‹ Histoire de Robespierre d'après des papiers de famille les sources originales et des documents entièrement inéditsChapitre 220 sur 354 · LIVRE XIV. — H.VPPOKT DE IIARÉKK S · texte numérisé non relu

LIVRE XIV. — H.VPPOKT DE IIARÉKK S

Le lendemain 7 prairial [26 mai i794), ce fut le tour de Barèrc de venir rendre compte à la Convention de la tentative d'assassinat commise contre Maximilien, et cette tentative, il l’attribua aux manœuvres de l’étranger. Les journaux anglais ne prophétisaient-ils pas quelques jours auparavant la fin de Robespierre? Barère signala de nouveau la perfidie avec laquelle les agents de la contrerévolution s’attachaient à présenter ce membre du comité de Salut public comme le souverain maître des destinées de la France, et à faire remonter à lui la reponsabilité de tous les actes de la Convention et de ses comités. 11 lut plusieurs extraits du Coiurier de l'Europe, journal britannique, rédigé en français et payé par le cabinet de Londres, où il n’était question que des soldats de Robespierre. On disait en Angleterre : Robespierre a fait ordonner, ou les soldats de Robespierre ont pris telle place, comme si le gouvernement était dans un seul homme ; et cette formule, renouvelée des Brissot et des Louvet, était répétée en France par tous les agents de la contre-révolution. C’était une manière de discréditer à la fois la Convention nationale, le comité de Salut public, et d’ôter la confiance du peuple, confiance si bien méritée, ajoutait Barère, au représentant qu’à deux reprises on avait tenté de faire assassiner. Et Barère était de bonne foi en s’exprimant ainsi, je le maintiens ; il ne faut pas antidater ses lâchetés. Nul souffle n’ébranlait encore la prodigieuse popularité de Maximilien; nous étions au 7 prairial, c’est à peine si dans les têtes de quelques hommes perdus de crimes commençait à germer le projet de renverser celui qui voulait asseoir la République sur les bases de la morale et du droit. Robespierre, en un

qu'un historien gnve comme M. Villiaumé ait pu s’en rapporter ici k un misérable trafiquant d’anecdotes éditées pour le plus grand plaisir des ennemis de la Révoluiion. Les accusations dirigées contre Rousseliu étaient mal fondées sans doute, puist|u*il fut acquitté par le tribunal révolutionnaire, ainsi qu’une quinzaine d'habitants de Troyea prévenus, comme lui, d’excès révolutionnaires. Toutefois, afin de déchaîner rumplétement la mémoire de Robespierre de la responsabilité des vexations dont Housselin aurait été victime , nous sommes bien forcé de rappeler que longtemps après Thermidor, le ISpluviAse de l'an 111 (3 février 1795), la Convention retentit encore d’une dénonqlation contre Rousselin, dénonciation dans laquelle les membres de la société populaire de Troyes reprochaient k ce dernier sa rnirnon dévatiairice. Et h l'appui de cette dénoDciatiou, on citait l'ordre suivant, donné par Rousselin : « Le citoyen Nevestre, acensateur public, voudra bien sur-le-champ faire dresser une guillotine sur la place ci-devant Saint-Pierre, dite de la Liberté, et me dénoncer aussiiAt, et k son iiibanal criminel provisoirement, le premier chef d’attroupements fanatiques, sous prétexte de subsistances et autres eboses,, pour être sur-le-cbamp jugé prévotalemcnt en premier et dernier ressort. 28 brumaire. » (Voy. le Moniteur du 18 pluviAse an III [6 février 1795].) On voit donc que si, en messidor de l’an H, Rousselin fut, k lortou a raison, poursuivi par le comité de Salut public, eans la participation de Robespierre, ce fut coimiie i<ltru-ierrorisie et non point comme orléaniste et indulgent.

mot, jouissaiteucore d’un crédit immense sur la Convention ; Barère, qui se rangeait toujours du parti du plus fort, n'avait donc aucun intérêt à se déclarer contre lui. D'ailleurs, s’il y avait eu perfidie dans les intentions de Barére, Maximilien n'aurait pas manqué de s’en apercevoir, et il se fût empressé de protester contre les insinuations de son collègue.

On connaît le, décret sauvage unanimement adopté par la Con- \ ention à la suite du long rapport où Barère imputait au gouvernement britannique tous les malheurs de la France ; « 11 ne sera fait aucun prisonnier anglais ou lianovrien. » A peine celte sombre, et farouche réponse de la France républicaine aux incessantes provocations de l’Angleterre venait-elle d’être proclamée que Robespierre parut à la tribune, accompagné des acclamations de ses collègues. Si jamais .sentiments désintéressés furent noblement exprimés, si jamais protestations éloquentes contre toute espèce de dictature tombèrent de la bouche d’un homme, ce fut à coup sûr ce jour-là. « Ce sera un beau sujet d’entretien pour la postérité, » dit en commençant Robespierre, « c’est déjà un spectacle digne de la terre et (lu ciel, de voir l’Assemblée des représentants dn peuple français placée sur un volcan inépuisable de conjurations, d’une main apporter aux pieds de l’ea-rnel Auteur des choses les hommages d’un grand peuple, de l’autre lancer la foudre sur les tyrans conjurés contre lui, fonder la première république du monde et rappeler parmi les mortels la liberté, la justice et la nature exilées. » A ce grave début les applaudissements les plus vifs retentirent. « Ils périront, » continua Robespierre, « tous les tyrans armés contre le peuple français; elles périront toutes les factions qui s’appuient sur leur puissance pour détruire notre liberté. Vousne ferez p.asla paix, mais vous la donnerez au monde et vous l’ôterez au crime. » Les ennemis de la Révolution avaient employé tous les moyens pour la vaincre, mais ils ne réussiraient pas, Robespierre en avait la certitude. Ils avaient espéré prendre le peuple par la famine, et l’abondance renaissait, et les subsistances étaient assurées; ils avaient formé le projet de dissoudre la Convention nationale au moyen de la trahison, de la révolte, de la corruption, cl la Convention s’était relevée triomphante sur la ruine des factions. « Ils ont, » continuait Maximilien, « essayé de dépraver la morale publique et d’éteindre les sentiments généreux dont .se compose l’amour de la liberté et de la patrie, en bannissant de la République le bon sens, la vertu et la Divinité. Nous avons proclamé la Divinité et l’immortalité de Tâme, nous avons commandé la vertu au nom de la République, il leur reste l’assassinat... Réjouissons-nous donc et rendons grâces au ciel.

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