‹ Histoire de Robespierre d'après des papiers de famille les sources originales et des documents entièrement inéditsChapitre 192 sur 354 · LIVRE XIV. — CAMILLE DESHOULINS ET ROUGTFF · texte numérisé non relu

LIVRE XIV. — CAMILLE DESHOULINS ET ROUGTFF

et lui-même le savait bien. Un jeune.protégé de Barère, le juré Vilate, ayant dîné chez Camille dans les premiers jours de germinal, dit à Rousselin qui était au nombre des convives : « Il faut que nous ayons sous huit jours les têtes de Danton, de Camille Desmoulins, de Philippeaux (1). » Ce fut du moins ce que répéta Rousselin à Camille (2).

Comment Robespierre aurait-il triomphé des Amar, des Vadior, desBarére,desBillaud-Varenne, des Collot d’Herbois , tousacharnés à la perte des dantonistes, et montrant, en réponse aux arguments de Maximilien, les blessures qu'ils avaient reçues de Camille? Il s'efforça, dit-on, de substituer au nom de son cher et vieux camarade celui de Bourdon (de l’Oise), ce fou furieux autrement dangereux que Camille et que Danton ; mais il ne put rien obtenir, tant son influence personnelle avait peu de poids sur les membres des deux comités, où Bourdon comptait de nombreux amis (3). Au reste, ou aurait tort de croire, avec quelques historiens, que Camille fut sacrifié uniquement pour avoir poussé un long cri d'humanité. La vérité nous oblige à dire que dans son Vieux Cordelier les rancunes et les haines personnelles eurent beaucoup plus de part que la question d'humanité. Ëtait-il bien tendre le léger écrivain quand par exemple dans son numéro 7, composé avant le supplice des héberlistes. Use montrait si impatient de la mort de ses adversaires? Que m’importe après cela qu’il ait répandu tant de larmes attendries sur le sort des suspects ! Certes, j’applaudis des deux mains quand je l’entends reprocher d’une voix indignée au Père Duehesne ses pages dégoûtantes de sang etde bouc. Mais mon admiration diminue singulièrement, et je commence à douter de la sincérité de l’auteur, quand à côté de cela je le vois intrépidement porter aux nues l’infâme Rougyfl dont les feuilles, non moins ignobles que celles d'Hé-

(1) ^otes de Camille sur le rapport de Saint-Just. — De ces noten il existe deux versions, insérées toutes deux dans r//»<otre parlementaire y t. WXIl, p. ’i'il et 2Î5.

(i) Disons, pour être Juste, que Rousselin ne mérite qu’un confiance très>lintitée.' Voici commeut, de son côté, s’est expliqué à ce sujet, dans une brochure sur les causes du 9 Thermidor, Vilate lui-méme, qui du reste n’est pas non plus digne de foi : a Robespierre, toujours obserraieur inquiet sur la direction des évéoemens, affecte tout à la fois de défeudre Danton et d’improuver ses opinions. Quelques jours avant leur perte, je dtnai ches Camille avec sa charmante et vertueuse épouse , sa mère, d'une très-belle stature, Danton, sa modeste épouse, un jeune homme d’une belle taille et d’une figure intéressante. Je laissai échapper mes inquiétudes à Camille... Vingt fois je l’avertis qu'on vouloil le guillotiner... » (P. âC et )27.) De Rousselin ou de Vilate, qui croire ?

(3) Ce fait est rapporté par M. Villiaumé qui, malheureusement, a omis de citer ses preuves. (Voyez son Histoire de la Aérolultoa, t. III, p. 185 de l’édition Lacroix >

HISTOinE DF. HOBESPIERRE

bert, étaient plus sanguinaires encore, et qui, comme le Père Duchesne, vivait très-bien aux dépens du ministre de la guerre (1).

11 appelle Guffroy « notre cher Rougyffet, cet excellent patriote à cheveux blancs (2). » Or le cher Rougyffet était de ceux qui avaient félicité Fouché sur sa manière expéditive d’exécuter la vengeance nationale (3); il était de ceux qui insultaient lâchement les victimes après les avoir poussées à l’échafand. Présentement c’était un des thuriféraires de Joseph Lebon, en attendant qu’il devint son accusateur le plus acharné et son bourreau (4). Quelques jours encore, et il va tonner en ces termes contre ses amis les dantonistes : « Nom de la liberté ! drelin sur les hypocrites défenseurs de ce don précieux de la nature (5) ! » Vienne le 17 germinal, et décrira d’une plume presque joyeuse : « Le glaive de la loi vient de trancher le cours de la plus hardie des conspirations. Danton, Lacroix, Desmoulins, Delaunay, Fabre d’Ëglantine et dix autres complices ne sont plus; le peuple vit ce supplice avec satisfaction et majesté (6). » Enfin, — honte et lâcheté sans nom ! — moins de dix jours après, racontant l’exécution de l’infortunée Lucile, il insérait dans sa feuille immonde jces lignes infâmes : « Les veuves Hébert et Desmoulins jasoient avec un calme apparent; mais l’œil observateur y remarquoit bien plus relïet du sot orgueil d’avoir joué un rôle dans la Révolution ; leur morgue naissoit de cette obstination indestructible dans certains êtres qui lit faire à cette femme expirante à l’eau le signe de croquer des poux, ne pouvant plus crier pouilleux (7) ! » Oh ! pauvre Camille, comme tu avais raison d’appeler Guffroy « notre cher Rougyffet » et de le chanter dans ton journal comme un excellent patriote à cheveux blancs!

On a prétendu fort légèrementquejamais Robespierre n’avait parlé avec plus d’affection à Camille Desmoulins que la veille du jour où celui-ci fut arrêté (8). C’est lii une de ces allégations en l’air dont nous sommes heureux de pouvoir démontrer la fausseté. Et d’a-

(t) llitugylf cxhan de parHltre dans le courant de prairial» quand la subvention ministérielle lui fut retirée. Guffroy, dans son dernier numéro» annonça crûment qu'il interrompait la publication de son journal parce qu'on lui avait fait perdre les abonnements qu'il rccevoit du ministère de la guerre. (Voy. le numéro 150.}

(2) Le Vieux Cordelier^ numéro 7. p. 212, 2!3, de Pédition Mallon.

(3) Houyyff^ ou le Frank en vedetie, numéro 60.

14) ibid.f numéro 80. •

(5) /6»d., numéro 95.

(6) Ibid., numéro 98.

<7) Ibid., numéro 107. Ce misérable Guffroy est un des signataires du rapport de C4)urtois dont il fut, du reste, le bien digne compère.

^8) Michelet, Histoire de 1a ftévolution, l. VII, p. 192. Villiaumé, Histoire de la RétolulioH, t. 111. p. 193 de l'édition Lacroii.

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