‹ Histoire de Robespierre d'après des papiers de famille les sources originales et des documents entièrement inéditsChapitre 195 sur 354 · LIVRE XIV. — RÉPONSE FOUDROYANTE DE MAXIMILIEN · texte numérisé non relu

LIVRE XIV. — RÉPONSE FOUDROYANTE DE MAXIMILIEN

di^raocratie par les numéros du Vieux Cordelier, il est assez difficile d'admettre avec quelques écrivains (1), qu’en abandonnant Danton, Lacroix et autres, les gens de la droite et ceux du centre aient cru tuer la République.

Quoi qu’il en soit, Robespierre, qui n’avait consenti à abandonner Danton que le jour où il était parvenu à se prouver à lui-même qu'en effet Danton était coupable, voyant l’anxiété à laquelle la Convention paraissait en proie, monta précipitamment les degrés de la tribune : « A ce trouble depuis longtemps inconnu qui règne dans cette Assemblée, » dit-il, <t il est aisé de s'apercevoir en effet qu'il s’agit ici d’un grand intérêt, qu’il s’agit de savoir si quelques hommes aujourd'hui doivent l’emporter sur la patrie. » On demandait l'audition des prévenus à la barre. Mais pourquoi cette motion, rejetée quand on l'avait proposée pour Bazire, Chabot et Fabre d'Églantine, semblait-elle favorablement accueillie aujourd'hui par un certain nombre de membres? « Pourquoi?» s’écria-t-il, «parce qu’il s’agit de savoir si l’intérêt de quelques hypocrites ambitieux doit l’emporter sur l’intérêt du peuple français. » Et les applaudissements de retentir. <• Eh quoi! » poursuivait Maximilien, « n’avonsnous donc fait tant de sacrifices héroïques, au nombre desquels il faut compter ces actes d’une sévérité douloureuse, que pour retourner sous le joug de quelques intrigants qui prétendaient dominer? » A Legendre, qui avait rappelé quelques-uns des services rendus par Danton à la cause de la Révolution, il répondit qu’on ne demandait pas ce qu’un homme avait fait dans telle circonstance, mais bien ce qu’il avait fait dans tout le cours de sa carrière polidque. Et les applaudissements d’éclater de nouveau. Alors, reprochant ù Legendre de n’avoir parlé que de Danton, parce que sans doute il croyait qu’à ce nom était attaché un privilège, Maximilien laissa échapper ces paroles : « Non, nous n’en voulons pas de privilège; non, nous n’en voulons point d’idole ! » Et ici encore l’orateur fut interrompu par de nouvelles salves d’applaudissements. Hélas ! l’idole, pourrie déjà, comme disait Robespierre, allait être brisée; mais lui aussi, Maximilien, était l’idole d’une partie du peuple. Ne le savait-il pas? Et ne savait-il pas qu’on ne manquerait pas de chercher à l’abattre lui-même?

Au reste, il se préoccupait peu de ses propres périls; au contraire il semblait courir au devant du danger. A ses ennemis, c’est-à-dire à ceux de ces comités « émanés de la Convention nationale (2) », il

11) Voj. Michelet, Hùloire de la AlMlulion, t. VII, p. 196.

(2) On lit dans VBitUnrt de la Adnolulion, par M. Michelet, t. VII, p, 197 ; « La riaetion elle-même commençait dans la diacours de Robespiem. Ou j disait tenir le

jelail ce défi hnutain : « Je dis que quiconque tremble en ce moment est coupable. » Les Bourdon (de l’Oise), les Montant, les Tallien, les Delmas, à qui évidemment il faisait allusion, gardèrent le silence, peu rassurés du reste par les applaudissements de plus en plus vifs dont continuait d’étre salué l’orateur. « Je dois ajouter ici, » reprit Robespierre, « qu’un devoir particulier m’est imposé de défendre la pureté des principes contre les efforts des intrigants. Et à moi aussi on a voulu inspirer des terreurs : on a voulu me faire croire qu'en approchant de Danton, le danger pourrait arriver jusqu’à moi. On me l’a présenté comme un homme auquel .je devais m’accoler, comme une égide qui m’était utile pourma défense personnelle, comme un rempart enfin qui, une fois renversé, me laisserait à découvert à tous les traits de l’aristocratie. On m’a écrit. Les amis de Danton m’ont fait parvenir des lettres (1), an’ont obsédé de leurs discours ; ils ont cru que le souvenir d’une ancienne liaison, qu’une foiantique dans de fausses vertus me détermineraient à ralentir mon zèle et ma passion pour laliberté. Et bien, je déclare qu’aucun de ces motifs n’a effleuré mon âme de la plus légère impression. Je déclare que s’il était vrai que les dangers de Danton dussent devenir des dangers pour moi , que s’ils devaient donner à l’aristocratie la faculté de faire un pas de plus pour m’atteindre, je ne regarderais pas cela comme une calamité publique. Que m'importent en effet les dan-

pouvoir, non de l’Assemblée, mais de la patrie. Précisément comme l’empereur Napoléon l’a dit si souvent dans le Moniteur. » Un instant, Monsieur Michelet ! Avant d’être aussi alflrmaiif, il eût été bon de ne point isoler, en le commentant judalquement, nn mot échappé a l’improvisation, ou plutôt reproduit inexactement par le Moniteur. Avant de dire : e Les comités ne tiennent que de la patrie leurs pouvoirs, u Robespierre n'avait^il pas dit : h Qu'avez<vous fait que vous n’ayez fait librement, qui n’ait sauvé la Républquc, qui n’ait été approuvé par la France entière? On veut vous faire craindre que la liberté ne périsse victime des comités dont l’autorité est émanée de la Convention nationale, que U Convention peut annuler sur-le-champ. » Hais il y a mieux : c'est qu'il est h peu près certain que Robespierre n'a point prononcé la phrase que lui prête M. Michelet d'après le Moniteur. Voici, en effet. la version du /oumal des débats et des décrets^ beaucoup plus vraisemblable, puisque celle du ITOfitleur constitue une véritable absurdité, les comités ne tenant leurs pouvoirs que de la CouvenUon elle-même : « Quelques membres de cette Assemblée, nous le savons, ont reçu de la part des {>risonniersdes instructions portant qu’il fallait demander à la Convention quand finirait la tyrannie des deux comités...; qu’il fallait enfin leur demander compte de Vexercice du pouvoir que tou* leur avez confié. Oui, demandez-noua compte de ces pouvoirs qui sont un immense fardeau dont d’autres ne se seraient peut-être pas chargés dans des circonstances aussi difficiles... » (Numéro 558, p. 185.) Dans le Moniteur^ au contraire, on lit : « Les comités ne tiennent que de la patrie leurs pouvoirs , qui sont un immense fardeau dont d’autres peut-être n'auraient pas voulu se charger. » (Jfonifeur du germinal.)

(1) Ces lettres ont été supprimées par les Thermidoriens.

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