LIVRE Xlll
RAVAGES DE L'HÉBERTISMÉ
catholique , Robespierre avait-il fait décréter la liberté absolue des cultes comme devant dominer la politique' révolutionnaire (1);
(1) Une idée grotesque eu possible est assurément celle de H. Edgar Quinel, dans son lifre ioUiulé la Révolution, dont nous avons déjà signalé les erreurs et les con> tradictiODS. Que dire des inconséquences! M. Quinet se plaint, sans beaucoup de réflexion, de la dictature exercée, au point de vue politique, par le comité de Salut public; ii eu est encore k la trinité dictatoriale de Robespierre, de Saint-Just et de Couthon, vieille rengaino que les esprits sérieux et érudits laissent aux pères Lo> riqueu de la Révolution, et il reproche à ce même comité de n’avoir point fait, coûte que coûte, table rase do l'ancienne religion pour en édifier une nouvelle. O intolérance des tolérants! û rage des modérés! 6 éternelles contradictions des gens à système! ô mystification! ô démence! On sent, du reste, que H. Quinet n’a jamais étndié aux sonrees. Le rapport de Courtois, les déclamations et les pamphlets de la Gironde, et surtout, surtout les Mémoires inédits de l'hébertiste Baudot, voilà les autorités sur lesquelles l’auteur d’dharuerus a écrit ses deux regrettables volumes. Nous avons fait bonne justice du rapport de Courtois et des pamphlets girondins. Mais les Mémoires de Baudot, quelle autorité!! Rien de curieux comme les lamentations sur la Terreur de Robetpierre poussées par ce terroriste devenu vieux et se faisant ermite , lamentations un peu naïvement acceptées comme parole d’Ëvaogile par M. Quinet, à qui l’ombre de Baudot a servi d'Égérie. Il sied bien, en vé> rité, au terroriste Baudot de veuir après coup rejeter sur Robespierre la responsabilité de cette Terreur, à l’établissement de laquelle Robespierre ne contribua en rien, qu'il ne voulut pas ériger en système, quoi qu'en dise M. Quinet à la remorque de M. Mortimer Temaux, et dont il osa sa vie à combattre les excès. Il sied bien au terroriste Baudot de parler de son aversion pour la Terreur de Robeipierre, lui qui, vantant aux Jacobins les services rendus k Bordeaux par la commission populaire qu’il y avait établie, s’écriait d*un air si convaincu, le 13 brumaire (3 novembre 1793) : « Tout s’y fait uiilitaircment, et le gouvernement ne va qu'à coups de sabre et de guillotine. C'est la dernière ressource qu'on a trouvée contre les aristocrates de ce pays-là. Ils tremblent, ils fuient, ils se cachent; tous leurs eRorts seront vains, tous éprouveront le sort réservé aux traîtres. » Étant k Bordeaux, il apprend que Gabriel de Cussy, un des députés proseriu k la suite du 31 mai, est dans les prisons de Ja ville sous le nom de Morand; aussilét Ü se met en quête. Mais laissons-le raconter Ini-même cet exploit : « Je m'y rendis tout de suite et les visitai toutes. A la troisième, je rencontre un homme à qui je dis : Vous êtes Cussy ? — Non, me répondit-il, je me nomme Morand. — Si cela e8t,'dis-je, vous ôtes Morand, qui étiez Cussy, membre du comité des assignats a la Convention. Ayez la bonté de me suivre k la commission populaire qui demain sans doute ne vous fera faire qu'un saut k la guillotine. Effectivement, le lendemain 11 fut guillotiné. » Et Baudot de se lamenter de n’avoir pu mettre la main sur les restes de la Gironde, qu’à Saint-Émilion il n’a manqués que d’une demi-heure. 11 se félicite encore de ce que deux autres députés doivent être k la guillotine k l’heure oh il parle. Puis, annonçant aux Jaeobins qu'il est envoyé en mission k Strasbourg, il avertit la société qu’il ne changera pas d’ardeur révolutionnaire en changeant de climat. «Je ferai dans le Nord ce que j’ai fait dans le Midi : je les rendrai patriotes, ou ils mourront. » (iovraoi det débaU tt de la correspondance de la toeiiU des Jacobins, numéro 528.)
M. Edgar Quinet ignore-t-il que les dissensions qui éclatèrent entre 8aint-Jnst et Baudot dans le Bas-Rhin vinrent surtout de ce que Baudot voulait appliquer k ce département le régime de l'hébertisme? C’est en faisant allusion k Baudot et à certains proconsuls du même tempérament que Sasnl-Jast écrivait à Eobespiacro : « La coo-
en vain le comité de Salut public avait-il interdit à l’Opéra une mascarade intitulée le Tombeau des imposteurs, oeuvre inepte de Léonard Bourdon, afin, dit l’arrêté, de déconcerter les manœuvres des contre-révolutionnaires, pratiquées pour troubler la tranquillité publique en provoquant les querelles religieuses (1), la violente pression exercée sur les consciences par les prêtres de l'incrédulité, suspendue un moment à Paris, se poursuivait déplus belle dans les départements. Dans certains endroits, les commissaires de la Convention exigeaient des prêtres assermentés qu'ils signassent une formule de serment par laquelle ils déclaraient abdiquer leur ministère, reconnaître comme fausseté , illusion et imposture tout prétendu caractère et toutes fonctions de prêtrise, et juraient, en face des magistrats du peuple, de ne jamais se prévaloir des abus du métier sacerdotal auquel ils renonçaient (2). En moins de trois décades, deux cent soixante-trois ecclésiastiques signèrent cette formule de serment dans les départements de l’Ain et du Mont-Blanc, de crainte d’être enfermés comme suspects (3). Écoutons maintenant un ennemi prononcé de Robespierre et de Couthon ;
fiance n'a plue de prix quand on la partage avec des hommes corrompus; alors oa fait son devoir par le seul amour de- la patrie, et ce sentiment est plus pur. Je t'embrasse, mon ami. (Voy. notre BUIoire de Sainl-JutI, liv. III, ch. iv.)
Baudot, qui demanda un jour que tous les châteaux fassent détruits dans toute l'étendue de la République, afin que les sans-cnlottes se servissent des matériaux pour se bâtir des maisons (séance du 13 brumaire k la Convention), était bien homme k provoquer la mort en masse de tous les détenus et suspects, comme cela lui fut reproché plus tard en pleine Convention. Telle était sa folie révolutionnaire qu'un jour, dans le Bas-Rhin, ennuyé des pétitions dont il était assailli, il prit un arrêté par lequel il rangea dans la catégorie des suspecta les citoyens qui, dans une pétition, excéderaient le nombre de dix lignes (Voir le Ifomleur dn 12 frimaire an V). Baudot était donc de ceux dont Robespierre disait : n Ils ont essayé de dépraver la morale publique et d'éteindre les sentiments généreux dont se compose l'amour de la liberté et de la patrie, en bannissant de la République le bon sens, la vertu et la Divinité. > C'était peut-être un républicain convaincu ; mais on voit combien il est mal venu k rejeter sur des morts k qui il n'a pas été permis de laisser des Mémoires d'outre-tombe, la responsabilité de cette Terreur qu'il a jugée utile dans sa bonne foi farouche, et dont il a été un des plus ardents séides. Une affectation particulière k se décharger de toute responsabilité dans les actes de la Terreur et k la mettre sur le compte de ceux qui périrent pour avoir voulu l'arrêter; k ehaque instant des articulations monstrueusement mensongères, des anecdotes ridicules sur l’un et sur l'autre, sur Saiut-Jnst en particulier, vailk les Mémoires de Baudot, et voilk la plus sérieuse, et l'on peut dire la seule autorité de M. Quinet.
(1) Arrêté en date du 2 nivése (22 décembre 1793); registres des arrêtés et délibérations du comité de Salut public. Arebioer, 435 ua 72.
(2) <■ Formule de serment k laquelle doivent te conformer les prêtres des départements du Mont-Blanc et de l'Ain, sous peine d'être renfermés. » ircAi'ret, A F., II, 83.
(3) Archive!, A F., Il, 83.