et des Louvet, mis en mauvaises strophes. Qui croirait que dans cette même ville de Caen Robespierre était, avant la venue des Girondins, regardé comme le modèle, comme le plus pur des patriotes? « Salüs et no-
(1) Registre des délibéralioDS du conseil gir.értl de le Tille de Ceen, séance du 30 Juin 1793
HISTOIIIE IIK ROIlESI'lkHHK
i>ok! Salut il riiicoiTuplible Rohcs] lierre, » lui écrivail-oii alors. « La Société de Caen sait que le père du jiatriotisnie éloit à son poste quand il fallut défendre ses enfants du Calvados poursuivis par le.s stylets de la ealoninie; elle; le sait... et vient silencieu.seuient qjouler une palme à sa couronne civique.
« Robespierre, ce nom qui fait la {'loire, ce nom (jui porte l'effroi dans l'Ame destyrans, sera le mot d’ordre qui nous ralliera pour les combattre.
« Nous ne prétendîmes pas le rendre plus célèbre en te faisant cette adresse: renireprise étoit au-dessus de nos forces; seulement elle est le gage précieux de notre reconnoissance et le tribut particulier de l’estiim” jiublique (I). » '
Robespierre, ceci est à noter, n’avait aucune position officielle quand il reçut cette lettre si louangeuse de la Société populaire de Caen, hommage d’autant plus tlatteur, en conséquence, qu’il était plus désintéressé. Par quel miracle s’était-il donc opéré un tel changement dans l’esprit des citoyens de la ville de Caen? Ah! c’est que, depuis, le département du Calvados avait été inondé des pamphlets girondins, c’est que les émissaires de la coterie étaient parvenus à faire de Caen la cité d’élection du jiarti; et en pré.sence du formidable succès de leur «euvre ténébreu.se, on ne peut (|ue rester confondu, avec Robespierre, de cette sinistre puis.sance de la calom-
Il n’y a donc pas à s’étonner si, en apprenant les menées crimiiLelles de la Gironde et l’évasion de la idupart des députes mis en
(1) Adresse de la société frapulaire des Amt> de la Conslilution de Caen, en date du M mars ITDi, et sigm-e des membres du comité de correspondaDCtf : Ménard , président Hardy, ctre-prefidml ; Victor, Féron, Lelurge iiis et ttécaiiner. — Cette pièce, dont rorigiiial est aux Arc/itw, figure a la suite du rapport de Courtois, sous le n* fl (p. 102). Courtois, dans son rapport, établit un rapprochement entre cette société, qui a pris pour mot d'ordre le nom de Kobespierre, et Joseph Lebon, qui aurait pris le mot pillage (p. 10 . Or. Courtois trouve aussi moyeu de calomnier Joseph Lebou , car ce mot d'ordre ii'esi pas de lui ; il est du cuiiiiimmlani de la place d'Arras Krancastel, et il fut renvoyé avec indignation au comité de Sûreté générale. Tous les honnêtes gens me sauront gré de suivre de près ce monstrueux rapport, dont le rédacteur n'a pas craint d'écrire : « La vérité a si (idèlemenl conduit ma plume que, si J'bistoire , dans quelques siècles, désire retracer cette époque de notre révolution , Je veux qu'elle n'ait qu'h signer ce discours. >» (P. 9.) Les faussaires s'imagineni toujours que leurs faux UC seront point dècouvens.
On comprend niaintenant pourquoi les honiiiiet le.s plus modérés, les plus hostiles même é l'esprit révolutionnaire, se montrent peu favorables aux Girondins. « ... Je vous l'ai souvent dit dans mes conversations , et je me plais a le rappeler dans ces graves circooslaures », écrivait, il y a quelques aunëes, H. Odilon Barrot, « nul d'entre nous ne se soucie de suivre les erreriieuts des émigrés , ni même les exemple» des Girondins... » (Leffre à M. Garnicr-Pagès, en daU du samedi février 1848. j