‹ Histoire de Robespierre d'après des papiers de famille les sources originales et des documents entièrement inéditsChapitre 214 sur 354 · LIVRE XIV. — l'ex-juré pavax · texte numérisé non relu

LIVRE XIV. — l'ex-juré pavax

qui console l'humanité souffrante (1). d Le conseil général de la commune de Paris, ayant le maire à sa tête, vint aussi , à la barre de l’Assemblée, applaudir « aux vérités sublimes et éternelles développées dans le rapport de Robespierre, » et remercier la Convention du décret rendu par elle k la suite de ce rapport (2).

Un grave changements’était dès lors opéré au sein delà corainune. Déjà, dès le 8 germinal (28 mars 1791), Payan, ex-juré au tribunal révolutionnaire, avait, sous le nom d'agent national, remplacé Ghaumette comme procureur de la commune de Paris (3). Payan voyait souvent Rarère et Maximilien (1), mais il faisait bien plus de cas du second, auquel le rattachait une étroite communauté d'idées et de sentiments. Robespierre estimait Payan un homme énergique et probe, capable des fonctions les plus importantes (3); et il ne se trompait pas, comme on le verra. C’était ce Payan qui disait avec tant de raison ; « Les représentans du peuple peuvent produire les plus grands biens ou les plus grands maux... Combien en est-il qui ignorent les vrais moyens de conduire le peuple, et savent le tourner en ridicule ou faire des mascarades avec les vêtements de prêtres (6).» Le lendemain du 18 floréal il écrivait à Robespierre : « Je n’ai pu entendre hier sans attendris.sement plusieurs morceaux de votre rapport... C’est sans contredit le rapport le plus parfait qui ait été fait ; les idées en sont grandes, neuves et sublimes... Il va rallier à la même doctrine les patriotes des départemens incertains et divisés; il ne crée point une religion et des prêtres, mais prouve que les législateurs ne veulent point ravir au peuple le dogme consolant de l’existence de Dieu et de l’immortalité de l’âme (7). » Si l’influence de Robespierre fut pour quelque chose

(1) Séance de la ConTention du 37 floréal (16 mai 1794). Voj. le Moniteur du 39 floréal. H. Michelet, qui a écrit tout de travers cette partie de Thistoire de la Ré- ToluiioD, égaré par la fougue de son intolérance antireligieuse, prétend que rAssemblée, mécontente, avait porté Carnot à la présidence pour montrer sa désapprobation. (T. VH, p. 316.) Ceci est puéril, mais, dans tous les cas, Carnot aurait bien mal répondu à rattentede l’Assemblée.

(3) Séance du 3A floréal (14 mai 1794). Moniteur du 37 floréal.

(3) Arrêté du comité de Salut public signé : fiarère, Carnot, C -A. Prieur, Collot d’Herbois, Billaud-Yarenne, Couthon, Robespierre, Saint-Just, Robert LindeU Voyez, aux ArckiteSt 436 a a 73, le registre des délibérations et arrêtés 4u comité.

(4) Voyez, k ce sujet, uue lettre de Payan k sou frère, administrateur dudéparte* ment de la Drôme. Papiert inédite, t. II, p. 348.

(5) Notes de Robespierre sur divers patriotes, sous le numéro XXIX, b la suite du rapport de Courtois, et Papiers inédite, i. Il, p. 7.

(6) Lettre de Payan en date du 6 nivôse : Au citoyen Papiers inédits, t. Il,

(7) Lettre de Payan a Robespierre. Papiers inidils, i. II, p. 353.

dans la nomination de Payan au poste d'agent national, ce fut assurément une influence heureuse, car on ne pouvait faire un meilleur choix. Un tel homme était digue de mourir avec Robespierre.

A.ssez fortement compromis dans l'échauffourée hébertiste, Pache avait dû très-probablement à la protection de Maximilien, dont il était particulièrement estimé, de n'avoir pas été tout d'abord inquiété. Il avait même été maintenu dans sa place, de maire, mais il comptait parmi les membres des comités des ennemis redoutables, et le 2t floréal (10 mai 179-i) il fut arrêté par ordre des comités de Salut public et de Sûreté générale, malgré Robespierre, qui refusa de .signer le mandat d'arrestation (1). Il eut du reste pour remplaçant un homme jeune encore, d'un patriotisme éprouvé, l’architecte Fleuriot-Lescot, que la Convention nationale avait successivement appelé aux fonctions de substitut de l’accusateur public lors de l’établissement du tribunal révolutionnaire et à celles de membre de la commission des travaux publics (2). Ainsi réorganisée, la commune de Paris cessa d’être une sorte de gouvernement révolutionnaire à part , ayant ses procédés à lui et ses catégories de suspects particulières, ces fameuses catégories inventées par Chaumette. Elle ne fut jioint, comme on l’a dit, Ji la dévotion de Robespierre; seulement il y eut entre elle et le comité de Salut public beaucoup plus de cohésion. Si au 9 Thermidor elle prit parti pour Maximilien, ce fut parce que les patriotes intègres qui la composaient préférèrent se ranger du côté de la justice et du droit et embrasser la cause de la Révolution.

Quant à Robespierre, son discours sur les rapports des idées religieuses et morales avec les principes républicains lui donna un ascendant prodigieux sur les ftmes, mais un ascendant essentiellement moral. Un arrêté du comité de Salut public enjoignant aux agents nationaux de toutes les communes de France de faire lire publiquement pendant un mois, chaque décade, dans les édifices publics, le rapport et le décret du 18 floréal, acheva de le grandir dans l’opinion (3). Bientôt l'enthousiasme pour lui ne connut plus

(1) Arrêté signé : Dubarran, Élie Lacoste, Aniar, Louis (du Ras-I'.liin), Voullacd, r.illaud-Varennc, Carnot, Vadier, Jagot, Bnrére, M. Bajie, Collot d'Hcrbois.ArcAiCfJ, AF, II, 60.— Comme on est conrenu d'attribuer à Robespierre tous les actes de rigueur de la Révolution, le rédacteur de la biographie de Pache, dans la Biographie unirerselle, Michaud jeune, Ji'a pas manqué d'écrire que c’était llobespierrc qui avait fait arrêter Pache « sans l’envoyer au tribunal révolutionnaire. » « Ce qui, » ajoute le rédacteur de l'article, a était une véritable faveur. »

(âj U Le comité de Salut public arrête que le citoyen Fleuriot remplira provisoirement les fonctions de maire de Paris, vacantes par l'arrestation de Pache. 11 prendra ces fonctions sur le-champ, et habitera la maison, de la mairie. Signé pour extrait : Collot d'Hcrbois, Burère, Carnot, Billaud-Varenne. o

(31 Arrêté du 2l> floréal signé ; Barére, Billaud-Varenne, Robespierre, Robert Lindet.

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