‹ Histoire de Robespierre d'après des papiers de famille les sources originales et des documents entièrement inéditsChapitre 19 sur 354 · LIVRE XI. — nt RAPPORT COKCERNAXT LES GIRONDINS · texte numérisé non relu

LIVRE XI. — nt RAPPORT COKCERNAXT LES GIRONDINS

arrestation chez eux, la Convention nationale finit par prendre des mesures rigoureuses. Le 2i juin, Amar vint au nom du comité de Sûreté générale lui proposer défaire transférer dans des maisons nationales ceux do ses membres détenus jusqu'ici dans leurs domiciles. Combattue par Ducoset par Fonfrède, qui demandaient qu’au préalable un rapport fût immédiatement présenté sur leurs amis, la proposition d’.Aïuar se trouva vivement soutenue par Robespierre. Celui-ci témoigna, en des termes pleins d’amertume, son étonnement de ce qu’à l’heure où les rebelles de la Vendée, encouragés par les cris de révolte retentissant autour d’eux, ravageaient nos départements, on osât, en quelque sorte, mettre en parallèle les représenUints du peuple et une poignée de conspirateurs. A ces mots le coté droit ayant éclaté en murmures, Legendre, hors de lui, réclama l’arrestation du premier qui interromprait l’orateur.

« On demande un rapport, » continua Robespierre avec une indignation croissante, « comme si l’on ne connaissait pas les crimes des détenus. Leurs crimes, citoyens, ce sont les calamités publiques, l’audace des con.spiratcurs, la coalition des tyrans, les lois qu’ils nous ont empêchés de faire depuis six mois, la constitution sainte • qui s’est élevée depuis qu’ils n’y sont plus, la constitution qui va rallier les Français; car, n’en doutez pas, citoyens, c’est à la constitution que s’attacheront les Franç.ais, et non à Rrissol, à Gensonné. »

Les départements pouvaient être égarés par leurs administrateurs, mais le peuple, il en avait la conviction, resterait avec l’.\.s.seinblée. Quant au rapport demandé, sans doute on le ferait, seulement il fallait d’abord réunir toutes les pièces et tous les faits. En attendant, il engageait la Convention à mettre aux voix sur-le-champ le projet de décret présenté au nom du comité de Sûreté générale (1).

Ce décret fut voté malgré les résistances de la droite, qui obtint du, moins, le lendemain, que le rapport sur les députés détenus serait présenté dans la séance du 26. Mais le soir même la Convention revint sur cette décision, à la demandede Robespierre appuyée par Levasseur et par Jean-Bon Saint-.André. Selon Maximilien, on s’occupait beaucoup trop de ces individus, au lieu de songer aux mesures à prendre pour sauver la République et la tirer du précipice ’ où ils l’avaient entraînée. « Ne vous y trompez pas, » dit-il, « les plaies de l’État .sont profondes; la misère publique est grande; prenez garde que les malveillants ne profilent des malheurs qui accompagnent les révolutions pour égarer le peuple. Faites des lois popu-

(I) Journal des dihals et des dicreti de la Convention, niimiro 280, p. 388; et Mo- •lileur du 27 juin 1793.

laires; posez les bases de rinslruelion publique, régénc'rez l'esprii public, épurez les mœurs, si vous ne voulez pas perpétuer la crise de la Révolution. » Avait-on formé le projet d’amener de nouvelles divisions au sein de la Convenlion eu réclamant avec tant d’affectation un rapport immédiat sur des bommes dont le.s agitations qui s’étaient produites dans les départements attestaient le'crime'? Ne fallait-il pas laisser le temps au rapporteur d(! s’éclairer sur les véritables causes des maux du pays, « sur le long système de calomnies inventé |)our discréditer la Révolution aux yeux de la France et de l’Europe? » N’était-il pas beaucoup plus urgent de chercher les moyens les plus prompts d’écraser les rebelles de la Vendée? Et n’était-ce pas insulter la Convention, poursuivait l’orateur, que de venir lui parler eu faveur des Yei'gniaud et des Rrissot, alors qu’il s’agissait de réduire tous les ennemis de la liberté conjurés contre la République? Il demandait donc que, sans avoir égard au décret surpris dans la matinée par des hommes à qui leur situation personnelle commandait le silence, on ajouriiAt le rapjiort, et que la Convention s’occupAt uniquement des grands intérêts de la pa- ‘trie(l).

Ce langage, dont l’amertume s’explique de reste par l’état de crise où les Girondins avaient plongé le pays, amena dans l’As-sembléc un revirement d’opinion. Telle était l’exaspération de certains esprits que Tallien proposa A ses collègues de décrète)' qu’il sei'ait permis à tout citoyen de courir sus aux députés qui s’étaient soustraits au décret d’ari'ostation. Mais c’était là une des exagérations familières àTancieil secrétaire de la commune. Il appartenait à Jean-Ron Saint-Aiidi'é de replacer la question sur le teri'ain où l’avait posée Robespierre. Après avoir annoncé que le comité de Salut public avait chargé un de ses membi'es de rédiger un rapport digne de la nation et de ses représentants, et que ce nieiuhrc ti-availlait jour et nuit à ce rapport, il ajouta : « C’est ici, comme on vous l’a dit, un gi'and procès; c’est avec le calme et la sévér'ilé de, la raison qu’il faut examiner cette chaîne de conspirations. J’appuie les propositions , de Robespierre. » Et ces propositions furent aussitôt adoptées (2).

Le rapporteur dont parlait ,Iean-Bon Saint-André, c’était Saint- Just. Ce ne fut qu’une ilouzaine de jours après, dans la séance du 8 juillet, que le jeune Conventionnel donna lecture de son travail à l’As-semblce, après l’avoir soumis à diverèes reprises à ses collègues du comité de Salut public, qui l’avaient délinitivement ado(>té dans

(I) Uoniltur du 38 juin 1793, et Journal iet dibats et dti décrets, numéro 383.

(3) Jbid.

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