LIVRE XIV. — LE CHAPELIER ET ROBESPIERRE
avpu précieux échappé à Reubcll, alors que celui-ci était membre du Directoire : « Je n'ai jamais eu qu’un reproche à faire îi Robespierre, c’est d’avoir été trop doux IJ). » Mais le moyen de ne pas éprouver une violente indignation quand nous voyous un écrivain de celte valeur, exagérant encore un témoignage déjà indigne de toute espèce de foi, accuser Maximilien d’avoir, par la plus* noire des trahisons, causé la mort de son ancien collègue Le Chapelier. A celte assertion d’une impardonnable légèreté nous allons opposer... des iircuves.
l’ius d’une fois les enragés avaient réclamé en public le renvoi au tribunal révolutionnaire des anciens constituants ayant appartenu au comité de révision de la Constituante, et plus d’une fois Robes- [lierre avait imposé silence à ces sanguinaires énergumènes. Aussi Thouret, enfermé dans la prison du Luxembourg, avait-il rais tout son espoir en lui et assurait-il à ses compagnons de captivité que bientôt Robespierre les ferait mettre en liberté (2). Mais Thouret comptait sans le comité de SAreté générale et sans Fonquier-Tinville, qui ne tardèrent pas à les renvoyer, lui et Le Chapelier, devant le tribunal révolutionnaire, par lequel ils furent condamnés à mort le ;i floréal (22 avril 1794). Or, selon M. Michelet, le constituant Le Chapelier, « non innocent sans doute, » se tenait caché à Paris, et vers la fin de 1793, ne pouvant plus su|iporter sa réclusion, ses angoisses, aurait écrit h Robespierre pour lui indiquer l’endroit où il se tenait caché et le prier de le sauver. « Robespierre à l’instant, » ajoute M. Michelet, « envoya la lettre à l’autorité, qui le fit prendre, juger, guillotiner (3). » Un fait pareil serait atroce à coup sùr, mais ce qui est atroce aussi , c’est la supposition toute gratuite d’un
(t) Mimoiret *ur C.arnni, par son fils, l. Il, p 93.
Essais historiques... ^ par Beaulieu, l. V,p.288. Le témoignage du royaliste BeanliiMi ne saurait être suspect ici.
{8} flistoire de la Révolution^ par Michelet, t V, p. 87. Et suveï-rous quelle est l'autorité, la seule autorité de M. Michelet pour avancer un fait aussi grave? C'est un individu nommé F. Pillet, ancien commis dan» le» bureaux du comité de Salut public, ci qui, deronu plu» lard ultra- royaliste, écrivit , en quelques page» absurdes, une réfuia- I ou (le 17/û/oire des Girondins^ de M. de Lamartine, réfutation oü il a accumulé contre Kobespierre dès calomnie» plu» ineptes les unes qur le.» autres. Mais ce qu'il y a d'imj-ardonnab!e de la part de M. Michelet, c'est qu'il a trouvé moyen de surenchérir sur fa calomnie inventée par ce F. Pillet. Ainsi celui-ci prétend ip. 13) avoir eu rontiaissaace du fait p.:r un domestique « porteur du message confidentiel. » M. Mirhelet fuit passer la lettre par les mains de M. Pillet. Quant au mensonge du domestique sur Ih foi duquel le sieur Fabien Pillet a avancé une odieuse calomnie, voici qui tranche la question : au bas de la lettre éi;rite par Le Chapelier h Robespierre p'iu avant son niresialioii, il y a en posl-scriplum : « Celui qui vous remet cette lettre ignore que! en «'»l l’objet. ■
loi fait. El (l'abord, si une lettre semblable eût existé, les Thermidoriens se seraient empressés de la publier, c'est de toute évidence. Puis, d’ailleurs. Le Chapelier, qui avait eu avec Robespierre des relations d’amitié assez intimes, se cachait si peu à Paris vers la tin de 1793, qu’il lui écrivait le 26 pluviôse de l’an II, c’esl-à-diro 11 f(’‘vrier 1791, la lettre suivante :
« Mon ancien collègue et ami, je vous adresse un mémoire que je pré.sente au comité de Salut public; c’est avons que je l’adresse, parce que c'est vous qui avez le plus manifesté votre énergique haine contre les Anglais et qu’il me semble que, plus habile, vous sentirez plus que tout autre l’importance de ruiner cet affreux gouvernement. Continuez ; soyez le sénateur qui disait sans cesse ; Qiu’ Carthayc soit delruite. Vous fondez votre gloire bien avant; votr<! belle motion de discuter sans cesse les crimes du gouvernement anglais n’a jamais été assez connue ; aussi a-t-elle été, jusqu’à présent, bien mal exécutée. Voyez, mon ancien collègue, si la proposition que je fais peut être utile. J’abhorre ces Anglais; et leur ruine au profil de ma patrie serait un grand bonheur pour moi. Croyez , au surplus, que si je n’ai pas toujours été de votre avis, j’aime maintenant autant que vous la République. Elle est établie , tous les amis de la liberté doivent la soutenir. Vous sentirez qu’une prompte décision est nécessaire si vous acceptez mon offre et il n’y a pas un moment à perdre. Je vous salue (1). » On voit combien peu cela ressemble à une demande de protection quelconque.
A celte lettre était joint un mémoire de quatre pages rédigé poulie comité de Salut public, entre les mains duquel il fut ponctuellement remis par Robespierre. Bien que prévenu qu’un ordre d’arrestation avait été lancé contre lui. Le Chapelier demandait à être envoyé en Angleterre comme agent secret du comité, aliii d’étudier de près les machinations du gouvernement anglais et d’être à meme de fournir des renseignements utiles à la République. Il offrait de se rendre sur-le-champ à Paris pour conférer de sa proposition avec quelques-uns des membres du comité. « Je termine, » disait-il, « en vous exprimant le désir que vous finissiez promptement et glorieusement la grande entreprise que vous avez formée. Donnez la liberté au monde et, s’il est possible, une prompte paix à la France (2). » C’est bien certainement ce mémoire remis au comité par Maximilien qu'on aura vu dans les bureaux, et qu’une imagina-
(1) Celte lellrc, nun publiée pur les Theniiidoriens, a ëié reproduite dans les Vapiert inédiU, l. I*’’, p. 273.
(2) Voir égalenieul ce mémoire dans les f’apiers inidiU, t. l*-'**, p. 274. Le Chapelifr tut arrêté et enfermé aux MuiicloDotlies au commeucemeDl de ventôse en verni