LIVRE XIII. — RÉAPPARITION OE MAXIMILIEN
blicain par la corruption. On connaît les conclusions de ce rapport célèbre (1). Était puni de mort quiconque se rendait coupable de résistance au gouvernement révolutionnaire, dont la Convention nationale était le centre, et tentait de l'avilir, de le détruire ou de l’entraver par quelque moyen que ce fût. « Des mesures sont déjà prises pour s'assurer des coupables, » avait dit Saint-Just; « ils sont cernés. » En effet, dans la nuit qui suivit la séance de la Convention, les principaux chefs du parti hébertiste, Vincent, Ronsin, Homoro, Hébert, Ducroquet, étaient arrêtés et conduits à la Conciergerie.
Robespierre avait-il rendu compte de sa conversation avec Souberbielle à ceux de ses collègues qui venaient le voir pour s’informer de sa santé et causer avec lui des affaires publiques? A l'égard de Saint-Just, cela n'est pas douteux : nombre de passages du discours de son jeune et dévoué ami attestent cette confidence : « Il est temps de faire la guerre à la corruption effrénée... On commet des atrocités pour en accuser le peuple etlaRévolution... » Billaud- Varenne, récemment de retour d’une mission dans le Nord et dans le Pas-de-Calais, avait dû être également instruit par lui, car, le jour même de l'arrèstation des hébertistes, il disait aux Jacobins ; « Ces hommes atroces » méditaient de faire égorger les patriotes ; une partie de l'armée révolutionnaire était consignée à cet effet (2 . Il n’y a donc aucun doute à conserver sur les projets de la faction hébertiste.
Cependant, ce jour-là 24 ventôse (14 mars 1794), Robespierre, après une absence de près d'un mois, avait reparu au milieu de la Convention nationale et repris ses fonctions de membre du comité de Salut public. Il était là quand une députation de la section Bonne-N ouvelie vint demander à l'Assemblée de sévir contre l'aristocratie mercantile et d'exclure par un décret tous les marchands des fonctions publiques. C'était ridicule. Robespierre étouffa cette pétition en appelant ['attention de ses collègues sur la conjuration nouvellement découverte. « Que tous les bons citoyens, que tous ceux qui portent dans leurs cœurs le germe du patriotisme, »
(1) Voyez notre Histoire de Sainl^Justt édit. Méline et Cens, t. II, p. 147. La ConfeotioD crut devoir répandre k profusion dans le pays le rapport de Saint-Just, et elle le fit tirer an chiffre énorme de 200,000 eieznpîaires. (Registre des arrêtés et dé* libérations du comité de Salut public. Archives. ) Arrêté signé : Barère, Carnot, €.*A. Prieur, Collot d'Herbois, Robespierre, Billaud-Varenne, Saint-Just et Robert Lindet. 11 est du S4 ventôse, jour de la réapparition de Robespierre au comité de Saint publie.
(2) Séance des Jacobins du 24 ventôse (14 mars 1794). Voy. U Moniteur du 28 ventôse.
s’écria-t-il, « prouvent qu'ils aiment la liberté en se réunissant à nous pour la sauver. — Oui, oui, répéta-t-on de toutes parts au milieu des plus vifs applaudissements, nous serons unis, nous sauverons le peuple. — Toutes les factions, » reprit Robespierre, « doivent périr du même coup. » Ici de nouvelles' acclamations retentirent. Mais, comme s'il eût craint d’avoir été mal compris, Maximilien ajouta que les ennemis des factions ne pouvaient être reconnus qu’à la sagesse de leurs conseils, et à la justesse des mesures nécessaires à la répression des conspirateurs et des traîtres. D dépeignit alors l’horrible conjuration que le comité de Salut public, averti à temps, venait d'étouffer au moment où elle allait faire explosion. On avait recruté dans Paris une armée d’émigrés, de déserteurs et d’étrangers pour pousser le peuple à la révolte et égorger une partie des députés. L'immixtion de l'étranger dans toutes ces manœuvres séditieuses résultait pour lui de ce que longtemps à l’avance on avait annoncé dans les cours étrangères le moment marqué pour l’exécution des projets de Vincent, de Ronsin et de leurs complices. On avait en effet intercepté des lettres, dont l’une, adressée à certaine Excellence, contenait l’exposé de la trame ourdie pour renverser la Convention et boufeverser la République au profil de quelques ambitieux. Preuve, comme l’avait fort bien dit Saint-Just, que, si la conjuration comprenait des patriotes de bonne foi, mais égarés, elle comptait aussi des scélérats vendus à l’étranger et à l’émigration. Robespierre termina en adjurant de nouveau les bons citoyens de se joindre à la représentation nationale pour sauver la patrie, et de combattre énergiquement dans leurs sections les orateurs mercenaires, les agents de l'étranger, qui ne manqueraient pas d’y semer des divisions (1).
Certains écrivains ont agréablement plaisanté la Convention nationale et le comité de Salut public sur ces fameuses conspirations de l’étranger. Eh bien ! qu’on lise les Mémoires et la correspondance de Mallet-Dupan, publiés il n’y a pas très-longtemps, et l’on verra, par les aveux suffisamment explicites de cet intrigant, dénoncé par Barère dans cette même séahee du 24 ventôse pour ses manœuvres criminelles, si la Convention et le comité avaient tellement tort d’attribuer à des suggestions étrangères les innombrables intrigues auxquelles fut en proie la République française. Ainsi l’on savait par une lettre de l’agent de France en Suisse que les émigrés annonçaient hautement qu'avant un mois il y aurait un massacre à Paris et que la Convention serait dissoute (2). On était également
(1) Moniteur du So venidM (16 man 1794).
(2) Ibid, Déclaration de Coutbon à la Conrention nationale.