‹ Histoire de Robespierre d'après des papiers de famille les sources originales et des documents entièrement inéditsChapitre 175 sur 354 · LIVRE XllI. — TEMATIVE u'iNSURRECTlON · texte numérisé non relu

LIVRE XllI. — TEMATIVE u'iNSURRECTlON

d’un crêpe noir le tableau de la Déclaration des droits de l’homme, et l’on décida qu’il resterait ainsi voilé jusqu’à ce que le peuple eût recouvré ses droits. Puis Vincent, après avoir inculpé Lulier, le procureur général syndic du département, etDufourny, comme s’étant donné le mot pour établir un système de modérantisme, fît un amalgame de tous les adversaires de l'hébertisroe et déclara la liberté perdue si l’on ne déployait toute la terreur qu’inspirait la guillotine aux. ennemis du peuple. Carrier se leva alors. Carrier qui ne pouvait pardonner son rappel h Robespierre. « On voudrait », dit-il, « je le vois, je le sens, faire rétrograder la Révolution... Les monstres ! ils voudraient bien briser les échafauds; mais, citoyens, ne l'oublions jamais, ceux-là ne veulent point de guillotine qui sentent qu’ils sont dignes de la guillotine. » On avait proposé de fonder, sous le patronage du club, et sous le nom de CAmi du peuple, un journal faisant suite à celui de Marat. Sans doute, ajoutait Carrier, l’idée était excellente; mais cela ne suffisait pas. « L’insurrection, une sainte insurrection ! voilà, » s’écriait-il, « ce que vous devez opposer aux scélérats. » Et cet appel à la révolte contre la Convention nationale, contre le comité de Salut public, était accueilli par de frénétiques applaudissements.

Après Carrier parut Hébert. Le rédacteur du Père Duchesne renchérit encore sur les paroles du proconsul farouche qui avait mis Nantes au régime des noyades ; il s’emporta contre les sauveurs des complices de Brissot, c’est-à-dire des soixante-treize. C’était un coup direct à l'adresse de Robespierre, qu’il se garda d'ailleurs de nommer. Il avait honte, on le sent bien, de présenter comme un contre-révolutionnaire le citoyen qui depuis cinq ans n’avait pas cessé de se dévouer, corps et âme, à la Révolution ; et soit intimidation, soit crainte de commettre un blasphème, il n’osa laisser tomber de sa bouche ce grand nom srrespecté alors. Seulement il procéda par insinuation : après avoir parlé contre les voleurs, il s’éleva contre les « ambitieux » qui depuis deux mois avaient fermé la bouche aux patriotes dans les sociétés populaires. Puis, comme enhardi par les encouragements deMomoro, de Vincentetde quelques autres, il désigna aussi clairement que possible Maximilieu aux vengeances des exagérés. « Pour vous montrer que ce Camille Desmoulins n’est pas seulement un être vendu à Pitt et à Cobourg, mais encore un instrument dans la main de ceux qui veulent le mouvoir uniquement pour s’en servir, rappelez-vous qu’il fut chassé, rayé par les patriotes, et qu’un homme, égaré sans doute... autrement je ne saurais comment le qualifier, se trouva là fort à propos pour le faire réintégrer, malgré la volonté du peuple, qui s’était

bien exprimée sur ce trailrc. » Ainsi l’on faisait un crime à Robespierre d’avoir couvert de sa protection l’auteur du Vieux Cordelier. Hébert termina sa harangue en répétant le cri de Carrier : « L’insurrection ; » oui, l’insurrection (t) ! Cette séance décida du sort des hébertistes.

Ils ne négligèrent rien cependant pour la réussite de la conspiration. Le 16 ventôse (6 mars) ils se rendirent au conseil général de la commune, et déclarèrent qu’ils resteraient debout jusqu’à l’extermination complète des ennemis du peuple (2) ; mais l’accueil des officiers municipaux ne répondit pas à leur attente, et l’indifférence de la population dut leur prouver combien peu le sentiment public était pour eux. Néanmoins ils ne renoncèrent pas à leurs noirs projets. Le plan qu’il s’agissait de mettre à exécution avait été conçu, s’il faut en croire un des témoins du procès .d'Hébert, dans la prison même où avait été enfermés Vincent et Ronsin (3) Dans le nombre des victimes marquées d’avance, Robespierre était confondu avec Bourdon (de l’Oise) et Fabre d’Églantine (4). Ronsin le désignait hautement comme un traître ; il lui reprochait d’avoir donné tête baissée dans divers complots; d’avoir, avant la Révolution, « traité la France de républicomane, » assurant qu’il en existait des preuves écrites suffisantes pour le faire guillotiner. Avant peu, prétendait-il, les prisons seraient ouvertes, mais non pour tous les prisonniers; les uns devaient être élargis, les autres massacrés sans pitié (5). Un des plus violents conjurés, Ancar, employé au magasin des poudres et salpêtres, allait partout disant de Robespierre que le patriotisme de ce représentant était bien usé (6); c’était le même qui, dans un café de la rue de Thionville, prétendait qu’avant trois semaines il y aurait plus de quatre-vingt mille têtes à bas (7).

Tous ces faits, empruntés à des dépositions de témoins à charge dans le procès des hébertistes, pourraient peut-être paraître suspects d’exagération, si nous n’avions pas sous les yeux une déclaration toute confidentielle, faite longtemps après coup, et qui y ajoute un singulier caractère d’authenticité. Nous avons parlé déjà du chirurgien Souberbielle, mort en 1846 à l’âge de quatre-vingt-dix ans, et

(1) Voy. le coinptc rendu de celte séance des Cordeliers dans le Uonileur du 17 ven tôse ^7 mars 1794).

(2) Registres du conseil général de la commune. Voj. VHûioirâ parlmwtairf , t. XXXI, p. 331.

(3) Déposition de Dufoumy dans le procès d’Bébert.

(5) Déposition de Laraux et de Jobert dans le proeès des hébertistes.

(6) Procès des hébertistes. Déposition de Loyer, juré au tribunal.

(7) Ibid. Déposition d*un témoin non nommé.

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