LIVRE XIV. — COXDAMXATION DES DAXTOMSTES
Maximilien, et elle écarta par l’ordre du jour la proposition de Billaud-Varenne, ne voulant pas insulter h la douleur d’une femme qui se présentait en suppliante.
Le 16 germinal de l’an II (5 avril 1794) fut rendu le fatal verdict contre les dantonistcs, auxquels, avons-nous dit, se trouvaient accolés d’ailleurs des hommes peu dignes de recommandation. Un seul parmi les accusés trouva grâce devant le tribunal révolutionnaire : ce fut l’ancien procureur général syndic du département, Lulier, qui avait été arrêté quelques jours avant Danton, par les ordres du comité de Sûreté générale, à cause de ses liaisons avec le conspirateur de Batz et comme complice du faux relatif au décret sur la compagnie des Indes. Au moment de son arre.station, il avait écrit à Bobespierre, « témoin de ses premiers essais politiques , » pour lui expliquer toute sa conduite et le prier d’intercéder en sa faveur auprès des comités : « Ma confiance en vous me porte à vous adresser mes réclamations, et je pense que vous les accueillerez avec le sentiment de justice qui vous a toujours accompagné (1). » Maximilien parla-t-il en faveur de Lulier à quelques jurés de sa connais- ■* sance? C’est peu probable. Quoi qu’ait dit la calomnie, sans jamais rien prouver, il n’entrait point dans son caractère de chercher à influencer aucun des membres' du tribunal; nous avons rapporté un mot de Duplay qui donne la mesure de son extrême réserve à cet égard. Lulier fut acquitté parce qu’il n’y eut aucune charge sérieuse contre lui. Retenu en prison comme suspect, le malheureux s’ouvrit les veines dans son cachot.
On s’est livré, h propos du procès des dantonistes, à une foule de conjectures plus ou moins invraisemblables. Ce fut un procès politique, c’est évident, mais ce ne fut pas un procès entre Robespierre et Danton, comme on l’a audacieusement prétendu. Les dantonistes n’avaient jamais attaqué Robespierre personnellement, et celui-ci n’avait pas à se venger d’eux. Les paroles suivantes, prêtées après coup à certains jurés, paroles prononcées peut-être par quelques-uns d’entre eux : « 11 fallait choisir entre Robespierre et Danton, » ne méritent donc aucune espèce de confiance. Maximilien n’était pour rien dans l’affaire. Le procès des dantonistes fut un véritable coup de bascule, la revanche de celui des hébertistes. Danton et ses amis périrent victimes des applaudissements de la contre-révolution.
(I) Voy. celle letlre tlans les Papitrj inédilt, 1. !•', p. ÜO.
IIISTimtE IIE ROBESPIERRE
Il csl donc souveruinemciU absurde de prétendre que la chute de la République date non du 9 Thermidor, mais du jour de l'immolation des dantonistes, et que cette néfaste journée plongea la France dans une voie rapide de réaction monarchique (1). Ce jour-lîi, au contraire , la contre-révolution, triomphante après le supplice des hébertistes, se sentit vaincue, et elle rentra sous terre pour n’en plus sortir, terrible et aflamée de vengeances, qu' après Thermidor. Avant comme après cette triste journée du 16 germinal, la bataille continua entre le nouveau régime et l'ancien, entre les partisans de la Révolution et ses ennemis de l'intérieur ou de l’extérieur, mais les vrais principes républicains ne bougèrent pas plus à la mort des dantonistes qu’à celle des Girondins : nulle altération jusqu’au lendemain du 9 Thermidor. Est-ce que jusqu’à cette dernière catastrophe la réaction, dans le sens technique du mot, gagna un pouce de terrain? Est-ce que la probité la plus stricte ne continua pas d’être à l’ordre du jour? Est-ce que les patriotes ne furent pas défendus, protégés, encouragés? Si grande qu’ait été la perte de Danton, elle ne laissa pas un vide irréparable dans la République. Danton n’était pas une des colonnes essentielles du temple. Robespierre tondie, au contraire : ah! le beau règne de la ju.siice et de la modération qui commence! Tout s’effondre, tout croule, tout disparaît de ce que l’on avait eu tant de peine à fonder. Adieu les principes de 1789! Adieu la constitution de 1793, où il sont affirmés dans leur plus sincère expression! Voici revenues les diverses catégories de citoyens; voici les passifs, c’est-à-dire les parias de la société. Pourquoi donc des droits à qui ne possède pas? Place aux acquéreurs de biens nationaux! Le peuple est relégué au dernier plan, pieds et mains liés. La bourgeoisie aristocratique, c’est-à-dire la bourgeoisie dans ce qu’elle a de plus hideux, jalouse, envieuse, insatiable de jouissances, corruptrice et corrompue, va inaugurer son règne cimenté de boue et de sang. Plus de République, plus de Révolution, plus rien. Maintenant prononcez entre Danton et Robespierre. Il n’est pas, que je sache, de meilleur critérium pour juger ces deux personnages au point de vue de la démocratie.
L’effet immédiat de la mort des dantonistes fut d’abordi comme nous venons de le dire, de réprimer les velléités de réaction .soule-
(1) llitloire de la nitolulio», parMichctel, l. Vit, p. an*.