‹ Histoire de Robespierre d'après des papiers de famille les sources originales et des documents entièrement inéditsChapitre 173 sur 354 · LIVRE XIII. — RAVAGES DE l'hÉBERTISME · texte numérisé non relu

LIVRE XIII. — RAVAGES DE l'hÉBERTISME

qn’en matière de culte la persécution ne tend qu'à donner au fanatisme une énergie plus terrible... Le Calvaire conduisit le Christ au Capitole. Les tyrans et les prêtres font cause commune ; c’est par le martyre qu’ils espèrent opérer la contre-révolution; c’est en faisant fermer les temples qu’ils espèrent recruter les camps de la Vendée. La politique aujourd’hui doit marcher avec la force ; la raison purgera la terre des pieuses absurdités qui la dégradent encore. Faisons exécuter les lois; frappons les traîtres qui voudraient les rendre vaines; laissons aux âmes foibles, mais d’ailleurs paisibles, la liberté d’adorer l’Être suprême à leur manière, jusqu’au moment où l’instruction les aura rendues à la vérité. Si nous marchons avec prudence, le règne des prêtres est passé pour ne plus renaître ; celui de la liberté commence pour ne plus Unir. Que la loi, que la République triomphante écrase ses ennemis intérieurs par la force de la raison ; le jour a lui, la philosophie est là, on fera justice du reste ()). » Personne, à coup sûr, ne saurait nier les sentiments de sagesse et de grandeur dont sont empreintes ces diverses lettres, où Maximilien Robespierre se révèle tout entier, on peut le dire, car son esprit y respire d’un bout à l’autre.

Les historiens superficiels n’ont point pris assez garde à ces efforts multipliés de Robespierre et du comité de Salut public pour maintenir la Révolution dans les limites du bon sens et de la justice. En vain Maximilien et ses collègues se résoudront-ils à frapper l’hébertisme à Paris afin de faire un exemple et de réprimer l’ardeur insensée des ultra-révolutionnaires, les persécutions religieuses n’en iront pas moins leur train dans les départements. Il faudra arriver jusqu’au jour où Robespierre, parvenu à l’apogée de son influence morale, obtiendra de la Convention nationale la proclamation de la reconnaissance de l’Être suprême et une nouvelle con-

(1) « Le« représeoUDS du peuple composant le comité de Salut public au cilojen Lequinio, représentant du peuple b Saintes ». ^irc/itrer, «6i ruprà. Les minutes de ces lettres ne portent point de signatures. Plusieurs m'ont paru être de récriture de Saint* Jttst. Les copies signées sont restées entre les mains des destinataires. ^ Lequinio arait rendu d'incontestables senricea à la Révolution; on n'oubliera pas son discours sur rinsirucUon publique et sur les fêtes nationales. Mais il eut le tort de se laisser entraîner par le courant bébertiste. C’était lui qui, de son propre mouvement, donnait des pensions aux prêtres qui se déprêtrtsaieni, encourageant ainsi une lâche apostasie (Ifouifeurdu 16 brumaire [6 novembre 1793]). C’était lui qui se vantait d'a* voir fait dîner à sa table le bourreau Ance , proclamé par lui « le guiUoiineur de Rocbeforta. (Vej. le Jftmileur du 24 brumaire [14 novembre 1793.]) Revenu à Paris avec des idées plus calmes, on l’enlendit faire un pompeux éloge du rapport de Robespierre sur lea fêtes décadaires; mais au lendemain de Thermidor, faisant cause commune avec les terroristes vainqueurs, il jetait aussi la pierre an lion abvtu et l’accusait — c'eet à n'j pas croire ! — d'avoir voulu empêcher rinstmetioD.

IIISTOIHE IIK KUBESPIERRE

sédation de la liberté des cultes, pour que les consciences puissent se rassurer, et les âmes respirer en paix, pour un moment du moins.

Il’héberlisme a trouvé ses chantres, ses historiens et ses défenseurs. On a eu soin, il est vrai, de voiler d’un silence prudent son côté odieux et repoussant. Qu’il y ait, parmi les sombres numéros du Père Dvehesne , de rares éclairs par ci, par là ; que de temps à autre, — bien rarement, — déposant, pour une minute, les grelots de sa folie sanglante, Hébert ait fait entendre au peuple le langage de la raison et du bon sens, je ne le conteste pas ; je l’ai moi-môme reconnu. Toutefois je ne lui en sais pas beaucoup de gré, parce que c’était presque toujours lorsque , averti par quelque parole tombée de la bouche de Robespierre, de Danton, ou d’autres membres influents de la Convention , il sentait qu’il avait été trop loin. Dans ces moments-là, il écrivait : « Bons citoyens, mettez toute votre confiance dans ceux qui ont détruit la tyrannie. Ne seroient-ils pas les premières victimes si la contre-révolution arrivoit ? Souvenezvous, au surplus, de ce mot de Robespierre, qu’il soit à jamais gravé dans votre mémoire : « S’il étoit possible que le comité de Salut public trahît le peuple, je le dénoncerois. » Vingt fois ce comité a sauvé la République, il la sauvera encore (!}. s Mais bientôt on voyait reparaître le naturel, c’est-à-dire le parti pris de pousser la Révolution à tous les excès.

Nous avons, je pense, donné jusqu’ici assez d’échantillon s de ces pages, écrites d’une plume trempée dans le sang et dans la boue, pour que nos lecteurs sachent à quoi s’en tenir sur le compte du journaliste qui a donné son nom à l’hébertisme, à cette secte délirante qu’une certaine école procédant de Proudhon ne craint pas de nous donner aujourd’hui comme ayant représenté l’idée parisienne. Ah! pauvre Paris, est-il possible de te ravaler à ce point ! Quoi ! berceau sacré de la Révolution, éternel foyer de la liberté, ville de l’intelligence et du progrès, Rome des idées nouvelles, tu aurais soufflé l’inspiration à l’écrivain cynique à qui le mot clémence faisait, suivant l’expression de Camille Desmoulins, l’effet du fouet des Furies (2), et dont les souverains de l’Europe inséraient les pages dégoûtantes dans leurs gazettes, afin d’avilir la

H) Lt Pin Duckant, ouméro 31t.

(1) L» Vieux CordeUer, iiumtro S, tdil. Mtuoa, p. 103.

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