‹ Histoire de Robespierre d'après des papiers de famille les sources originales et des documents entièrement inéditsChapitre 222 sur 354 · LIVRE XIV. — PRÉSIDENCE DE ROBESPIERRE S · texte numérisé non relu

LIVRE XIV. — PRÉSIDENCE DE ROBESPIERRE S

puns, les envieux, les méchants applaudirent eux-mêmes pour mieux dissimuler leur haine, laquelle d'ailleurs n'allait pas tarder à se manifester d'une façon sensible. Ce fut donc un triomphe sans mélange, le pins éclatant peut-être qu'ait jamais obtenu Maximilien. Mais déjà à l'horizon se formait un point noir, signe avant-coureur de l'effroyable ouragan qui devait l'emporter (1). Quatre jours avant celui où Robespierre déclarait si ouvertement la guerre aux quelques misérables dont la présence souillait la Convention , le comité de Salut public avait signé l'ordre d'arrestation de Thérézia Cabarrus, femme divorcée du ci-devant marquis de Fontenay, devenue la maîtresse de Tallien (2). Nous dirons tout à l'heure les motifs de cette arrestation qui ne contribua pas peu à la formation du point noir dont nous parlons.

Quoi qu'il en soit, nul ne pouvait apercevoir encore l'ouragan eu germe quand, dans la séance du 16 prairial au soir (4 juin 1794), Maximilien Robespierre fut, à l'unanimité, élu, pour la seconde fois, président de la Convention nationale. Il eut pour secrétaires Cambacérès, Michaud et Briez. « Aucun président, depuis la proclamation de la République, n'a été nommé à une pluralité aussi absolue, » lui écrivait Faure, député de la Seine-Inférieure, un des soixantetreize Girondins sauvés par lui. « Telle est la récompense de la venu ; c'est la seule qui convienne à ton désintéressement. Il est bien naturel que celui qui le premier a rappelé les Français au souvenir de la Divinité, qu'ils paraissoient perdre de vue, présidât à la fêle auguste qu'ils instituent pour cet objet sacré (3). » On touchait en effet au jour fixé pour la célébration de la fête consacrée à l'Être suprême.

Ce jour-lk, décadi 20 prairial an II (8 juin 1794), il y eut à Paris une affluence comme on n'en avait pas vu depuis longtemps. Le temps était d'une admirable sérénité et prêtait merv’eilleusement à l'exécution du plan tracé par David. Toutes les fêtes de la Répu-

(1) Lecointre a assigné, après coup, la data du 5 prairial a la conjuration ronnée par neuf représentants du peuple contre Robespierre ; mais ses assertions ne doiseat être acceptées que sous beanconp de réserres. Il ne faut pas oublier qu'en Thermidor Lecointre, caractère peu estimable, joua le réle de l'àne de la fable.

(S) Ce mandat , en date du 3 prairial , est signé : Robespierre, Billaud-Varenne, Collot d’Herbois et Rarère. La minute, que nous avons sous les jeux, est de la main de Robespierre.

(3) Lettre inédite de Faure h Maximilien Robespierre, en date du 19 prairial an II (7 juin 1794). Collection Portier (de l'Oise).

blique, et celle-ci particulièrement, eurent un singulier caractère de grandeur. Aux fenêtres de chaque maison flottaient des banderoles tricolores, et dans presque toutes les rues, au devant de.s portes, avaient été plantés des arbres ornés de feuillages, de festons et de guirlandes de fleurs. Partout des roses embaumaient les airs, on eût dit que Paris était changé en un vaste et riant jardin {!). De Bercy au Champ de Mars, la Seine était encombrée de bateaux pavoisés aux trois couleurs. La Convention avait adopté pour ce jour-là un costume uniforme, analogue à celui des représentanUs en mission , habit à larges revers, panache et ceinture tricolores, moins le sabre (2); car dans cette solennité toute pacifique les représentants de la nation ne devaient point paraître armés. Les cris de haine semblaient avoir disparu dans Tivresse universelle, el à voir la joie épanouie sur les visages on ne se fût jamais cru en pleine révolution.

Dès neuf heures du matin, Robespierre était déjà rendu aux Tuileries. 11 entrait donc bien peu dans ses intentions de faire attendre ses collègues, par orgueil, comme on Ten a si gratuitement accusé. Il n’avait même pas déjeuné. Le juré Vilate, logé au pavillon de Flore, l’ayant rencontré dans la salle de la Liberté, l’engagea à monter chez lui pour prendre quelque chose. Robespierre accepta, mais il mangea peu. Il ne pouvait se lasser de eontempler la masse de peuple répandue dans le jardin. « Voilà, » dit-il, « la plus intéressante portion de l’humanité... L’univers est ici rassemblé. O naliire que ta puissance est sublime et délicieuse ! Comme les tyrans doivent pûlir à l’idée de cette fête (3)1 » Ce fut là toute sa conversation ; l'heure étant venue de se rendre à son poste, il quitta son hôte improvisé et fit son entrée dans la Convention au milieu des acclamations de ses collègues (i).

(1) tourna/ de la ilonlagnê»

11 u'y avait point de prescription particulière pour la couleur de Tbabit. Voyez, à ce sujet, le rapport de Barère à la ConveDÜon, séance du 18 prairial. C'est donc par erreur que M. Michelet a indiqué l’habit bleu à revers rouges comme runiforme imposé aux membres de la Convention. (T. VII, p. 325.)

(3) Ces paroles sont rapportées par Vilate dans son Uùtoire du ca\tsu secr^tu de la révolution du 9 au 10 Thermidor, p. 34 de l'édition prineeps. Vilate, qui écrivait pour mériter les bonnes grftces des Thermidoriens, n'a pas manqué d'ajouter : * Qui n'aurait été trompé k l'hypocrisie du tyran Ini-roémet •

(4) Vilate a écrit dans ses Causes secrètes (p. 33) ; « Barère et Collot d'Herbois s'éloient priés de déjeuner chez moi, a6n de jouir du coup d’œil de la fêle. La femme de Dumas, président du tribunal révolutionnaire, étoit venue k l'improviste de trèsbonne heure, pour le même motif... » Voici comment M. Michelet traduit cette dernière phrase : « Le président Dumas avait le matin averti Vilate qu'il y amènerait le tribunal. » M. Michelet part de Ih pour nous montrer Robespierre, au milieu des

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