‹ Histoire de Robespierre d'après des papiers de famille les sources originales et des documents entièrement inéditsChapitre 241 sur 354 · LIVRE XIV. — IL DEMANDE COMPTE A FODCHé DU SANG VERSÉ · texte numérisé non relu

LIVRE XIV. — IL DEMANDE COMPTE A FODCHé DU SANG VERSÉ

successeurs de Couthon, et qui ne frémit à ce souvenir sanglant? Collot d’Herbois parti, on aurait pu espérer une diminution de rigueurs ; mais Fouché restait, et le 21 ventôse (H mars 1794) il écrivait à la Convention nationale : « ... Il existe encore quelques complices de la révolte lyonnaise, nous allons les lancer sous la foudre ; il faut que tout ce qui fit la guerre h la liberté, tout ce qui fut opposé à la République, ne présente aux yeux des républicains que des cendres et des décombres (1)... » Les cris et les plaintes des victimes avaient douloureusement retenti dans le cœur de Maximilien. Son silence glacial à l’égard de Collot d’Herbois, son obstination à ne point répondre à ses lettres, tout démontre qu’il n’approuvait nullement* les formes expéditives qu’apportaient dans leurs missions les sauvages exécuteurs des décrets de la Convention. Lui cependant ne pouvait rester plus longtemps sourd aux gémissements dont les échos montaient incessamment vers lui ; « Ami de la liberté, défenseur intrépide des droits du peuple; » lui écrivait encore un patriote de Lyon, « c’est à toi que je m’adresse, comme au républicain le plus intact. Cette ville fut le théâtre de la contrerévolution et déjà la plupart des scélérats ne respirent plus... Mais malheureusement beaucoup d’innocents y sont compris... Porte ton attention, et promptement, car chaque jour en voit périr... Le tableau que je te fais est vrai et impartial, et on en fait beaucoup de faux... Mon ami... on attend de toi la justice h qui elle est due, et que cette malheureuse cité soit rendue à la République... Dans tes nombreuses occupations, n’oublie pas celle-ci (2). » Le 7 germinal (27 mars 1794), c’est-à-dire moins de quinze jours après la réception de la lettre où Fouché parlait de lancer sous la foudre les derniers complices de la révolte lyonnaise, Robespierre le faisait brusquement rappeler par un ordre du comité de Salut public(3).

A peine de retour à Paris, Fouché courut chez Maximilien pour avoir une explication. Charlotte était présente à l’entrevue. 'Voici en quels termes elle a elle-même raconté cette scène : « Mon frère lui demanda compte du sang qu’il avait fait couler, et lui reprocha sa conduite avec une telle énergie d’expression, que Fouché était pâle et tremblant. Il balbutia quelques excuses, et rejeta les mesures

(1) Lettre citée par Courtoia, k la suite de sou rapport, sous le numéro XXV. Dans ses Mémoires, le duc d'Otranle a eu soin de glisser très- légèrement sur ses missions; c’est k peine s'il y a consacré quelques lignes où il se présente comme une pure maebine.

(Sj Lettre non citée par Courtois. L'original est aux ArcMesx, F T, 4é35, liasse 0.

(3) Arrêté signé: Robespierre, Caruot, Collot d'Herbois, Billaud-Varenne, Barère, C.-A. Prieur, Saint-Jusi et Couthon. Il est tout entier de la main de Robespierre. ArcMvtt, A F, II , 58.

HISTOIRE UE ROBESPIERRE

cruelles qu’il avait prises sur la gravité des circonstances. Robespierre lui répondit que l ien ne pouvait justifier les cruautés dont il s'était rendu coupable; que Lyon, il est vrai, avait été en insurrection contre la Convention nationale, mais que ce n'était pas une raison pour faire mitrailler en masse des ennemis désarmés (1). » A partir de ce jour, le futur duc d'Otrante, le futur ministre de la police impériale devint le plus irréconciliable ennemi de Robespierre.

Dès le 21 germinal (10 avril 1794), Fouché avait paru, comme en champ clos, aux Jacobins, avec un patriote de Lyon qui s’était présenté pour réfuter le compte rendu de ses opérations à Lyon. Ce jour-là Robespierre usa de quelques ménagements envers son collègue, ne se trouvant pas suffisamment renseigné encore pour l’attaquer et le démasquer en public (2). Il attendait sans doute, pour se prononcer ouvertement, des renseignements positifs deReverchon et de Laporte, chargés, sur sa proposition, d’organiser à Commune- Affranchie le gouvernement révolutionnaire et d’y prendre toutes les mesures exigées par les intérêts de la République (3). Quoi qu’il en soit, il avait été tellement révolté de la manière dont avaient procédé les commissions populaires établies par Collot d’Herbois et par Fouché, qu’au moment où Ferney, un des juges de ces commissions, s’était trouvé appelé par Maignet à figurer dans la commission d’Orange, il lui avait écrit ou fait écrire afin de lui recommander sinon plus d’impartialité, au moins plus d’indulgence pour l’erreur, comme le prouvent ces lignes significatives de Ferney luimême : « Je ne puis m’empêcher de te dire que j’ai été un peu affecté de l’espèce de reproche que tu me fais relativement à Commune-Affranchie ; car, indépendamment qu’il y a eu trois commissions et que je n’ai été que de la dernière, j’atteste ici le ténioignage non-seulement de tes collègues Fillion et Émery, mais encore d’Achard et dePillot, et de tant d'autres qui tous ont été à portée de voir, que j’étois plutôt le défenseur que le juge de ceux qui pouvoient être présumés avoir plutôt agi par erreur que par {méchan-

(1 ) lUmotrti dt CKarloite Robupurre, p. 1S4.

(8) Voj. le Manileurdu 8* germinal (13 avril 1794).

(3) Sëancodu comité de Saint public du 7 germinal (87 mars 1794. Étaient présents : Robespierre, Barère, Carnot, Coutbon, G.-A. Prieur, BUIaud-Varenne, Collot d'Herboi.v, Saint-Just, Robert Lindet. (Registre des arrêtés et délibérations du comité de Salut public. Archivée, 436 u a 73.)

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