‹ Histoire de Robespierre d'après des papiers de famille les sources originales et des documents entièrement inéditsChapitre 218 sur 354 · LIVRE XIV. — TÉMOIGNAGES D'iROLATRIE · texte numérisé non relu

LIVRE XIV. — TÉMOIGNAGES D'iROLATRIE

réalisées, il repartit le 19 pour l’armée, où la gravité des événements rendait sa présence indispensable (1).

Quand on lit aujourd'hui les témoignages d'idolâtrie prodigués â Robespierre à l’occasion des tentatives heureusement avortées de Ladmiral et de Cécile Renault, on est stupéfait de penser qu’il fallut si peu de temps pour couvrir d’opprobre et d’ignominie un nom si glorieux et si éclatant, objet de tant de sympathies et d’intérêt, et l'on s’écrie douloureusement avec le poète :

Comment en un plomb vil l*or pur s*esl-il changé ?

Députations des sociétés populaires se succédant à la Convention nationale, démarche du conseil général de la commune de Paris venant jurer de redoubler de vigilance pour sauvegarder la vie des représentants du peuple (2), adresses des départements, lettres touchantes où l’on remerciait l'Être suprême d’avoir veillé sur ses jours, rien ne manqua li son ovation. Ici c’est le citoyen Lespomarède, président de la société populaire de Strasbourg, qui, ù une séance extraordinaire de la société, rend grâces à Dieu d’avoir sauvé Robespierre, « le faisceau de toutes les vertus (3) ; » là ce sont les acteurs de l’ancien théâtre de la Montansier qui complimentent Maximilien en ces termes : « Permets que des artistes toujours reconnaissans des importans services que tu rends à notre mère commune, la patrie, te fassent part de l’atfreuse tristesse qu'ils ont éprouvée à la première nouvelle de ton assassinat... Accepte ce faible tribut de notre reconnaissance, et sois assuré qu’il n’en est pas un de nous qui ne voulût te servir d'égide si le moindre danger semblait te me-

(1) Nous garantissons comme rigoureusement esacies les dates que nous donnons ici. (4rcÂmi, À F, Il , 23.) « Le comité de Salut public arrête que leur collègue Saint-Just se rendra sans délai aux frontières du Nord et de l’Kst pour surveiller les armées de la République depuis la mer jusqu'au Rhin, et tenir la main è l’exécution des décrets de la Convention nationale et des arrêtés du comité de Salut public. » Arrêté en date du 18 prairial et signé : Barëre, Carnot, C.-A. Prieur, CoUot d'Uerbois, Robespierre, billaud-Varenne, Saint-Just, Robert Lindet. (drefttoes.) ~ M. Michelet fait arriver Saiot-Just le 8 prairial et, avec sa légèreté ordinaire, il lui fait tenir ce petit discours au Comité: e Nous périssons, c'est fait de nous si nons n'avons un dictateur.» (T. VII, p. 321.) II suffisait d’étudier d’un peu près aux sources vraies l’histoire de Sa Révolution pour ne pas être dupe de ce mensonge thermidorien, contre lequel prolestent tous les actes et toutes les paroles de Saint-Just; mais il semble que M. Michelet n’a voulu connaître les choses de ce temps que d’après les pamphlets dirigés couire Robespierre.

(2) Voj. notamment, au sujet de ces députations, démarches et adresses, le Sloniteur des 8, 9, 18 et 30 prairial an 11 (27 et 28 mai, 3 et 18 juin 1794).

(3) Voy. un extrait du discours de Lespomarède dans les Papiert inédits, t. Il, p. 127, et k 1a suite du rapport de Courtois sous le numéro WI.

nacer encore... (1) » Garran de Coulon, de son cdlé, écrivait à son ami Carnot du fond des Pyrénées-Orientales, où il était en mission ; « Les dangers que viennent de courir Gollot d'Herbois et Robespierre ont affecté les bons républicains de cette contrée ; tous m’eu sont venus témoigner leur douleur et leur indignation. Comment! vouloir assassiner nos meilleurs défenseurs!... Nous les vengerons! se sontils écriés avec le sentiment d’une juste fureur... Embrasse pour moi tes deux aimables collègues.. (2). » Preuve assez manifeste que Robespierre n’avait point l’aspect renfrogné sous lequel l’ontpeint ceux qui l’ont assassiné.

Mais où l’enthousiasme dépassa toutes les bornes, ce fut aux Jacobins, dans la séance du 6 prairial (25 mars 1794). L’entrée de .Maximilien, comme celle de Collot d’Herbois qui partagea avec lui les honneurs de cette séance, y fut saluée par de frénétiques applaudissements, et sur la motion de Bentabole, l’accolade fraternelle fut donnée ù Robespierre par le président. — C’était Voulland, un de scs futurs prescripteurs. — Legendre se précipita à la tribune, et s’écria ; « La main du crime s'est levée pour frapper la vertu, mais le Dieu de la nature n’a pas souffert que le crime fût couronné. » Puis, il invita les patriotes ù redoubler de surveillance et à ne point laisser aller seuls des représentants dont l’existence était si utile à la République.

Cette idée de donner une garde aux députés de la nation, favorablement accueillie par un grand nombre de membres, fut vivement combattue par Dumas et par Couthon. Jamais des représentants du peuple ne le souffriront, eût-elle le nom de garde cC amitié, dit le premier ; et Couthon ; « J’aime à croire que cette proposition est partie d’une intention pure, mais je dirai qu’il n’y a que les despotes qui veulent avoir des gardes, et que nous ne sommes pas faits pour leur être assimilés. » Couthon savait bien tout le parti que la malveillance aurait pu tirer de la singulière idée du boucher Legendre, et il eut raison de protester contre une motion au moins imprudente, si elle n’était pas le résultat d’un calcul perfide. Quel

(1) Lettre non insérée par Coartois. Voyez-la dans les Papiers inidiU., 1. 1, p. 3:24. Eu marge est écrit, de la main du républicain Courtois : Flalleurt,

(2) Cette lettre avait dû être communiquée par Carnot à Robespierre, dans les papiers duquel elle fot trouvée. Voyet-la dans les Papiers inédite^ t. III, p. 170. .4près la chute de Robespierre, Garran de Coulon fit cause commune avec les adversaires de Maximilien. Nommé sénateur par Bonaparte, il accepta avec soumission, de la munilicence impériale, la sénaiorerie de Riom et le titre de comte.

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