‹ Histoire de Robespierre d'après des papiers de famille les sources originales et des documents entièrement inéditsChapitre 233 sur 354 · LIVRE XIV. — APOSTROPHE CONTRE BOURDON (OE L'OISE · texte numérisé non relu

LIVRE XIV. — APOSTROPHE CONTRE BOURDON (OE L'OISE

Robespierre rappela en peu de mots comment la Montagne, par la pureté de ses intentions, par l'énergie de son patriotisme, était parvenue à prendre la direction de la Révolution en réduisant an silence les factions hypocrites dont lui-même avait failli être la première victime. Pour lui, il ne reconnaissait que deux partis dans la Convention, les bons et les mauvais citoyens, les patriotes et les contre-révolutionnaires déguisés. Encouragé par des applaudissements réitérés, il ajouta qu’il se croyait en droit de tenir un pareil langage è cette Montagne, à laquelle il n'était sans doute point étranger. Que pouvait-elle avoir de commun avec les intrigants et les pci-vers? Ceux-ci avaient beau prétendre s’identifier à elle, ils n’en étaient pas moins complètement opposés t\ ses principes. Alors, avec une autorité consacrée par les marques incessantes d'approbation dont il était l’objet ; « La Montagne, » s’écria-t-il, « n’est autre chose que les hauteurs du patriotisme ; un Montagnard n’est autre chose qu'un patriote pur, raisonnable et sublime. Ce serait outrager la patrie, ce serait assassiner le peuple, que de souffrir que quelques intrigants, plus méprisables que les autres parce qu’ils sont plus hypocrites, s’efforçassent d’entraîner une partie de cette Montagne et de s’y faire les chefs d’un parti. » A ces mots. Bourdon (de l’Oise) interrompant : « Jamais il n’est entré dans mon intention de me faire le chef d’un parti. — Ce serait, reprit Robespierre sans prendre garde à l’interrupteur, ce serait l’excès de l’opprobre que quelques-uns de nos collègues égarés par la calomnie sur nos intentions et sur le but de nos travaux... — Je demande, s’écria Bourdon (de l’Oise) , qu’on prouve ce qu’on avance; on vient de dire assez clairement que j’étais un scélérat. » Alors Robespierre d’une voix plus forte : « Je demande, au nom de la patrie, que la parole me soit conservée. Je n’ai pas nommé Bourdon ; malheur à qui se nomme lui-même. » A ces mots terribles. Bourdon (de l’Oise) reprit : « Je défie Robespierre de prouver... » Et celui-ci de continuer : « Mais s’il veut se reconnaître au portrait général que le devoir m’a forcé de tracer, il n’est pas en mon pouvoir de l’en empêcher. Oui, la Montagne est pure, elle est sublime; et les intrigants ne sont pas de la Montagne! — Nommez-les, s’écria une voix. — Je les nommerai quand il le faudra, » répondit- il. Là fut son tort. En laissant la Convention dans le doute, il permit aux quatre ou cinq scélérats qu’il aurait dê démasquer tout de suite, aux Tallien, aux Fouché, aux Rovère, de semer partout l’alarme et d’effrayer une foule de représentants à qui lui et le comité ne songeaient guère. Il se contenta de tracer le tableau, trop vrai, hélas! des menées auxquelles se livraient ces intrigants qui se

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