‹ Histoire de Robespierre d'après des papiers de famille les sources originales et des documents entièrement inéditsChapitre 243 sur 354 · LIVRE XIV. — LES CONJURÉS IIE THERMIIIOR · texte numérisé non relu

LIVRE XIV. — LES CONJURÉS IIE THERMIIIOR

[e renvoi des soixantivireize Girondins devant le tribunal révolutionnaire (1); enfin Lecointre, Legendre et Fréron. Ges trois derniers méritent une mention particulière, comme étant les types les plus parfaits de cette bourgeoisie égoïste qui, une fois ses rancunes d'amour propre satisfaites par l'abaissement de la noblesse, s’efforça d’arrêter court la Révolution, afin de s’enrichir en paix et de jouir de son triomphe. Lecointre était ce marchand de toiles qui commandait la garde nationale de Versailles aux journées des !i et (i octobre. La dépréciation de scs marchandises contribua sans doute quelque peu à refroidir son ardeur révolutionnaire; cependant ses spéculations comme accapareur paraissent avoir largement compensé ses pertes comme commerçant (2). Extrême en tout, Laurent Lecointre fut d'abord un révolutionnaire forcené et devint plus tard le boule-dogue de la réaction. Toutefois, tant que vécut Robespierre, il se tint sur une réserve prudente, et ce fut seulement un mois après la chute du colosse qu’il se vanta d’avoir pris part à une conjuralion formée contre lui dès le 5 prairial. C’était du reste un des intimes de Fouquier-Tinvillo. Le jour où l’accu.satcur public fut mandé h la barre de la Convention, après le 9 Thermidor, Lecointre s’écria en le voyant : « Voilé un brave homme, un homme de mérite (3). » Les Thermidoriens étaient donc loin de considérer Fouquier comme une créature de Robespierre. Quant à Legendre..., qui ne connaît le fameux boucher’? On a vu sa pusillanimité dans l'affaire de Danton. Il y a de lui un fait atroce. Dans la journée du ■i"> prairial, il reçut de Roch Marcandier, vil folliculaire dont nous avons déjà eu l’occasion de parler, une lettre par laquelle cet individu, réduit à se cacher depuis un an, implorait .sa commisération. Le jour même Legendre faisait sa déclaration au comité de Sûreté générale et promettait de prendre toutes les mesures nécessaires pour lui livrer Marcandier (i). A quelque temps de là cet homme était guillotiné. Il semble que Legendre ait voulu se venger

(1 ) Après lecoup d’État de Brumaire, Thuriol de La Rosière tut, parla grâce de Sieyès, Qommi juge au tribunal criminel de la Seine. Il était en 1814 substitut de l'aTOrat générul h la cour de cassation.

(2) Voyez à col égard l’accusation formelle de BillauiUVarenne dans sx Réponse à Lecointre, p. 40.

(3) Ce fut toucliet qui , après Thermidor, reprocha h Lecointre ses relations arec Fouquier. A quoi Lecointre répondit, après avoir avoué qu’il avait eu Fouquicr-rinville h dîner chez lut en compagnie de Merlin (do Tliionville), qu’il ne pouvait pas regarder comme coupable un homme pi'oposé, trois jours auparavant, comme accusateur public par le comité de Salut public régénéré. (Voj. les Crimes des sept membres des anciens comités, p. 75.)

(-i) Voyez, dans les Papiers inédits, la lettre de Marcandier à Legendre et la décla* ration de celui-ci au comité de Sûreté géuéntle, t. 1, p. 179 et 183.

de sa lilcheté sur la mémoire de Maximilien. C’était lui pourtant qui avait tracé ces lignes : a Une reconnaissance immortelle s’épanche vers Robespierre toutes les fois qu’on pense à un homme de bien (1). » Que dire de Fréron, ce démolisseur stupide qui voulut raser l’Hôtel de Ville de Paris, ce maître expert en calomnies , ce chef de la jeunesse dorée? Son nom seul n’est-il pas une injure (2)? A ce groupe impur joignez les noms maudits de Courtois, dénoncé h diverses reprises au comitq de Salut public comme dilapidateur des fonds de l’État, de Barras, ce gentilhomme déclassé qu’on eût cru payé pour venger sur les plus purs défenseurs de la Révolution les humiliations de sa caste, d’André Dumont, qui s’entendait si bien îi mettre Beauvais au bouillon maigre et à prendre dans son large filet tout son gibier de guillotine , c’est-à-dire les nobles et les animaux noirs appelés prêtres (3) , de Carrier, de ces hommes enfin dont Robespierre voulait punir les crimes, réprimer les excès, et vous aurez la liste à peu près complète des auteurs de la conjuration thermidorienne.

Faire le vide autour de Robespierre en l’isolant à la fois, par les plus infâmes calomnies, et des gens de la droite et des membres les plus avancés de la Montagne, lui imputer toutes les rigueurs de la Révolution, attirer dans la conjuration le plus grand nombre de députés possible en répandant de prétendues listes de représentants dévoués par lui au tribunal révolutionnaire, tel fut le plan adopté par les conjurés, plan digne du génie infernal de Fouché! Ce n’est pas tout. Les Girondins avaient autrefois, à grand renfort de calomnies, dressé contre Maximilien une monstrueuse accusation de dictature. On n’a pas oublié les diffamations mensongères tombées de la bouche de leurs orateurs et propagées par leurs journaux ; les Thermidoriens n’eurent pas à se mettre en frais d’imagination, ils reprirent tout simplement la thèse girondine; seulement, au lieu d’attaquer leur adversaire de front, ils le frappèrent traîtreusement par derrière, ils le combattirent sourdement, lûchement, bassement, en gens de sac et de corde qu’ils étaient. Ils rencohtrèrent

(1) Papiers inédits, 1. 1, p. 180.

(2) Aussi TÎoIeut contre les patriotes aprts Thermidor qu'il i'arait été jadis contre les ennemis de la Rérolution, Fréron faillit, comme on sait, épouser une sœur de Bonaparte, par lequel il fut, sous le Consulat, nommé sous-préfet h Saint-Domingue, oü il mourut peu de temps après son arrivée.

(S) Voy. notamment le Jfimtleur des S brumaire (26 octobre) et 22 frimaire (13 décembre 1793).

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