LIVRE XI. — IL DÉFEND LE COMITÉ DE SALUT PUBLIC
Point de compromis avec les révoltés si l’on tenait à assurer dés ce moment et d’une manière définitive le triomphe de la liberté. En face d’insurrections naissant les unes des autres et tenant en suspens l’existence même de la République, fallait-il montrer de l’hésitation? Robe.spierre ne le, crut pas ; et ce fut bien pour cela que dans la séance du 9 juillet, le ministre de l’iiilérieur Garat ayant proposé à la Convention dé prolonger le délai de trois jours accordé aux administrateurs rebelles pour rentrer dans le devoir, il combattit cette proposition : a J’engage la Convention, » dit-il, « à persévérer dans les principes d’une juste sévérité ; il ne faut pas, après l’acceptation de l’acte constitutionnel, laisser subsister de nouveaux germes de division ; il faut étouffer la faction scélérate qui a si longtemps exposé La patrie ; sans cela elle renouerait bientôt ses trames et forcerait le peuple à de nouvelles convulsions. Nous triompherons des tyrans, nous triompherons des années qui nous environnent, mais pour cela il faut exaucer les voeux du peuplé et punir les traîtres (1). » L’Assemblée repoussa sans discussion la demande du ministre, et comme pour lui prouver combien peu elle partageait ses sentiments d’indulgence , elle prononça, sur une motion de Lacroix, la peine de mort contre les administrateurs rebelles qui vendraient des domaines nationaux (2).
Si Robespierre montrait contre les insurgés royalistes et girondins une .ôpreté de langage trop justifiée par leurs sinistres projets, quel empressement ne mettait-il pas à défendre les patriotes injustement attaqués! Chabot ayant très-vivement critiqué, dans la séance du 8 juillet aux Jacobins, le comité de Salut public, et témoigné le désir de voir la Convention le renouveler tout de suite, en ne conservant de ses anciens membres que Jean-Bon Sainir André, Couthon et Saint-Just, qui, dit-il, avaient fait leurs preuves,
(1) Vojr. le Journal det dibalt ei du dicrelt de la Conoenlim, naméro 395, p. 133. Gtm , dans ses Mémoires (p. iii de l'édit, de 1863) , rspporle ainsi les paroles de Robespierre ; « Vous n'arez que trop longtemps usé de clémence ; tous detez et tous Tonlez sauTer la République ; il faut laisser tomber la hache des lois sur les têtes criminelles. a Selon Garat, la ConTention était toute disposée h Toter ta proposition. Cela ne ressort en rien ni de la Tersion dn Moniteur, ni de celle du Journal des déliais et des décrets. Enfin, comme dans ces Mémoires de 1795, l’ancien ministre de la RéTolution s’attache, et pour cause, b assombrir le réle de Robespierre ; il prétend que Maiiinilien se lera en colère , et repoussa avec indignation sa demande. Mais cela est démenti par les premières paroles mêmes de Robespierre : e Réjouissons-nous de l'allégresse avec laquelle le peuple français accepte la constitution ; lirrons-nous ans transports sublimes que cet accord de la grande majorité du peuple français nous inspire ; mais loin de nous des idées de faiblesse au moment oh la liberté triomphe et où la République commence à s’asseoir... » (Montlenr du 11 juillet 1793.)
(3) Journal des débats et des décrets , nbi supra.
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et (loiil le patriotisme l't la prohiU’ étaieiil coiiiius de loate la France, Robespierre se leva pour détendn' d’oflice tout le comité. « (iliabot m'a paru trop exalté, » dil-il en ifiidaul justice il'ailbmi-s au patriotisme que respirait le di.scours de l’aucien capucin. .Sans doute, continuait Robespierre, tous les mendires de ce comité n’étaient pas également éclaiirs et vertueux; mais où trouver uiu^ perfection impossible? Il fallait .se garder de décourager des bommes dont on ne pouvait oublier les services rendus ù la chose publique et qu'on avait tort de déprécier aujourd'hui. « Oui, nous lui re|)roc,lierons des fautes, » ajoutait-il ; « est-ca- moi qui pencherai vers l'indulgence, moi qui crois qu’on n’a pas assez fait pour la patrie quand on n’a pas tout fait, moi qui crois que la liberté exige tous nos vo'ux, tous nos sacrilices, et que lu plus légère de ses faveurs nous dédommage amplement? Mais il y a une grande différence entre des erreurs qu’on peut reprochera un corps et un arrêt de ])ro.scription dont on veut l’envelopper. Oui il est ilans son sein des membres |uirs, irn'-prochables. En un mot, vu les grandes et importantes affaires dont il est chargé en ce moment, je soutiens <)u'il serait impolitique d’appeler la défaveur du peuple sur un comité chargé de grands intérêts et en qui réside le salut de l’État (1). » 11 n’en fallut pas davantage pour réduire à néant les critiques de Chabot. 11 est bon de remarquer que Robespierre était ici comjdétement désintéressé dans la question ; il n’appartenait pas encore au comité de Salut public, où il n’entra qu’il regret un peu plus tard, et ses amis Coulhon et Saint-Just étaient au uonibre des trois membres dont Chabot avait demandé la conservation. 11 fut donc guidé en cela, comme il l’était toujours quoi qu’en aient dit ses détracteurs, ))ar le seul amour de. la justice et de la patrie. Le surlendemain, la Convention décidait que le comité de Salut public ne serait plus composé que de neuf membres au lieu de quatorze dont il était présentement formé, et dans sa séance du .soir elle procédait au renouvellement mensuel de ce comité (2).
Vers la même époque Robe.spierre prenait éiuM'giquement la défense d’un officier cher aux patriotes, du commandant de la trentecinquième division de gendarmerie, de Ro.ssignol, incarcéré à Niort.
(1) Vo;. tes tertious combinées du Journal des débats et de la rorrespondance de la société des Jacobins, numéros 446 61447, et du Journal de la Uontagne, numéro 41.
(2) Reipstre des arrêtés et détibéralions du comité de Salut public. Archives 434 O 0 71. Des quatorze anciens membres du comité, sept furent renommés, savoir : Héraull-Séchelles , Conthon, Saint-Just, Gasparin, Barère, Robert Lindet et J.-B. Saint-André; sept en sortirent : Danton, Bertier, Lacroix, Delmas, Gu;ton-Horveau, Gambon et Ramet. Deux membres nouveaux v entrèrent. Prieur (de la Marne) et Tliuriot.