LIVRE XIV. — U»E LETTRE DE LA SCBL'R UE MIRABEAU 5S
peu qui reste de la liberté des cultes (1). Ne sont-elles pas' propres à faire pénétrer la conviction dans les coeurs les plus incrédules, ces lignes suivantes d’un citoyen nommé Vaquier : « L'inappréciable réputation que vous vous êtes faite, par vos actions et par vos écrits, d'cuncmi déclaré des tyrans et du despotisme..., d'homme éminemment sensible , humain et bienfaisant, réputation sur laquelle vos ennemis même n’élèvent pas le plus petit doute, m’encourage à vous demander un moment d’entretien particulier pour vous fournir une occasion d'exercer un acte de charité (2). » Est-ce que toutes ces lettres ne démontrent pas péremptoirement que, de tous les hommes de la Révolution, Robespierre était le plus haut placé dans l’estime et dans l’admiration de la F rance ? Croyez donc, après cela, au mensonge therniido-royaliste, remis en faveur par un écrivain de nos jours (3), à savoir que Maximilien était regardé par ses contemporains comme la pierre angulaire du système de la Terreur. Il suffit d’avoir étudié la Révolution autre part que dans les libelles et dans les Mémoires intéressés de certains personnages de l’époque pour se convaincre que c'est là une misérable calomnie.
Non, ce n’était point à un fanatique de la Terreur que la soeur de Mirabeau, récemment secourue par la Convention, écrivait les lignes suivantes en le priant d’appuyer une proposition adressée par elle au comité de Salut public d’enseigner gratis aux enfants le catéchisme de la nature présenté à la Convention : « Cher Robespierre, ne crois pas que l’intérêt me domine jamais... J’aurai des vertus en suivant tes conseils et tes exemples, et, loin de toi, peutêtre un autre air que le sol que tu habites me perdrait. Non, ferme et invariable, tu es un aigle qui plane dans les deux; ton esprit, ton cœur, sont séduisants; l’amour du bien est ton cri d’armes; le mien est que tu vives longtemps pour le bonheur d’une Convention que j’aime (4). » Un événement tout à fait inattendu vint encore le rehausser dans l’opinion publique et accroître l’intérêt qui s’attachait à lui.
Le 4 prairial (23 mai 1794), vers une heure du matin, un coup de feu fut tiré sur Collot d’Hcrbois, au moment où il rentrait chez lui,
(1) Cette lettre figure sou* le numéro XXII k le enite du repport de CourtoU.
(2) Cette leure est adressée k Robespierre, simple periiculter aters ; elle est du S février 1792. Numéro XI k la suite du rapport de Courtois.
(3) Edgar Quinel, La Rivolution.
(4) Voyez cette lettre dans \a papiers iaidits, t. II, p. 163.
HISTOIRE IIE ROUESPIERRE
et le blessa légèrement. L'auteur de cette tentative d'assassinat était un individu nomme Ladmiral, ancien employé à la loterie royale comme garçon de bureau, et que la perte de sa place avait animé d’une haine sourde et profonde contre la République. Depuis trois mois il. logeait rue Favart, près du théâtre de ce nom, dans une maison habitée par Collot d’Herbois. Ce n’était cependant pas ce dernier représentant qu'il avait tout d’abord projeté d'assassiner. La veille , en effet, il était sorti de chez lui sur les huit heures du matin et était allé par les boulevards jusqu’à la rue Saint-Honoré. Il s'était adressé à une fruitière pour savoir où demeurait Robespierre, qu’il avait l'intention de frapper. On lui avait indiqué la maison, et il était alors entré dans la cour de Duplay; mais un volontaire avec le bras en écharpe et une citoyenne lui avaient déclaré que Maximilien étant occupé il était inutile de chercher à le voir. Il s'était retiré et avait été déjeuner sur la terrasse des Feuillants, d’où il s'était rendu à la séance de la Convention (1). En sortant de l'Assemblée, où il s'était endormi à la lecture d’un rapport peu intéressant, il était allé se poster dans une des galeries conduisant au comité de Salut public afin d'y attendre sa victime. Robespierre n’ayant point paru, il s'était retiré, avait ensuite erré de café en café jusqu'à onze heures du soir, heure à laquelle il avait regagné sou logis avec le dessein de s’en prendre à Collot d’Herbois. Ce misérable , qui depuis longtemps vivait largement sans rien faire , affichant les dehors d’un patriotisme exagéré, était-il l'instrument salarié de la contre-révolution ? C’est chose assez probable. Toutefois il resta muet sur ses complices, et emporta son secret dans la tombe.
Barèrc, en prenant la parole au nom du comité de Salut public, dans la séance du 4 prairial, pour donner à la Convention des détails sur l’événement de la nuit, ne manqua pas de rattacher cette tentative d’assassinat aux manoeuvres de l’étranger. A ce sujet, il lut un extrait curieux d’une lettre adressée au commissaire des relations extérieures par un de nos agents en Hollande, lettre où l’on insistait beaucoup sur la nécessité d’employer toute la vigilance possible pour prévenir les complots dirigés de Londres conti-e les membres
(i) Interrogatoire de Ladmiral par le président du tribunal rétoluiionnaire, dans te Honiieur du 5 prairial {ti mai 1794J, Je lis dans le manuscrit de Le Bas qu'un jour un individu de forte taille était venu demander Robespierre et avait insisté beaucoup pour lui parler, mais que la mine de cet homme et son allure ayant paru suspectes, on avait pensé tout de suite qu'il venait dans de mauvaises intentions, et qu'on avait refusé de riutroduire auprès de Maximilien. Je suppose qu’il s’agit ici ilc Ladmiral.