‹ Histoire de Robespierre d'après des papiers de famille les sources originales et des documents entièrement inéditsChapitre 223 sur 354 · LIVRE XIV. — FÊTE DE l'ÊTRE SCPRËHE S · texte numérisé non relu

LIVRE XIV. — FÊTE DE l'ÊTRE SCPRËHE S

L’Assemblée en corps descendit par le balcon du pavillon de rUnité sur- un immense amphithéâtre adossé à ce pavillon. Là Robespierre d’une voix pénétrante : « Français républicains, il est enfin arrivé ce jour à jamais fortuné que le peuple Français consacre à l’Être suprême. Jamais le monde qu’il a créé ne lui offrit un spectacle aussi digne de scs regards. Il a vu régner sur la terre la tyrannie, le crime et l’imposture ; il voit dans ce moment une nation entière, aux prises avec tous les oppresseurs du genre humain, suspendre le cours de ses travaux héroïques pour élever sa pensée et scs vœux vers le grand Être qui lui donna la mission de les entreprendre et la force de les exécuter. » Dieu, ajouta-t-il, n’a point créé les rois pour dévorer l’espèce humaine, et les prêtres pour attacher les hommes au char des rois, comme de vils animaux. Dans le sein de l’oppresseur il a placé l’épouvante et le remords, et dans le cœur de l’innocent persécuté, le calme et la fierté. Tout ce qui est beau et bon est son ouvrage, le mal au contraire appartient à l’homme déprttvé qui opprime ou laisse opprimer ses semblables. « L’auteur de la nature, » dit en terminant Robespierre, « avait lié tous les mortels par une chaîne immense d’amour et de félicité; périssent les tyrans qui ont osé la briser! Français républicains, c’est à vous de purifier la terre qu’ils ont souillée, et d’y rappeler la justice qu’ils en ont bannie. La liberté et la vertu sont sorties ensemble du sein de la Divinité... Peuple généreux, veux-tu triompher de tous tes ennemis? pratique la justice, rends à la Divinité le seul culte digne d’elle. Peuple, livrons-nous, sous ses auspices, aux transports d’une pure allégresse ; demain nous combattrons encore les vices et les tyrans; nous donnerons au monde l’exemple des vertus républicaines, et ce sera l’honorer encore. » Des applaudissements réitérés accueillirent cette harangue, laquelle parut si belle au poète La Harpe, ce dispensateur illustre des couronnes dues aux premiers talents, suivant l’expression de Garai,

hruits d'amnistie, préoccupé de la crainte que le tribunal ne se tournât du côté du ' omité de Sûreté générale, et il ajoute : « Il en résulta une chose fâcheuse pour Kobespierre, c’est que le tribunal ue Tint que très-tard, et qu’en l’attendant en rain il dépassa l'beurc indiquée et fit lui-même attendre la Convention.» {Histoire de la Révolution, t. VII, p. 325.) Eb bien! tout cela est sorti de la trop féconde imagination de M. Michelet. Quant à la fable adoptée par la plupart des historiens, d’après laquelle Robespierre aurait fait attendre la Convention, elle ne repose que sur le témoignage infiniment suspect de Vilate, et encore Vilate ne précise-t-il rien; il se contente de dire en note : « J'ai su depuis qu’on l'avoit cherché longtemps. N’auroit-il pas mis de l’orgueil à faire attendre despotiquement le peuple et la Convention? » (P. 34). Avec un peu plus de sens critique, M. Michelet aurait pu se dispenser d’écrire cette phrase évidemment ridicule : u Elle — la Convention — prit fort mal ce retard, l'interprétant comme une insolence royale, comme une insulte volontaire. • (P. 3S5.)

HISTOIRE UE ROBESPIERRE

SIO

qu'il s’empressa d’adresser à Robespierre une très-éloquente lettre où les éloges étaient plus prodigués qu’ils ne le furent jamais pour aiieun autre (1).

Quand le président eut cessé de parler, une symphonie brillante fut exécutée par un groupe nombreux de musiciens placés sur les deux rampes du perron. Robespierre descendit les gradins de l’amphithéâtre, la main armée d’une torche, et il alla mettre le feu à un monument élevé sur le grand bassin circulaire et représentant l’athéisme. Du milieu de ce monument incendié, apparut bientôt ù tous les regards la statue de la Sagesse. Après quoi Robespierre remonta sur l’estrade, et, prenant de nouveau la parole, il engagea ses concitoyens h se laisser toujours diriger par la sagesse , h qui .seule il appartenait d’affermir la destinée des empires. « Associonsla donc à tontes nos entreprises, » dit-il, « soyons graves et discrets dans nos délibérations, comme des hommes qui stipulent les intérêts du monde; soyons ardents et opiniâtres dans notre colère contre les tyrans conjurés; imperturbables dans les dangers, patients dans les travaux, terribles dans les revers, modestes et vigilants dans le succès ; soyons généreux envers les bons, compatissants envers les malheureux, inexorables envers les méchants, justes envers tout le monde ; ne comptons point sur une prospérité sans mélange, et sur des triomphes sans obstacles, ni sur tout ce qui dépend de la fortune ou de la perversité d’autrui ; ne nous reposons que sur notre constance et sur notre vertu, seuls mais infaillibles garants de notre indépendance. Écrasons la ligue impie des rois par la grandeur de notre caractère plus encore que par la force

(Il Mémoiret historique* sur U XVtlf sitcle, p*r (>ant. Les lettres de La Harpe S r.obespierre ont été suppriniées par les Thermidoriens et rendues, sans doute, k leur auteur qui a reconnu cette complaisance en derenant l'un des plus lèches détracteurs de Maximilien.

(S) VoTCZ ces deux discours dans le llonUeur dn S! prairial (10 juin 179é) et dans le Journal des débats et des décrets de la Conuenlion, numéro 628. Ils ont été imprimés ensemble, par ordre de la ConTention (in-8e de 6 piges, de rimprimerie nationale). — Comme il n'y a point de prétexte dont on ne se soit servi pour calomnier Robespierre, on s'est imaginé de prétendre qu'il n'était pas l'auteur du premier discours prononcé par lui k la tête de l'Etre suprême. Barbier, dans son Dictionnaire des anonymes, l'attribue k un abbé Martin. Un individu, nommé Charles Chabot, dans une indigne rapsodie publiée en 1852 sous ce titre : Ce bon M. de Robespierre, assure que c'est l'œuvre de M. Porquet, précepteur de M. de Boufllers, que Robespierre aurait envoyé chercher en lui donnant l'ordre de lui composer sous trois jours un discours pour la fête de l'Être suprême ; il ajoute que l'ahbé s'en acquitta bien, puisque les plus cruels ennemis du tyran n'avaient pu se dispenser de convenir qu'il avait mieux parlé qu'k son ordinaiie. Devant de telles inepües, il n'y a qu'k hausser les épaules. « Les esprits absolus qui ne veulent rien accorder k Robespierre, a a écrit Charles Nodier, a ont été

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