‹ Histoire de Robespierre d'après des papiers de famille les sources originales et des documents entièrement inéditsChapitre 217 sur 354 · LIVRE XIV. — CÉCILE RENAILO · texte numérisé non relu

LIVRE XIV. — CÉCILE RENAILO

du comité de Salut public, et particulièrement contre Robespierre, qui, de tous les membres du comité se trouvant le plus en vue par sa popularité, devait être nécessairement le point de mire de toutes les attaques. Et comme preuve de ce qu’il avançait , le correspondant du comité citait le passage suivant d’une lettre d’un des agents de Pitt, agent avec lequel il était entré en relations : « Nous craignons beaucoup l’iniluence de Robespierre. Plus le gouvernement français républicain sera concentré, dit le ministre, plus il aura de force, et plus il sera difficile de le renverser (1). » Ah! combien avait raison le ministre anglais! On a généralement cru voir dans cette citation une petite malice de la part de Barère à l’égard de Maximilien, c’est une erreur. Il n'y avait point encore de désunion sensible entre les membres du comité, et si peu de confiance que j’aie dans le caractère équivoque de Barère, je puis répondre qu’il agit ici dans la sincérité de son cœur. Le Moniteur et le Bulletin de la Convention nationale ayant imprimé la note lue par lui comme si elle était une partie intégrante de son discours, il vint réclamer lui-méme le surlendemain avec beaucoup de vivacité contre les interprétations dangereuses auxquelles serait de nature k donner lieu la rédaction erronée de ces deux journaux. « On pourrait en induire que la Convention n’existe plus, n’est plus rien ; que les armées ne se battent plus que pour un seul homme à qui nous devons plus de justice. Cet homme est pur, et c'est parce que le gouvernement britannique sait bien qu'il veut l'établissement de la République, qu'il le craint, et qu’il déchaîne contre lui tous ses agents (2). » Les ennemis de Robespierre n’allaient pas tarder à tirer un merveilleux parti de ces dispositions des cours de l'Europe à tout ramener à lui , précisément parce qu’elles le considéraient, non sans raison, comme le plus fort pilier de la Révolution ; mais il ne faut pas faire d’avance de Barère le complice des Fouché, des Tallien et des Rovère.

L’émotion produite dans Paris par l’attentat de Ladmiral était à peine calmée, que Maximilien se trouvait encore l’objet d’une sorte de tentative d’assassinat. « On dit, » s’écria Taillefer à la séance du .3 prairial, « qu’une nouvelle Corday a voulu attenter aux jours de Robespierre. » Voici ce qui était arrivé. La veille au soir, sur les neuf heures, une jeune personne d’une vingtaine d’années, nommée Cécile Renault, fille d’un papetier de la rue de la Lanterne, dans la Cité, s’était présentée au domicile des Duplay, et avait instamment

(1) Jounal det (Mais et det diertU de la Contention, numéro 611. (i) Moniteur du 7 prurial (S4 mai 1794).

demandé à parler à Robespierre. Comme on lui avait répondu qu’il n’était point cher, lui, elle avait témoigné beaucoup d’humeur et s’était emportée en invectives. Elle s’était écriée, d’un ton fort insolent, qu’il était bien extraordinaire qu’il ne fût point dans son appaDtement, étant fonctionnaire public et fait pour répondre à tous ceux qui avaient besoin de lui parler. L’étrange langage , l’attitude exaltée de cette jeune fille ayant éveillé les soupçons des personnes présentes, on l’avait arrêtée, et l’on avait trouvé sur elle deux couteaux (1 ). Dans l’instruction, elle s’exprima avec une grande fermeté. Interrogée sur les motifs qui l’avaient déterminée à se rendre chez Robespierre, elle répondit qu’elle avait été chez lui pour voir comment était fait un tyran , et qu’elle aimait mieu x un roi que cinquante mille despotes (2) . Cette réponse, si conforme à ce que répétaient sur tous les tons les ennemis de laRévolution, indiquaitsuftisamment quels étaient les sentiments de la jeune fille ; elle fut menée en prison, d’où elle sortira, sur un rapport d’Élie Lacoste, pour paraître devant le tribunal révolutionnaire.

Les amis de Maximilien avaient dès longtemps prévu qu’un jour ou l’autre on chercherait à frapper la République en sa personne. O Les craintes dont tu m’as si souvent entretenu n’étoient que trop fondées, » écrivait à Saint-Just son collègue Le Bas, qui arriva à Paris dans la soirée du 6 prairial. Le comité de Salut public crut ù un vaste complot. Les rassemblements pour les denrées étaient devenus plus nombreux et plus turbulents que jamais, et cela sans raison, l’abondance étant depuis longtemps revenue. Cette coïncidence avec la double tentative d’assassinat dirigée contre deux de ses membres parut au comité l’indice d’un soulèvement aristocratique prêt à éclater. En conséquence, le 6 prairial, il manda à Saint-Just, alors en mission dans le Nord ; « La liberté est exposée à de nouveaux dangers... Le comité a besoin de réunir les lumières et l’énergie de tous ses membres. Calcule si l’armée du Nord que tu as puissamment contribué à mettre sur le chemin de la victoire, peut se passer quelques jours de ta présence (3). » Saint-Just accourut; il était le 10 ù Paris. Il y resta en tout huit jours; mais les craintes du comité ne s’étant point

(1) RioufTe & prétendu, avec sa bonne foi ordinaire, qu'elle n'avait point sur elle la moindre arme ofTensive. Voj. ses Ifémoîrei, p. 74.

(2) Voyez l'interrogatoire de Cécile Renault dans le Moniteur du 10 prairial (Î9 mai 179*}.

(3) Cette lettre est de la main de Robespierre, qui, par inadvertance, l'a signée deux fois. Ont sigué avec lui : Barère, C.-A. Prieur, Biilaud-Varenne et Carnot. — Dans sa Réponee à Lecoinlre, œuvre de mensonge et de perfidie qui est une tache sur sa mémoire, Billaud prétend que Saint-Just arriva tnoptndmenf pour dresser l’acte d'accusation d'un certain nombre de membres de la Convention. Voj. p. 29.

Page 1