LIVRE XI. — ROSSIGNOL ET LE GÉNÉRAL BIRON
}>oup quelques propos contre le général Biron, par les ordres de Weslermann, fort suspect déjà à cause de sc.s relations d'intimité avec Duinouricz. Les ofliciers plébéiens élevés par l’élection popnlaire aux premiers grades de l'armée plaisaient pou en général aux officiers de bonne maison, que la Révolution, si disposée d’abord à se montrer accommodante, avait maintenus à la tète de nos armées. Biron avait paru se rallier sincèrement îi cette Révolution qui ne l’avait pas repoussé, et Robespierre, on s’en souvient peut-être, ii’avail pas hésité, un jour, à lui donner d’un mot un certificat de civisme. Mais l’arrestation d’un officier républicain, lestement ordonnée à cause de certaines paroles contre l’ancien duc de Lauzun, devait paraître infiniment suspecte aux patriotes. Aussitôt cette nouvelle reçue à la Convention, plusieurs membres deman- «lèrent le renvoi de l’affaire à l’examen du comité de Salut public. Robespierre, lui, réclama de toutes ses forces la mise en liberté immédiate de Rossignol. « C’est un acte arbitraire, » dit-il, « qui ne doit plus exister dès qu’il est connu (1). » Vivement appuyée par Jean-Bon Saint-André et par Tliuriol, cette proposition fut aussitôt convertie en décret.
Mais déjà Rossignol n’était plus en prison; rais en liberté par un des commissaires de la Convention, Goupillcau, il s’était empressé d’accourir à Paris pour se plaindre et demander justice. Son arrivée fut annoncée aux Jacobins par le docteur Souberbielle, un des plus chauds amis de Robespierre (2). Appelé, après s’être pleinement justifié, au commandement de l’armée de La Rochelle,' Rossignol trouva dans Bourdon (de l’Oise), lequel était fort lié avec Westermann et Biron, un persécuteur et un calomniateur acharné; et nous verrous bientôt , à propos des persécutions et des calomnies dont Rossignol fut l’objet de la part de Bourdon, éclater entre ce dernier et Robespierre des démêlés qui aboutirent plus tard à des déchirements profonds et à un éclat funeste.
Ce qu’il est impossible de contester, c’est qu’à l’heure sombre on nous sommes, en ce temps de divisions et de haines implacables fomentées par les Girondins , Robespierre s’épuisa en efforts pour établir la paix et riiarmoiiie entre les patriotes et em-
(1) Journal det débats et des décrets de la Convention, numéro 393, p. 118, séance (lu 9juillet 179.T.
(3) Journal des débats et de la correspondance de la sociélédes Jacobins, numéro LIT.
IIISTOIRK nE ROBESPIERRE
pôchor de nouvelles scissions d’écliiler parmi eux. Kl c’esl quand les faits lui auront démontré l'inutilité de ses eBbrts que, tout en combattant les royalistes déguisés sous le nom de modérés, il entrera résolument en lutte contre les révolutionnaires insensés dont les folies ou l(‘s crimes jiUteront la perturbation dans la République et en comproinetlront de nouveau rexislence. (Jiiant à présent, nous le voyons repousser les dénonciations vagues, les accusations irréfléchies prodiguées avec plus ou moins de bonne foi par des hommes d’un civisme quelquefois douteux. Hier, il se faisait d’oftice l’avocat de membres du comité de Salut public dont il était loin d’être Tarai : aujourd’hui, c’est le ministre de la marine, d’Albarade, c’est t Danton qu’il couvre de sa parole puissante.
D’Albarade avait, sur la recommandation spéciale du vieux tribun des Cordeliers, appelé au poste d’inspecteur du port de Toulon un citoyen nommé Peyron, ancien commandant des volontaires marseillais, contre lequel on avait articulé des faits assez graves dont on faisait remonter la responsabilité jusqu’au ministre et juscju’îi Danton. Ce n’était pas la première fois que celui-ci était l’objet d’une inculpation ; déjà on lui avait reproché d’avoir tenu une conduite un peu équivo(|ue dans les événements du 31 mai. Mais étaitil opportun de le dénoncer comme un ennemi de cette Révolution k laquelle il avait rendu tant de services? « Voudrait-on essayer <le nous le rmidre aussi suspecl?i>s’écriaRobespieiTe. « Serait-il permis à des malveillants de ruiner en un quart d’heure une confiance méritée k lanl de titres, et par le sacrifice de toute une vie k la cause de la liberté? » Plus d’une fois encore il viendra au secours de Danton. Comment donc, obsédé par Barère et par Billaud-Varenne, finira-t-il par croire lui-même k sa culpabilité et k l’abandonner un jour? C’est ce qu’expliqueront bien clairement les événements qui vont se dérouler sous les yeux de nos lecteurs.
Quant k d’Albarade, il ne le connaissait point. Seulement, depuis son entrée au ministère, il n’avait trouvé dans sa conduite rien de contraire au plus pur patriotisme. « Nous .a-t-il trompés? » demandaitil, « voilà ce qu’il faut examiner; mais c’est avec le calme de la réflexion, ce n’est point en nous emportant légèrement k des dénonciations vagues, et qui servent si bien nos ennemis... Je remarque un projet qu’on suit avec trop d’acharnement, celui de perdre dans l’esprit du peuple les patriotes les plus fermes et les plus vertueux. Certes, c’est là le chcf-d’ieuvre de la malice de nos ennemis, et il leur est permis d’espérer tout s’ils pai-viennent k nous ôter si aisément la confiance du peuple. » N’avait-on pas, poursuivait-il, calomnié également Bouchotte et Pachc pour quelques choix malheu-