LIVRE XIV. — SÉANCE DO 25 PRAIRIAL A LA CONVENTION
toujours compter avec les passions en jeu? Si honnêtes, si probes qu'aient été la plupart des jurés de la Révolution, ils étaient hommes, et partant sujets à l'erreur. Pour n’avoir point pris garde à cela , les auteurs de la loi de prairial se trouvèrent plus tard en proie aux anathèmes d’une foule de gens appelés , eux , à inonder la France de tribunaux d’exception, de cours prévôtales, de chambres étoilées, de commissions populaires jugeant sans l’assistance de jurés, et qui, pour de moins nobles causes, se montrèrent plus impitoyables que le tribunal révolutionnaire. Il y avait du reste dans cette loi de prairial, dont on parle trop souvent sans la bien connaître, certains articles auxquels on ne doit pas se dispenser d’applaudir. Comment, par exemple, ne pas approuver la suppression de l'interrogatoire secret, celle du résumé du président, complément inutile de nos débats criminels, où le magistrat le plus impartial a beaucoup de peine k maintenir égale la balance entre l’accusation et la défense. Enfin, par un sentiment de défiance trop justifié , en prévision du cas où des citoyens se trouveraient peut-être un peu légèrement livrés au tribunal par des sociétés populaires ou des comités révolutionnaires égarés, il était spécifié que les autorités constituées n’auraient le droit de traduire personne au tribunal révolutionnaire sans eu référer au préalable aux comités de Salut public et de Sûreté générale. C'était encore une excellente mesure que celle par laquelle il était enjoint à l’accusateur public de faire appeler les témoins qui pourraient aider la justice, sans distinction de témoins ù charge et à décharge (1). Uuant à la suppression des défenseurs officieux, ce fut une faute grave et, ajoutons-le, une faute inutile, car les défenseurs ne s’acquittaient pas de leur mission d’une manière compromettante pour la Révolution, tant s’en faut (2)! Ce fut très-probablement
(1) Voyez le rapport de Couthon et le décret portant réorganisation du tribunal, dans te Moniteur du 3é prairial (12 juin 1794).
(S) Voici ce que, le SO germinal de l’an II (9 aTiil 1794), écrivait a aux cltoiens composant le tribunal révolutionnaire » le plus célèbre des défenseurs officieux, celui auquel la réaction a tressé le plus de couronnes, Cbauvean-Lagardc : « Avant même que le tribunal eût arrêté de demander aux défensenrs officieux des certificats de civisme, j’ai prouvé par ma conduite combien cette mesure est dans mes principes : j'avois déjh obtenu de l’assemblée générale de ma section l’inscription préliminaire ; j’aurois même depuis longtemps mon certificat si la distribution n’en avoit été suspendue par Tordre de la commune , et je ne doute pas que lorsque je le demanderai, Ton ne nie l’accorde sans difficulté, si Ton ne consulte que les preuves de pairiotismu que j’ai données avant et depuis la Révolution.
« Mais j’ai le malheureux honneur d’être défenseur au tribunal révolutionnaire, et celte qualité seule suffit pour inspirer de Tombrage aux patriotes qui ne savent pas de > quelle manière j’ai exercé ces fonctions.
a D’ailleurs, parmi tous ceux qui suivent aujourd'hui la même carrière, il n’en est
HISTOIRE OE ROBESPIERRE