LIVRE XI. — n'AI.RARAnE ET «ANTON SOIITENÜS PAR I.L'I
roux? Et cppondant n'ptaipnt-cc point deux vrais répulilicains, deux fermes soutiens de la liberté, deux fidèles enfants de la patrie, et n'étaienl-ils pas les premiers ît gémir d’étre exposés è tomber dans de pareilles erreurs? Il engageait en conséquence les dénonciateurs à se montrer plus circonspects, car, ajoutait-il en terminant; « suffit-il de dire : un tel est coupable, je l’accuse?... Exempterons-nous toujours de preuves l’homme qui a une dénonciation Ji faire? Je voudrais que la société dos Jacobins sentît enfin combien il est ridicule, combien il est mortel pour la chose publique de divaguer perpétuellement d’objets en objets. Je voudrais qu’elle restreignît beaucoup les sujets qu’on doit traiter à ses séances, et qu’elle adoptét enfin un ordre du jour capable de leur rendre ce caractère de grandeur qui distingue cette .société (1). »
C’étaient là, certes, de belles et bonnes paroles, et bien du mal eût été évité si les sages conseils de Robespierre avaient été suivis. Maintenant, comme le disait Bentabole, il n’était pas toujours possible de fournir des preuves matérielles de la trahison. Peut-être même, à son avis, ne devait-on pas trop se plaindre des dénonciations dont retentissait le club; car la société des Jacobins, c’était l’œil de la République constamment ouvert sur les machinations des ennemis de la Révolution; et où en serait la liberté sans la surveillance perpétuelle exercée par ses défenseurs? Danton parut abonder dans ce sens quand, le surlendemain, ayant pris la parole jiour donner des explications, il déclara qu’il aurait voulu qu’on eût attaché des espions aux pas de l’individu recommandé par lui. La vraie, la seule politique à ses yeux, était de livrer les employés à l’espionnage les uns des autres (2). Triste politique qu’il eût certainement réprouvée lui-même s’il ne se fût pas trouvé dans une situation a.sse?. embarrassée, et qui ferait d’un pays tout entier le domaine de la police. Quelle suprême injustice de la part de ces écrivains qui, systématiquement, présenUmt Robespierre comme encourageant les délations ! Lorsque, remplissant un devoir douloureux, il dénonçait tel ou tel général, il avait dns raisons puissantes, et nous verrons combien légitimes, la plupart du temps, étaient ses griefs; mais la vraie politique à ses yeux n’était pas de fonder un gouvernement sur l’espionnage. Il est même à croire qu’à sa voix on fût entré plus tôt dans une période d’apaisement , si des événements imprévus et formidables ne fussent pas venus déjouer tous ses calculs de modération, ,et si chacun, .se sentant menacé, n’eût pas dans son for intérieur répété
(1) Journal des débak et de la correspondance de la iOciéU des Jacobins, numéro <48, léance du 10 juillet 1793.
(S) séance du 12
HISTOIRE HE ROBESPIERRE
l(“ mol de Marcel : Mieoii vaut occire ([u’etre occis. Le lendeuiaiii iiu'nie du jour où Robesiiierre invitait ses concitoyens à plus de circonspection, dans la soirée, nue nouvelle sinistre se répandait dans Paris et déchaînait dans les cœurs des fureurs inconnues : Marat, l'Ami du peuple, venait d’être assassiné, traîtreusement frappé dans sa baignoire par la main d’une jeune tille fanatiique.
Qui avait inspiré Charlotte Corday? Certes, il serait injuste d'accifser les Girondins d’avoir îi dessein armé son bras; mais il est impossible denier que leurs déclamations violentes contre leurs adversaires n’aient perverti son imagination. Pins il’nne fois leurs journaux avaient assez clairement désigné Marat, Danton et Robespierre aux poignards des assassins; cefut précisément, on s’en souvient, un des graves reproches adressés par Maximilien à Louvet. Singulière coïncidence! trois jours avant le meurtre de l’Ami du peuple, on avait donné lecture, îi l’assemblée de la commune, d’une lettre adressée de Paris à un citoyen de Strasbourg, lettre où jl était dit : « D’ici au ir> juillet nous danserons. Je désire qil’il n’y ait pas d’autre sang répandu que celui des Danton, Robespierre, Marat et compagnie... Vive Wimpfen ! Vivent les Normands, Bretons, Mai-seillais, Lyonnais, et tous les autres républicains... (1) »
Charlotte Corday, comme les Girondins, crut qu’il suftirait d’un coup de couteau pour changer les destinées de la France et remettre de nouveau le pouvoir entre les mains incertaines de ces hommes qui n’avaient su que troubler le pays, compromettre l’existence même de la République, et qui, vaincus dans cette Convention transformée jiar eux en arène, ajoutaient ù leurs fautes l’irréparable crini(“ d’en appeler ù la guerre civile. (Jnelle lamentable erreur! Ah! jeune tille ù la mémoire sanglante, si tu avais deviné les résultats de la noire action, si tu avais pu prévoir qu’en tuant ce représentani du peiqile qui, vivant, n’avait en définitive sur ses collègues qu’une très-médiocre influence, et qui, consumé par une fièvre mortelle, n’aurait pas tardé ù s’éteindre naturellement, lu ne fer.ais qu’ouvrir l’ère des vengeances implacables et précipiter la mort de tes coupables amis, tu aurais reculé d’épouvante devant ton forfait, et l’arnie le serait tombée des mains! La réaction transforme aisément en crime tout ce qui est contraire à ses, vues et ja froisse dans ses
(1) Registre des délibérations do ta commune, Archivu de la Ville.