LIVRE XIV. — IIU .SEXTIMEST RELIGIEDX CHEZ ROBESPIERRE SO
Tout en se préoccupant des moyens d'améliorer la condition physique des citoyens répandus sur la surface du territoire français, le comité songeait aussi à faire pénétrer dans leurs cœurs les vertus civiques, sans lesquelles il n’y a pas de république possible, et à rasséréner les ilmos désolées par les folies de l'hébertisme. Dés le il germinal (6 avril 179i), Couthon avait, en son nom, annoncé ii la Convention qu'un rapport lui .serait prochainement présenté sur un projet de fêtes décadaires. Tel fut en effet un des points principaux du rapport que, dans la séance du 18 floréal, Robespierre vint soumettre à l'Assemblée.
Nous avons déjà dit un mot du sentiment religieux chez Robespierre. Il n'appartenait pas à telle ou telle doctrine religicu.se , il n’en reconnaissait qu’une pour vraie , celle qui montrait à l’homme l’idée de Dieu. Mais cette notion de lu Divinité il ne la renfermait pas dans les limites du symbolisme : nous allons la lui entendre développer lui-même tout à l’heure en termes magnifiques. Un libelliste de la monarchie a raconté qu’aprés la fête à l'Être Suprême, M. deLa Saussure ayant complimenté Soulavie, notre résident à Genève, sur ce retour aux idées morales et religieuses, Soulavie aurait répondu : a Robespierre se f... de Dieu comme moi (1). » Soulavie était une sorte de moine défroqué, sans conscience et sans foi, et qui calomnia Robespierre tombé après s’être couché à plat ventre devant lui au temps où il était debout et respecté. Personne, au contraire, ne fut plus que Maximilien sincère dans sa foi. « Petite, » disait-il un jour à Élisabeth Duplay, qui manifestait devant lui une grande indifférence religieuse, « lu as tort, tu ne sais pas ce qu’il y a de consolations et d’espérances au fond de la croyance en Dieu (2). »
Chose à la fois singulière et triste, en voulant arracher à une sorte de néant la société prête à plonger dans le chaos, Robespierre s’est fait deux genres d’ennemis : d’abord les prêtres, qui ne lui pardonnèrent pas et ne lui pardonneront jamais d’avoir enseigné du haut de la tribune nationale qu’on pouvait se passer des simagrées et des hypocrisies auxquelles se trouve attaché tout leur pouvoir; ensuite les survivants de l’hébertisme, qui, suivant l’exem-
(1) Mémoires de Mallet-Dapnn, t. li»p. 99. (i] Maouscrit de Le Bas.
HISTOIRE UE ROBESPIERRE
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pie du girondin Guadn, l’accuseront bfitoment d’avoir voulu ramener le peuple sous le joug de la superstition. C’est plaisir d’entendre lïicole proudhonienne le poursuivre de ses sarcasmes et répéter à l'envi du maître cette grosse injure banale ; Imbécile meme de Catherine Thdol (1). Si quelque chose peut excuser l’irrespectueux auteur des Cuntradictiuns éennomiques, lequel de contradictions en contradictions serait peut-être arrivé à chanter Yhosanna en l'honneur des successeurs de saint Pierre, c’est certainement son ignorance extraordinaire des choses delà Révolution; mais n’est-ce point pitié de voir des démocrates français s’acharner à ternir la mémoire de celui qui pourrait dire avec son maître, Rousseau : « J’ai haï le despotisme en républicain et l’intolérance en théiste (2) . » Ah! certes, il n’y aurait point assez de ridicules à jeter sur Robespierre s’il avait eu la pensée saugrenue qu’on lui a prêtée quelquefois, de vouloir fonder une religion. Permis à un écrivain de nos jours de regretter qu’on n’ait pas extirpé tous les anciens cultes, toutes les vieilles religions (3), pour en édifier une toute nouvelle, arro.sée de larmes et trempée dans le sang. Robespierre, lui, avait trop de sagesse, trop de respect de la liberté de conscience, pour concevoir une idée aussi grotesque. Le sentiment auquel il obéit en rappelant les Français au souvenir de la Divinité fut surtout un sentiment politique.
Les orgies scandaleuses du culte de la déesse Raison , l’intolérance furieuse des prédicateurs de l’athéisme, avaient plongé le pays dans une véritable léthargie morale et suscité à la Révolution nn nombre prodigieux d’ennemis inconnus. Nombre de gens qui avaient applaudi à la destruction de la féodalité, au renversement de la monarchie, furent saisis d’indignation et de colère à la vue de leurs églises spoliées et de leurs dieux traînés aux égouts. Dans certains départements, ordre d’enfermer les ministres du culte qui se démettaient de leurs fonctions sans abdiquer formellement (4). Plus de baptême, plus de mariage îi l'église, plus d’extrême-onction, plus rien. Gomment les femmes n’eussent-elles pas maudit la Révolution’/ Les députés de l’Ain écrivaient à Robespierre : « Toutes les lettres, citoyen collègue, que nous recevons de notre département annoncent que les hébertistes continuent leui-s ravages; tu seras étonné des abus qui s’y sont commis et tu feras cesser le mal dès
(1) ProudhOD. De justice dans la Révolution et dans l’Eglise.
(2) LcUre à la comtesse de Boufflers. De Moliers-Travcrs, août 1702.
(3) Edgard Quinel. La Hécolution.
(4) Dans l’Ain nar eiempk. Voyez, à ce sujet, une note de Robespien’e, Ànhivet A E 11,37.
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