LIVRE XIV. — LA DURETÉ DE ROBESPIERRE
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lion pervertie aura transformé en lettre de supplication à l’adresse de Robespierre. Celui-ci demeura complètement étranger à la mise en jugement de Le Chapelier et de Thourct, et la condamnation de ses anciens collègues lui causa une douleur cuisante, on doit le croire. Tenta-t-il quelques démarches pour les sauver? C’est possible; je n’en sais rien. Mais ce dont on peut répondre, c’est qu’elles eussent été vaines auprès du comité de Sûreté générale qui bientôt essayera de renvoyer devant le tribunal révolutionnaire un autre Constituant, l’ex-chartreux dom Gerle, en dépit et peut-être à cause d’un certificat de civisme que Robespierre lui avait fait délivrer.
Le nombre des personnes auxquelles Maximilien s’efforça de rendre service fut, nous le savons, très-considérable. Si au.ssi bien il fût sorti vainqueur de la lutte du 9 Thermidor, nous aurions vu se dérouler complaisamment la longue liste de ceux qui, ayant poussé vers lui un cri de douleur, ne l’avaient pas trouvé sourd à leurs voix. Comme de tous les membres du gouvernement révolutionnaire il était le plus en vue par son immense popularité, c’était à lui surtout qu’on envoyait les réclamations et les plaintes. « Persuadé que tu es patriote, je m’adresse à toi, citoyen, pointe faire le détail des maux qui m’accablent, moi et mes concitoyens (1). » Voilà un échantillon des milliers de lettres dont il était assailli. Si l’infûme Courtois n’avait pas détruit la plupart des pièces qui portaient témoignage en faveur de Robespierre, on eût été sans doute singulièrement surpris de rencontrer parmi les noms de ses glorificateurs et deses obligés ceux d’une foule de gens qui, après sa chute, l’ont accablé d’invectives. La reconnaissance oublie volontiers les vaincus. On se demande comment les lettres. Dieu merci assez significatives des Girondins arrachés par lui à la mort ont pu être préservées de la destruction. Le sauveur devint un monstre et un scélérat, ce fut une affaire convenue. Personne n’eût osé avouer qu’il avait été le meilleur et le plus obligeant des hommes. Lui était-on redevable do quelque important service, il fallait dire qu’on avait été persécuté par lui ou se taire , sous peine de passer pour un de ses agents et d’ôti-e poursuivi comme tel. On fut témoin
d*an mandat d'arrôt du comité de Sûreté générale, et non du comité de Salut {lubli. . Voyez le registre d'écrou de cette prison aux Archivei de la préfecture de police.
(1) Lettre inédite en date du 4 prairial, signée Giraux. (De la coileclion Beuchoi ) En léte de cette lettre on lit, de la main de Courtois : « Espionnage particulier. » Evt’U* tissez bêle!
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HISTOIRE DE ROIIESIMERRE
alors fies plus honteuses apostasies. C’est à ()oiiie si longtemps, longtemps après Thermidor, on osait révéler tout bas quelques traits particuliers attestant la bonté de son cœur.
Un jour, auxJacobins, il futabordé par un jeune homme quiTimplora en faveur d'un de ses parents arrêté depuis peu et peut-être à la veille de passer au tribunal révolutionnaire. Ces chefs du gouvernement républicain étaient abordables au premier venu. On le convainquit sans doute que ce délenu avait été victime de quelque vengeance pai'ticulière, car il prit sou affaire à cœur et panant à le faire relftcher (t). Un autrejour, un monsieur Laroche désirait avoir un passe-port pour la Suisse. C'était le frère d’un banquier chez lequel, au commencement de la Révolution, il s’était plusieurs fois trouvé îi dîneravec Robespierre, — sans doute un parent du chanoine qui avait servi de correspondant à Maximilien du temps où celui-ci était au collège. Dans un de ces dîners, où naturellement s'agitaient toutes les questions îi l’ordre du jour, Robespierre s’était élevé avec beaucoup de véhémence contre les capitalistes, les fermiers généraux et les agioteurs de tout genre, oubliant, avec sa distraction habituelle, qu'il était en ce moment même le commensal d’un banquier. Fort peu altacbé aux idées nouvelles, le frère de son hôte lui reprocha cet oubli en termes assez aigres pour obliger en quelque sorte Robespierre à quitter la maison. Plusieurs années après, ayant besoin d’un passe-port pour l'étranger à une époque où l’on risquait fort d’être considéré comme suspect en manifestant le dessein de sortir de France, il se décida îi aller frapper à la porte de Maximilien. N’ayant rencontré que le secrétaire de ce dernier, il lui dit l’objet de sa visite et lui raconta ce qui s’était passé jadis à la table de son frère, non sans laisser percer une certaine inquiétude de venir ainsi se rappeler lui-même au souvenir d’un homme qu’il avait assez, grièvement olTensé. Nicolas Duplay le rassura pleinement et mit son nom en tête de la liste des personnes qui sollicitaient un passe-port. En parcourant, le lendemain, cette liste au comité de Salut public, Robespierre réfléchit un instant, comme frappé par un souvenir. « Ab ! Laroche » dit-il, « pour celui-lù, ce ne sera jamais un cons])irateur ;» et il lui fit donner son passe-port (2).
1 Ce jeune lommc M. Pivolle, romiu depuis par des livres d'horticulture. Il :t coulé le fait M Thouvenel, ancien député^doqui le lient noire confrère, M. Vil- U lumé , qui lui-inôme a bien touIu me le iransmettre. VoTcr, du reste, VHùtoire de la iierolution, t. III, p. 281. éd Lacroix.
2) Ce fait a èié rapporté h M. Alfred Hédouin par une personne fon honorable. irèS'peu sympuibique aux hommes de la Kétolulion, et ft qni M. Laroche lui-même ravait raconté pour lui prouver que Robespierre pfi<. oprèv font, avsH m^rham
tin'on poutait U supposer.