‹ Histoire de Robespierre d'après des papiers de famille les sources originales et des documents entièrement inéditsChapitre 225 sur 354 · LIVRE XIV. — PRIIJET D’aRRÊTER LA TERREUR ÎLi · texte numérisé non relu

LIVRE XIV. — PRIIJET D’aRRÊTER LA TERREUR ÎLi

la fin du jour, les derniers échos de l’allégresse populaire se furent évanouis, quand tout fut rentré dans le calme et dans le silence, il ne put se défendre d’un vague sentiment de tristesse en songeant à l’injustice et h la méchanceté des hommes. Revenu au milieu de ses hôtes, qui, mêlés au cortège, avaient eux-mêmes joui du triomphe de leur ami, il leur raconta comment ce triomphe avait été flétri par quelques-uns de ses collègues, et d’un accent pénétré, il leur dit : n Vous ne me verrez plus longtemps (1), » On retrouve lé cette mélancolie courageuse , cette prévision tragique que nous avons déjà signalée chez Robespierre, et qu’on a dû remarquer notamment dans son discours du 7 prairial à la Convention. Lui, du reste, sans se préoccuper des dangers auxquels il savait sa personne exposée, ne se montra que plus résolu à combattre le crime sous toutc/i les formes, à demander compte à quelques représentants impurs du sang inutilement -versé et des rapines exercées par eux.

Du propre aveu de Robespierre, le jour de la fête à l’Être suprême laissa dans le pays une impression de calme, de bonheur, de sagesse et de bonté (2). On s’est souvent demandé pourquoi lui le véritable héros de cette fête, lui sur qui étaient dirigés en ce moment les regards de la France et de l’Europe, n’avait pas profité de la dictature morale qu’il parut exercer en ce jour pour mettre tin aux rigueurs du gouvernement révolutionnaire? « Qu’il seroit beau, Robespierre, » lui avait écrit Faure la veille même de la fête à l’Être suprême, « (si la politique le permettoit) dans le moment d’un hommage aussi solennel, d’annoncer une amnistie générale en faveur de tous ceux qui ont résidé en France depuis le temps voulu par la loi, et dont seraient seulement exceptés les homicides et les fauteurs d’homicide (3). » Nul doute que Maximilien n’ait eu, dès cette époque, la pensée bien arrêtée de faire cesser les rigueurs inutiles et de prévenir désormais l’eRusion de sang « versé par le crime ». N'est-ce pas là le sens clair et net de son discours du 7 prairial, où il supplie la République de rappeler parmi les mortels la liberté et la justice exilées ? Cette pensée, le sentiment génè-

un Ter», un hémistiche, un mot qui phi paratlro hostile h Robespierre. L’hjmne de Desorgues fut, d’oprés qaelqoes récit* du tomps, chanté aux Tuileries. De Ihsans doute vieut la confusion oh sont tombés certains écrirains.

(1) Je ne troure nulle trace de cette confidence dans 1e manuscrit de M'a» Le Bas. Je la mentionna d’après M. A. Esquiros, qui la tenait de H"» Le Bas elle-même.

(1) Discours du 8 thermidor.

(3) Lettre inédite de Faure, en date du 19 prairial, citée plus haut.

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ral la lui prêtait, témoin cette phrase d’un pamphlétaire royaliste : « La fête de l’Être suprême produisit au dehors un effet extraordinaire; on crut véritablement que Robespierre allait fermer l’abîme de la Révolution , et peut-être cette faveur naïve de l’Europe acheva-<-elle la ruine de celui qui en était l’objet (1). » Rien de plus vrai. S’imagine-t-on, par exemple, que ceux qui avaient inutilement désolé une partie du Midi, ou mitraillé indistinctement à Lyon, ou infligé à Nantes le régime des noyades, ou mis Hordeaux à sac et h pillage, comme Rarras et Fréron, Fouché, Carrier, Tallien, aient été disposés h se laisser, sans résistance, demander compte des crimes commis par eux? Or, avant de songer à supprimer la Terreur aveugle, sanglante, poury substituer la justice impartiale, dés longtemps réclamée par Maximilien, il fallait réprimer les terroristes euxmêmes, les révolutionnaires dans le sens du crime, comme les avait baptisés Saint-Just. Mais est-ce que Billaud-Varenne, est-ce que Collot d’Herbois, entraînant avec eux Carnot, Rarére et Prieur (de la Côte-d’Or), étaient hommes à laisser de sitôt tomber de leurs mains l’arme de la Terreur? Non , car s’ils abandonnèrent Robespierre ce fut, ne cessons pas de le répéter avec Barère, l’aveu est trop précieux, ce fut parce qu’il voulut arrêter le cours terrible de la Révolution (2).

Il ne se décida pas moins à entrer résolûment] en lutte contre les scélérats « gorgés de sang et de rapines, » suivant sa propre expression. Un de ces scélérats, de sinistre mémoire, venait d’être tout récemment condamné à mort par le tribunal révolutionnaire , pour s’être procuré des biens nationaux h vil prix en abusant de son autorité dans le district d’Avignon, où il commandait en qualité de chef d’escadron d’artillerie. C’était Jourdan Coupe-Tête, qui avait eu pour complice des vols et des dilapidations ayant motivé sa condamnation le représentant du peuple Rovère, un des plus horribles coquins dont la présence ait souillé la Convention nationale et un de ceux dont Robespierre poursuivit en vain le châtiment (3). Jourdan Coupe-Tête avait été dénoncé par Maignet (4).

(1) Mallet-Dupan. Kémoira, t. Il, p. 99.

(2) Paroles de Barère k la séance du 9 tberniidor, déjè citées.

(3) Dénoncé aux Jacobins le 21 nivôse de l’an II (10 janvier 1794) comme persécutant les patriotes du Vaucluse, Rovère avait trouvé dans son ami Jourdan Coupe-Téte un défenseur chaleureux. (Moaifeur du 1” pluviôse [20 janvier 1794].) Il n’j a pas h demander s'il fut du nombre des Thermidoriens les pins acharnés. Un tel homme ne pouvait être que l’ennemi de Robespierre. Connu sous le nom de marquis de Fonvielle avant la Révolution, Rovère devint, après Thermidor, un des plus fougnenx séides de la réaction. Déporté au 18 fructidor comme complice de machinations royalistes, il mourut un an après dans les déserts de Sinnamari.

(4) Voyez h ce sujet nne lettre de Maignet h Couthon, en date du 4 Doréal (23 avril

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