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lii soirée du i juillet (1). Quand on se reporte it la situation de la Ri’^ publi(|ue en ces heures critiques; quand on considère que la municipalité de Bordeaux venait de proclamer d’un ton hautain que les grandes villes des départements pourraient fort bien se pas.ser de Paris; quand on jette les yeux sur cette déclaration ridicide desailministrateilrs de la ville de Toulouse mena<;ant la capitale de la traiter comme une autre Sodome, — ce qui amena Robespierre :'i dt>mander la i|uestion préalable sur une proposition de Couthon tendante à la suspen.sion d’un décret rendu contre lés administrateurs de la Haul(‘-Garonne(2); — quandon se rappelle 1’adres.sefanieusedu Calvados où tout le côté gauche de la Convention était accu.sé d’élre un ramassis de brigands vendus aux puissances étrangères; quand on rélléchil enfin que tout cela était en partie l’œuvre des Girondins réfugiés à Caen, on est bien obligé d'avouer que, relativement, ce i rapport de Saint-J usl est d’une extrême modération. « La liberté, » y est-il dit, « ne sera [loint terrible envers ceux qu’elle a désarmés et qui se sont soumis aux lois. Proscrivez ceux qui ont fui pour prendre les armes; leur fuite atteste le peu do rigueur de leur di'*lention : proscrivc/.-les, non pour ce qu’ils ont dit, mais pour ce qu’ils ont fait; jugez, les autres, et pardonnez au plus grand nombre; l’erreur ne doit pas être confondue avec le crime, et vous n’aimez jtoint ù être sévères (3). » Les membres du côté droit eux-mêmes se montrèrent étonnés de la modération de Saint-Just. Ce ne fut pas, on le sait, ù la suite de ce rapport que plus tard les Girondins furent renvoyés devant le tribunal révolutionnaire, mais bien sur le rapport autrement violent d’Amar, un des ennemis de Robespierre, un des futurs prescripteurs de Thermidor. ,
(1) Registre des délibérations et arrêtés du comité de Salut public. Archive* 4S4 a a 7 1 . Étaient présents à cette séance du 2 juillet : Cambon , Guy ton-Morreau , Delmas, Robert Liudei, Barère, Danton, Couthon, J.-B. Saint- André, Berlier, Hérault-Séchelles et Sainl-Jusl.
(2) Voy. à ce sujet le Honileur du 30 juin 1793, séance du 28. — Ce qui proure, par parenthèse, combien 11. Michelet est dans Terreur quand il écrit: « Robespierre entra réellement au comité par se* homme* Couthon et Saint-Just. » (jrûloire d* la Hévoluiiont t. VI, p. 58.) Unis de cœur et do pensées k Maximilien, Couthon et Saint-Just étaient trop grands Tun et Tautre pour u'èlre que ses serviles instruments.
(3j Voyez notre I/tsloire Je Sainl-Jusl (l. p. 252 et suiv., édit, Meline et Cans).
On s’explique diffîcilement comment M. Michelet, dans son ffi*(oire de la Hévoluiionf a pu écrire : « Son rapport fut atroce de violence... » (U VI, p. 65); et plus loin (p.70) : tt Talroce rapport de Saint-Just. >» Pourquoi donc alors M. Michelet a-t-il écrit plus haut (p. 50), en parlant de la Gironde : « Elle précipita sa chute, en la méritant, par Tappel k la guerre civile »? Nous n’avons eu que trop souvent déjà l’occasion do signaler les contradictions dont fourmille l'œuvre de Téminent écrivain.
HISTOIRE UE ROBESPIERIIK
Au ioste, il faut le dire, tout devait coiilribiier à porter au comble l’exaspéralioii populaire contre les vaincus du 31 mai; les progrès de la coalition, les développements qu'allait prendre la guerre civile déchaînée par eux, n’étaient certes pas de nature à éveiller dans les cœurs des sentiments de commisération ii leur égard. On les regarda comme les auteurs du bruit répandu vers cette époque que le tils de Louis XVI avait été enlevé de sa prison et que les membres de la Montagne voulaient relever le trône en sa faveur; ce bruit avait |iris une telle consistance, que le comité de Sûreté générale chargea , Dumont, Chabot, Maure et Drouet de se rendre au Temple afin d’y constater officiellement la présence du jeune iirince. Selon Robespierre, une telle extravagance, imputée aux auteurs de la constitution républicaine, ne méritait pas que la Convention s’y arrêtât, au moment même où son enceinte venait de retentir des acclamations touchantes et sublimes d'un peuple s’élançant d’un tel cœur vers la liberté et l'égalité. — Allusion à la récente acceptation de la constitution par les sections parisiennes. — Mais dans cette nouvelle manœuvre il voyait une preuve de plus de racharnement avec lequel les intrigants et tous les ennemis de la Révolution s’efforçaient de tuer la liberté par la calomnie. 11 les montrait, dans les convulsions de leur désespoir, répandant partout l’imposture et la division pour empêcher tous les Français de se rallier sous les auspices de la constitution et d’assister avec confiance à la fête commémorative du 10 août. Tout cela ne se liait-il pas fatalement aux combinaisons perfides des agioteurs royalistes qui, à Bordeaux par exemple, avaient tenté de relever les assignats royaux et de faire baisser ceux (jui portaient l’empreinte de la République ? Il fallait que la France entière en fût bien convaincue, disait-il, le peuple français n’aurait ni paix ni trêve avec d’aussi opiniûtres conspirateurs, tant que les coupables n’auraient pas été frappés par la loi. Et c’était là le .seul rapport sous lequel l’absurde bruit dont on avait entretenu l’Assemblée lui parût mériter quelque attention. La Convention couvrit d’applaudissements le discours de Robespierre et décréta qu’il serait in.séré au Bulletin comme un nouveau moyen d’éclairer l’opinion sur le système de calomnies qui si longtemps avait compromis la tranquillité et la liberté publiques (1).
(1) Xonilmr du 9 juillet 1793, eUaurnal des (Uàaltef des décrets de la Convention, Duméro 293, p. 88, séance du 7 juillet 1793.